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Nos lecteurs ont la parole - Nabil Antaki

II.- Lettre d’Alep : quitter ? Rester ?

Que dire à ces dizaines, à ces centaines de personnes rencontrées chez les Maristes, dans la rue ou à mon cabinet, qui m'expriment leur angoisse et leur panique devant la déferlante Daech : Et s'ils envahissaient Alep ? Et si nous devions subir le même sort que les chrétiens de Mossoul, devoir choisir entre la conversion ou la mort, fuir en colonnes de réfugiés sans pouvoir rien emporter ? Autant quitter de suite avant qu'« ils » n'arrivent ! Nous ne voulons pas mourir égorgés, décapités, enterrés vivant, crucifiés par ces sauvages. Et dire qu'« ils » ne sont qu'à quelques kilomètres à l'est d'Alep et qu'ils viennent de prendre le contrôle de toute la région au nord de la ville (voir L'Orient-Le Jour du jeudi 4 septembre 2014).
Et les gens quittent. Notre chauffeur, sa famille, ses frères et leurs familles, qui viennent d'arriver en Allemagne. Plusieurs internes de l'hôpital, qui ont obtenu des visas et sont partis pour l'Europe. Notre femme de ménage, qui s'apprête à aller au Venezuela. Une autre famille, qui a quitté pour l'Australie, d'autres (arméniennes, surtout), pour les USA ou l'Europe du Nord.
Le Vatican et les institutions caritatives de l'Église demandent aux chrétiens de Syrie de ne pas abandonner leur terre, le berceau du christianisme. Tandis que leurs représentants sur place distribuent l'aide reçue avec parcimonie pour « responsabiliser » les gens, ne pas en faire des « assistés » ! Dans quelques mois, il leur restera beaucoup d'argent mais personne à qui le donner. Un ami bien informé m'a dit : « Si, dans quelques mois, l'EIIL devait envahir Alep, ce serait une colonne d'à peine quelques milliers de réfugiés chrétiens que l'on verrait à ce moment sur les routes de l'exil. »
Chez les Maristes Bleus, nous n'avons pas de certitudes à offrir, ni de réponses aux craintes et interrogations. Il ne nous revient pas non plus de désapprouver les décisions prises. Nous essayons tout simplement, par notre présence active, d'être une lueur d'espoir pour ceux à qui il ne reste plus d'espoir, une force pour ceux qui doutent, un réconfort pour ceux qui sont tourmentés.
Nous essayons aussi de soulager les souffrances physiques et morales et, à tout le moins, d'offrir à ceux qui restent des conditions de vie acceptables pour que le dénuement ne leur soit pas un motif principal de départ. Ainsi, tous nos programmes se poursuivent, malgré la perte cruelle que nous avons subie avec le décès d'un des piliers des Maristes d'Alep, notre ami et frère, Ghasbi Sabe, emporté par une crise cardiaque à l'âge de 59 ans. Pédagogue, animateur, membre de l'équipe de secours alimentaire, responsable des différents paniers alimentaires, membre de l'équipe du MIT, il était un homme chaleureux, fidèle, simple, humble, cuisinier hors pair de surcroît, apprécié et aimé de tous.
Le programme « Civils blessés de guerre » continue à soigner les blessés atteints par les mortiers. Nos trois paniers alimentaires mensuels ou bihebdomadaires servent à nourrir les familles chrétiennes déplacées de Djabal al-Sayde (panier de la montagne), les familles musulmanes déplacées d'autres régions (panier des Maristes Bleus) et les familles démunies de Midane (panier de « l'Oreille de Dieu » ).
