Alexandre Desplat, président du jury de la Mostra. Tony Gentile/Reuters
Premier compositeur de musiques de films à présider le jury de la Mostra de Venise, le Français Alexandre Desplat espère que le 71e Lion d'or, qu'il remettra ce soir, sera un film « hors du commun » associant « une technique irréprochable à un discours humaniste ». « Je souhaite que nous y parvenions. Nous sommes neufs jurés, tous des professionnels avec des points de vue arrêtés. Alors on essaie d'argumenter », explique dans un entretien exclusif à l'AFP Alexandre Desplat. « Y a-t-il 20 chefs-d'œuvre dans cette sélection ? Je n'en suis pas sûr, et heureusement d'ailleurs parce qu'on ne peut pas imaginer qu'il y ait 20 chefs-d'œuvre dans chaque sélection de chaque festival », argumente ce cinéphile de toujours, choisi par le directeur de la Mostra, Alberto Barbera, « pour sa grande connaissance du 7e art mais aussi pour son charisme ». Les qualités d'un bon film ? « C'est 50 % les acteurs, 50 % le montage, 50 % la photo, etc., plaisante le compositeur. J'ai toujours pensé que le cinéma était un art collectif (...) » Ce soir, dans la grande salle du Palais du cinéma qui a vu passer tant d'étoiles, Alexandre Desplat remettra le 71e Lion d'or du doyen des festivals de cinéma en pensant à Riziero Ortolani, compositeur italien mort en janvier dernier et auquel il se réfère. « Je penserai aussi aux fondements du cinéma qui sont, selon moi, le fait d'avoir un discours humaniste, une technique irréprochable et un point de vue audacieux. Voilà ce que j'aime au cinéma. » Un indice avant le choix final ?
Les échos...
À vélo sur le Lido – Sur cette île de la lagune de Venise qui fait face à la célébrissime place Saint-Marc, le vélo est l'indispensable moyen de locomotion pour les milliers de personnes accréditées pour la Mostra. Professionnels du 7e art et journalistes se déplacent inlassablement entre les hôtels et les salles obscures, distants de quelques centaines de mètres les uns des autres, et les sonnettes résonnent du matin au soir. Seul problème toutefois, trouver un emplacement pour attacher son vélo car les arbres, poteaux de signalisation et autres barrières métalliques sont pris d'assaut, surtout aux heures de projection. Au pays du « Voleur de bicyclette », on n'est jamais trop prudent...
Cinq minutes pour convaincre – Au marché du film, installé au 3e étage du luxueux hôtel Excelsior, les acheteurs (souvent des distributeurs) n'y vont pas par quatre chemins. « Lorsqu'ils visionnent un film susceptible de les intéresser, ils regardent les cinq premières minutes. Si ça convient, ils avancent encore un peu et regardent dix autres minutes et, si ça colle toujours, demandent alors à avoir un DVD de l'œuvre complète », raconte le patron de ce grand « mercato » du 7e art, le Français Pascal Diot. « Si, au bout de cinq minutes, ça ne va pas, en revanche, ils vont dans une autre salle de visionnage », ajoute-t-il. Dures, les affaires dans le cinéma ? « C'est encore pire chez les programmateurs TV, explique ce professionnel passé par Hachette, Pathé ou TF1. Quand ils reçoivent des séries ou des documentaires, ils savent en deux minutes si cela correspond à la ligne éditoriale de la chaîne. »
Quand Viggo Mortensen cite Camus et Sartre – Acteur atypique, polyglotte (il parle cinq langues couramment plus quelques bribes d'autres idiomes), peintre à ses heures, Viggo Mortensen est venu à Venise défendre un film français, Loin des hommes, signé David Oelhoffen, et qui se déroule dans les montagnes de l'Atlas en 1954 au début de la guerre d'Algérie. Le film est tiré de la nouvelle d'Albert Camus, L'hôte, issue du recueil L'exil et le royaume. Viggo Mortensen, qui parle un français parfait, a prouvé devant quelques journalistes qu'il connaissait aussi la littérature française, citant Camus et Sartre.
Des stars, des films, du business :le Festival de Toronto est ouvert
Le Festival du film de Toronto a ouvert ses portes jeudi dans la nuit, pour dix jours de fête dédiés au 7e art, avec ses stars rêvant déjà d'oscars et une ribambelle de longs-métrages européens et asiatiques en quête de distributeurs pour le marché américain. Le coup d'envoi a été donné avec le film Le juge de David Dotkin, avec Robert Downey Jr et Robert Duvall, où le premier, en avocat, enquête sur son magistrat de père, accusé de meurtre. Dans la foulée, le Français Olivier Assayas a lancé en Amérique du Nord son Sils Maria, avec Juliette Binoche et Kristen Stewart. Al Pacino, de retour du Festival de Venise, foulera également d'ici au 14 septembre le tapis rouge du plus grand festival nord-américain, de même que Keira Knightley, John Cusack, John Travolta, Julianne Moore ou Jake Gyllenhaal. L'Europe arrive en force pour cette 39e édition, emmenée par la France qui affiche le nombre record de 50 films en sélection. Le Moyen-Orient, avec ses guerres et drames humains, sera largement évoqué. L'Asie sera pour sa part représentée par un important contingent de réalisateurs chinois, hongkongais et taïwanais. Le festival accueillera parallèlement un « sommet du film asiatique ».
Houellebecq, acteur dans un film ovni
L'écrivain français Michel Houellebecq comme vous ne l'avez jamais vu : acteur en plein burn-out dans le film Near Death Experience, il danse et disjoncte, arpente la montagne en tenue de cycliste, joue à l'astronaute, aux billes, parle à sa famille absente et se contemple mort. Projeté à la Mostra de Venise hors compétition officielle, ce film ovni, drôle d'objet poétique un peu morbide, est l'œuvre du tandem déjanté Benoît Delépine et Gustave Kervern, dont c'est la septième collaboration. Near Death Experience – NDE pour les intimes – a été réalisé en une dizaine de jours en Provence, dans le sud de la France, par une petite équipe, avec un seul acteur ou presque : Michel Houellebecq. Le personnage pète les plombs et on y entend l'enfant terrible de la littérature en voix off dérouler les pensées de ce désespéré, à la fois touchant et pathétique.

