Ce moment dans la petite cour de Beiteddine m'a touchée. Au fond de moi. Est-ce le théâtre ? Mon amour pour le théâtre qui soudain a repris ?
Une passion qui se met en veille mais qui se rallume au moindre contact de qualité, au moindre instant de communion ? Est-ce le sujet ? Cette enfant sauvage, assoiffée d'absolue ? Qui résonne d'autant plus dans la terre de toutes les « adulteries » /de tous les adultères. Sont-ce ces phrases sans prétention mais pleines d'humanité, de vérités, de tous temps : celles de la terre, du corps, du sang, de l'amour ; celles des rituels, celles de la parole – pas forcément écrites, consignées ? La force du réel, de l'imaginaire, de l'humain ;
pas du virtuel, du métal, de l'électronique. La force du corps, de la voix ; de Bertrand Cantat ; même après ses années de tourments, de torture intérieure, sans doute... Peut-être aussi à cause d'elles. Noir Désir. Il connaît cela Cantat. Il connaît cela Mouawad. La force du désir. Les prisons intérieures aussi – il les libère dans la nudité de l'instant. Il les met à poil Wajdi Mouawad, et lui avec eux. La force de tous ces torses nus ; de l'homme dans sa nudité. Il est plus grand nu.
Mis à nus, ils se rejoignent tous. Créon nu n'est plus un tyran ; en dépit de son gabarit. Antigone nue n'est pas seulement refus entêté ; elle est pureté du désir. Wajdi Mouawad aime à dénuder les corps, à mettre en évidence les torses. L'homme dans sa nudité ; c'est-à-dire aussi dans sa générosité. Offert tel qu'il est. Sans voile. Dans sa condition humaine ; grandeur et misère. Y consentir et la tragédie devient noces sereines, légères. Paradoxalement. Toute la durée de la pièce, les comédiens sont vêtus de noir ; l'atmosphère est retenue, pondérée... Coup de théâtre : des noces au moment de la mort. Dans ma tête, je pense Noces ; Camus. Incandescence ; espérance. Accessoirement rédemption. De la cité aussi ; de la vie dans la cité. Je pense La tentation de Venise d'Alain Juppé ; la tentation d'abandonner le champ politique. Et en écoutant ces comédiens dans une diction parfaite, mesurée, pondérée deviser de la cité, de leurs conflits, de leurs pensées ; alors je veux bien croire encore que la vie de la cité est une noble cause. Et je redescends d'un théâtre à ciel ouvert vers la cité.
Nos lecteurs ont la parole
« Antigone » au palais des émirs
OLJ / Par Nicole HAMOUCHE, le 13 août 2014 à 00h00