Nous continuons notre projet de logement des déplacés en louant de petits appartements pour ceux qui n'ont plus de toit. Nous leur fournissons couvertures, ustensiles de cuisine, bidons d'eau.
Récemment, nous avons initié un projet de distribution d'eau aux bénévoles et bénéficiaires de nos projets. Nous avons installé, dans une camionnette, des citernes que nous remplissons d'eau tirée d'un puits, qui est ensuite pompée dans les réservoirs (200-1 000 litres) des personnes concernées.
Au MIT (notre centre mariste de formation), nous continuons à former les jeunes adultes dans le cadre d'ateliers d'une durée de 3 jours. Le dernier en date avait pour thème les normes de qualité. Nous offrons aussi un espace de réflexion avec des conférences-échanges dont la dernière, très remarquée, traitait de « l'épreuve du croyant face à la guerre ».
Les enfants de 3 à 6 ans d'« Apprendre à grandir » et ceux de 7 à 13 ans de « Je veux apprendre » viennent en colonie de vacances chez nous, pour une durée d'une semaine chaque fois, en alternance. Des programmes merveilleux leur sont organisés.
La « Skill School » continue pour les adolescents, avec des programmes variés alliant sport, habileté manuelle et activités pédagogiques. Le programme « Tawassol » pour les mamans ne chôme pas. Même par 40 ou 45 degrés, tout le monde est au rendez-vous.
Nous persévérons dans des conditions de vie très difficiles : à la pénurie d'eau (l'approvisionnement de chaque quartier d'Alep se fait pendant 10 heures tous les 10 jours) s'ajoute celle de l'électricité (deux fois 1 h 30 pour tous les 24 heures) et la menace des tirs de mortier.
Un prêtre dominicain d'Irak a récemment écrit : « L'Irak d'aujourd'hui est complètement détruit. En plus, le tissu social des Irakiens est clairement déchiré. Les statistiques indiquent également que le pays est très dangereux, qu'il est devenu invivable et inhabitable. Les pauvres de ce pays se demandent vers quel avenir l'Irak est poussé ? Est-ce vers un pays moderne, stable, démocratique ? Une simple réponse de n'importe quel habitant d'Irak sera : l'Irak est poussé vers l'inconnu. Mais, dans ce désordre imposé par le pouvoir du mal, la question centrale est la suivante : quel est l'avenir des chrétiens d'Irak ? Faut-il les chasser ou les exterminer ? Notre pèlerinage, notre chemin de croix et notre fardeau sont apparemment devenus lourds et longs. L'événement dramatique que les chrétiens irakiens subissent en ce moment est scandaleux. Il ne reste que des camps de concentration dans ce projet de déracinement diabolique. Pendant que les délégués politiques et ecclésiastiques se succèdent, les exilés passent leurs nuits sous les tentes et dans les lieux publics. Malgré l'alerte rouge, le temps passe et les exilés, eux, restent sans abri. »
Remplacez le mot Irak par Syrie, et Irakiens par Syriens, et vous aurez tout compris.
Cette lettre est datée du 1er septembre, fête de l'un des saints les plus vénérés de Syrie, Saint Siméon le Stylite qui avait, au Ve siècle, vécu 42 ans juché sur une colonne de 18 mètres de haut. Il avait choisi cette voie, selon la tradition, pour être plus près de Dieu. Puisse notre sacrifice et notre calvaire ne pas durer aussi longtemps.

