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Nos lecteurs ont la parole - Lara Assi

Nous, futur antérieur

Il n'y a pas d'avenir pour les architectes. Je voulais ajouter : au Liban. Je m'en retiens, vu qu'il n'y a pas d'avenir pour les architectes. Point.
En 2005, en France, 5 % des architectes faisaient partie des « Stars architectes » et le reste luttait pour une meilleure qualité de vie avec un revenu proche du smic. Notre professeur, source de ces informations, nous avait encouragés à faire face aux grandes boîtes, exploiteuses ou profiteuses par moments, et nous a proposé de monter une boîte d'architecture avec les quelque 120 élèves présents dans l'amphithéâtre, surtout que, de nos jours, les exigences du métier laissent moins de place aux petites structures. Idée embryonnaire, cependant intéressante, exploitable.
En 2014, sur mon profil LinkedIn, la plupart de mes connaissances architecturales sont les fondateurs ou partenaires de leur propre boîte. Je précise avoir 29 ans. Dans la pratique, notre vie active débute autour de 24 ans, ou beaucoup plus tard si nous avons eu le grand bonheur et l'immense chance d'étudier dans des académies libanaise basées sur un système académique français, que la France, ayant constaté l'obsolescence, a réformé.
Un professeur a voulu un jour partager avec nous ses hésitations face à son avenir professionnel, notamment face au choix entre fonder sa propre boîte et demeurer au sein de l'agence où il évolue depuis un peu plus d'une décennie. Les doutes et les peurs des vétérans ne faisant pas partie de mon cursus d'étudiante en deuxième année, le professeur m'apparut alors comme un caractère faible. J'étais désolée de ne pouvoir trouver en mes maîtres l'idéal auquel je voulais aspirer.
Ce professeur hésitant, d'une part, et mes collègues très confiants, d'autre part, me paraissent représenter deux positions extrêmes d'architectes essayant de visualiser leur avenir. D'où la question : où se définit le positionnement fort, réfléchi et ambitieux de l'architecte qui reconnaîtrait sa propre valeur sans pour autant s'y perdre ?
Mon parcours étant devenu prévisible après quatre ans de travail à Beyrouth, j'ai décidé de partir à Dubaï. Ce départ est perçu comme un suicide culturel pour les uns, une ouverture d'horizons neufs pour les autres. Trouver du travail à Dubaï s'est avéré être un retour à la case départ, voire même l'étape précédente, celle où on n'a pas encore mis les pions sur le carton du jeu. L'expérience beyrouthine, quoique substantielle au Liban, demeure négligeable à Dubaï aux yeux de la majorité des employeurs, ou au moins ceux que j'ai rencontrés. Par ailleurs, les agences « boutiques » de Beyrouth qui luttent constamment pour faire prévaloir les valeurs architecturales, sociales, patrimoniales sur le seul profit économique du projet, ces agences-là sont peu appréciées par les mêmes employeurs cités plus haut. Ayant fait partie de ces agences, je suis de facto considérée comme architecte rêveur romantique dont le travail, trop raffiné, ne pourrait suivre le rythme effréné et frénétique imposé par la réalité de Dubaï.
Il fallait payer une nouvelle entrée sur un nouveau marché. Petite année d'exploitation. À 29 ans ! ...
J'essayais d'imaginer quel pourrait être l'enchaînement de cette entrée en jeu. J'envisageais divers scénarios possibles, me retrouvant dans les grands groupes qui bâtissent et démolissent des villes entre l'aube et le crépuscule, passant par les grands noms de l'architecture qui offrent les projets les plus intéressants et les plus innovateurs tout autant que les petites structures qui essaient d'entrer dans la cour des grands.
Tous ces parcours me semblent n'aboutir nulle part ; je ne peux orienter ma vision et encore moins définir mon ambition. Je lutte pour définir mon idéal architectural. C'est peut-être à ce moment-là que certains architectes s'en vont faire autre chose.
On me disait que nous autres architectes sommes de pauvres hommes d'affaires et encore de plus mauvais négociateurs. Notre travail, qui envahit notre mode de vie et rogne sur nos heures de sommeil, est nourri de notre passion. C'est une relation fougueuse que l'on entretient avec « nos » projets aussi bien qu'avec « nos » collègues, patron, clients... On maintient tellement cet engagement et ce dévouement qu'on finit par ne faire qu'un avec nos projets. Dès lors, il devient normal de travailler les dimanches, le jour comme la nuit. C'est une bonne solution pour ne pas dépenser l'argent que l'on n'a pas d'ailleurs, étant donné que nous exécrons l'argent. On n'est pas là pour l'argent, clairement, mais ma poésie spatiale ne paierait pas le loyer de mon appartement.
Voilà où j'en suis. Je fais partie de ces êtres qui ne trouvent pas facilement leur positionnement honnête dans une société complexe. Ayant réellement et profondément cru que nous changerions le monde, nous sommes restés béats au moment de la confrontation avec la réalité du terrain, ses vérités terrestres et son abdication devant le non-sens.

Lara ASSI

Il n'y a pas d'avenir pour les architectes. Je voulais ajouter : au Liban. Je m'en retiens, vu qu'il n'y a pas d'avenir pour les architectes. Point.En 2005, en France, 5 % des architectes faisaient partie des « Stars architectes » et le reste luttait pour une meilleure qualité de vie avec un revenu proche du smic. Notre professeur, source de ces informations, nous avait encouragés à faire face aux grandes boîtes, exploiteuses ou profiteuses par moments, et nous a proposé de monter une boîte d'architecture avec les quelque 120 élèves présents dans l'amphithéâtre, surtout que, de nos jours, les exigences du métier laissent moins de place aux petites structures. Idée embryonnaire, cependant intéressante, exploitable.En 2014, sur mon profil LinkedIn, la plupart de mes connaissances architecturales sont les fondateurs ou...
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