Diaspora

Des Libanais venus des quatre coins du globe découvrent l’Afrique du Sud

Voyage

Un émigré libanais, Ramzi Charaf, emmène ses compatriotes dans une tournée exceptionnelle de son nouveau pays d'adoption.

01/09/2014

C'est à l'occasion de ses cinquante ans que Ramzi Charaf a eu l'idée d'inviter tous ses amis à découvrir l'Afrique du Sud, plus particulièrement la région du Cap et Franschhoek, où il s'est installé il y a trois ans. Près de 150 convives, pour la grande majorité libanais, ont passé une semaine de festivités dans un des plus beaux coins de la planète. Un voyage qui restera encore longtemps gravé dans la mémoire de ces invités chanceux.
La famille Charaf s'est installée à Franschhoek (« le coin des Français » en afrikaans), un village situé dans la province du Cap occidental à une cinquantaine de kilomètres de la ville du Cap. L'histoire de ce village débute en 1688, avec l'arrivée d'un premier navire transportant des réfugiés huguenots d'origine française venant de Hollande. Ces Huguenots avaient quitté la France suite à la révocation de l'Édit de Nantes par Louis XIV en 1685. La compagnie néerlandaise des Indes orientales leur offrait un pécule et une terre à cultiver en Afrique du Sud pour une durée de cinq ans minimum. Elle répondait ainsi à l'appel du gouverneur Simon Van der Stel, qui avait insisté pour que lui soient fournis des experts vignerons et des spécialistes de l'olivier afin de cultiver des terres riches en alluvions.
Le pasteur de l'Église huguenote, Pierre Simond, essaya en vain de préserver l'usage de la langue française, bravant la politique d'assimilation du gouverneur. Il demanda sans succès en 1689 que le culte puisse être exercé dans cette langue. Une génération plus tard, l'assimilation était réussie et plus aucun francophone ne subsistait dans la colonie. Mais la culture de la vigne se développa à Franschhoek et dans toute la vallée du Drakenstein grâce à l'apport des Huguenots français.
Trois cents ans plus tard, à partir des années 1990, de nombreuses fermes ont été rachetées par des fonds d'investissement et des personnes d'origine européenne, notamment anglaise et française. Près de 11 % de la population du village maîtrise dorénavant la langue anglaise. De nombreux noms de famille français subsistent dans la région (Du Toit, Marais, Du Plessis, Malan, Malherbe, Joubert). C'est pourquoi la plupart des fermes et domaines viticoles de la vallée portent des noms à consonance française : « Chamonix », « L'Ormarins », « L'Abri », « La Bri » et « La Petite Ferme », etc. L'une d'elles devait devenir la propriété d'émigrés d'origine libanaise, puisqu'elle a été acquise par la famille de Ramzi Charaf en 2011.

La famille Charaf s'installe à Franschhoek
Logés dans un luxueux complexe hôtelier, la famille Charaf a organisé un somptueux dîner d'accueil pour ses nombreux invités, dont un étonnant « président du Swaziland ». Les hôtesses étaient charmantes, les cuisiniers faisaient partie de la fête. L'hôte, Ramzi Charaf, était accompagné de sa mère Hélène, d'origine suisse, de son épouse Myrna et de leurs trois enfants, ainsi que de son frère Karim. Il raconte à un auditoire conquis d'avance comment il en est arrivé à fonder un vignoble en Afrique du Sud.
« Quand mon père Fouad (disparu deux semaines avant la fête) a hérité de terrains au Liban-Sud, il ne voulait rien vendre, dit-il. Récemment, nous avons décidé, avec ma mère et mon frère, d'en céder une partie pour en acheter d'autres, avec le but d'y planter des vignobles. » C'est ainsi, poursuit-il, que la famille a tenté d'investir dans la région de Cana (Sud) avant de se rendre compte, avec amertume, des « complications » locales qui rendent cette entreprise difficile. Ramzi se tourne alors vers la Toscane, en Italie, puis vera la Croatie, l'Espagne et enfin l'Afrique du Sud.
« Nous sommes tombés amoureux de ce lieu en 2011, se souvient-il. Je me trouvais en Afrique du Sud un an auparavant pour le Mondial de football, et un ami m'a fait découvrir Franschhoek. Depuis que nous sommes installés ici, nous avons travaillé le vignoble, réaménagé le restaurant et les chambres d'hôte. » Il faut dire que l'Afrique n'est pas étrangère à cette famille. « Mon grand-père était venu là en 1902, dans le cadre d'une campagne de l'armée britannique contre les Hollandais, dit-il. Il s'est plus tard retrouvé au Sénégal où il a rejoint une grande communauté d'émigrés de Tyr. Et voilà que nous sommes de retour en Afrique. Je suis libanais de naissance, mais maintenant, j'aime l'Afrique du Sud ! »

Un haut lieu du tourisme mondial
Prochaine destination pour le groupe : une superbe ville du Cap, nouvelle capitale de la mode et de l'audiovisuel, à une heure de voiture de Franschhoek, pour découvrir le front de mer, ses attractions et ses centres commerciaux. Le propriétaire d'un des grands restaurants nous aborde et se présente comme un descendant de Libanais originaires de Jounieh. À bord d'un catamaran, nous rencontrons une cinéaste brésilienne qui prépare un film relatant l'histoire d'un émigré libanais à Rio. Puis nous visitons le merveilleux jardin botanique avant de pénétrer dans l'intérieur coloré de la ville où cohabitent diverses communautés.
Ont suivi les visites des fameuses « Table Mountains » et du parc aquatique avec ses pingouins. Nous étions accompagnés d'un sympathique guide francophone zaïrois. Enfin, nous nous dirigeons vers le cap de Bonne-Espérance puis le point de rencontre des océans Atlantique et Indien, un spectacle de bout du monde dans un lieu magique d'où s'élève une épaisse brume résultant de la différence de température entre les eaux des deux océans.
Ce voyage exceptionnel s'est terminé par un safari suivi d'une escale à Johannesburg, avec la visite de l'incontournable musée de l'Apartheid, où trône Nelson Mandela, à travers des documentaires, des photos et des citations. À l'attention de ce grand homme décédé il y a un an, un enfant a écrit sur le registre posé à l'entrée : « Vous avez changé le monde, vous l'avez rendu meilleur et heureux. Que votre âme repose en paix, vous avez gagné le respect du monde entier. Nelson Mandela, un héros. »

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