Nabil ANTAKI
pour les Maristes Bleus

Que dire à ces dizaines, à ces centaines de personnes rencontrées chez les Maristes, dans la rue ou à mon cabinet, qui m'expriment leur angoisse et leur panique devant la déferlante Daech : Et s'ils envahissaient Alep ? Et si nous devions subir le même sort que les chrétiens de Mossoul, devoir choisir entre la conversion ou la mort, fuir en colonnes de réfugiés sans pouvoir rien emporter ? Autant quitter de suite avant qu'« ils » n'arrivent ! Nous ne voulons pas mourir égorgés, décapités, enterrés vivant, crucifiés par ces sauvages. Et dire qu'« ils » ne sont qu'à quelques kilomètres à l'est d'Alep et qu'ils viennent de prendre le contrôle de toute la région au nord de la ville (voir L'Orient-Le Jour du jeudi 4 septembre 2014).Et les gens quittent. Notre chauffeur, sa famille, ses frères et leurs familles,...
commentaires (3)

Politique : L'existence du terme inspire littéralement de l'horreur au "Socialo-caritatif". Quiconque, selon lui, a suivi l'évolution des temps modernes et connaît l'histoire saura aussi que les mouvements politiques qui ont lieu à cette époque ont 1 signification tout autre que politique : ils ont au "fond" ; au fond, voici donc le fond de la sagesse! ; une signification "Théologico-sociale" qui, tout le monde le sait, est telle que tous les intérêts politiques paraissent insignifiants devant elle ! Voilà ce que "théorise" la fantastique "pensée Théologico-Caritativo-Sociale" ! Mais si les mouvements politiques n’ont qu’1 "sociale" signification, comment les intérêts politiques peuvent -ils paraître "insignifiants" au regard de leur propre signification sociale ? Pour la "socialo-théologie", le "politique" n'est au courant ni de ce qui se passe chez lui, ni de ce qui se passe autour de lui. Qu’il ne pouvait se trouver nulle part chez lui, parce que "l’Œuvre socialo-théologique" qui since des décennies, a commencé et poursuivi son œuvre nullement politique, mais "Socialo-caritative", lui est demeurée totalement inconnue ! Par contre, si nous en croyons la "Pôvre populace" n’est-ce pas, cette "Œuvre" poursuivie n'est "nullement" politique, mais partout "théologique et caritative". Et elle l'est en ce moment encore où pour la first fois, et non seulement depuis ces décennies ; mais since son "miraculeuse éclosion" ; elle prononce le mot "social" et se contente surtout du "Mot".

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

13 h 06, le 05 septembre 2014

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Commentaires (3)

  • Politique : L'existence du terme inspire littéralement de l'horreur au "Socialo-caritatif". Quiconque, selon lui, a suivi l'évolution des temps modernes et connaît l'histoire saura aussi que les mouvements politiques qui ont lieu à cette époque ont 1 signification tout autre que politique : ils ont au "fond" ; au fond, voici donc le fond de la sagesse! ; une signification "Théologico-sociale" qui, tout le monde le sait, est telle que tous les intérêts politiques paraissent insignifiants devant elle ! Voilà ce que "théorise" la fantastique "pensée Théologico-Caritativo-Sociale" ! Mais si les mouvements politiques n’ont qu’1 "sociale" signification, comment les intérêts politiques peuvent -ils paraître "insignifiants" au regard de leur propre signification sociale ? Pour la "socialo-théologie", le "politique" n'est au courant ni de ce qui se passe chez lui, ni de ce qui se passe autour de lui. Qu’il ne pouvait se trouver nulle part chez lui, parce que "l’Œuvre socialo-théologique" qui since des décennies, a commencé et poursuivi son œuvre nullement politique, mais "Socialo-caritative", lui est demeurée totalement inconnue ! Par contre, si nous en croyons la "Pôvre populace" n’est-ce pas, cette "Œuvre" poursuivie n'est "nullement" politique, mais partout "théologique et caritative". Et elle l'est en ce moment encore où pour la first fois, et non seulement depuis ces décennies ; mais since son "miraculeuse éclosion" ; elle prononce le mot "social" et se contente surtout du "Mot".

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    13 h 06, le 05 septembre 2014

  • Bravo pour cette action humanitaire exemplaire...! Malheureusement l'Occident, malgré tout son avancée n'a encore pas perçu l'ampleur de tout ce qui se passe en Orient, (même si certaines de ses puissances sont directement où indirectement responsables de ce chaos)... Quand l'Orient est touché dans son corps, l'Occident ne pourra pas éternellement se cacher et ignorer les drames qui s'y abattent, car il sera à son tour, très vite rattrapé par ce vent de folie, d'autant plus qu'en mondialisant le monde il s'est lui-même "tiré une balle dans le pied" et subira de ce fait impérativement les dérapages de ses mouvements fondamentalistes transnationaux...

    Salim Dahdah

    10 h 53, le 05 septembre 2014

  • Votre lettre est tres bouleversante... Entre-temps, le monde occidental ferme les yeux sur toutes les exactions de Daech. Voyons ce que l'Amerique et la coalition vont faire depuis le temps qu'ils en parlent. Oui, prenez votre temps Messieurs, alors que des innocents sont decapites, crucifies, tortures, contraints a l'exode, etc... Mais qui a cree Daech, ce n'est pas l'Amerique avec l'aide de l'Occident et ses alli dans le Golfe????

    Michele Aoun

    07 h 17, le 05 septembre 2014

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