Un chirurgien d'une cinquantaine d'années revient à Oujda, au Maroc, afin de renouer avec ses amis et ses souvenirs. Vingt-cinq plus tard, beaucoup de choses ont changé. Le décalage entre la vision fantasmée qu'il avait des rues, des odeurs, des personnes, tout cela a évolué, s'est transformé. Rien n'est plus pareil. Les déceptions sont au rendez-vous jusqu'à sa rencontre avec un vieux juif aveugle, lui aussi rongé par une nostalgie dévorante. Tandis que le chirurgien revient dans la ville millénaire à la recherche d'un amour perdu et impossible, le vieil homme cherche à combler sa piété en revenant sur les traces de sa jeunesse.
Alors que le récit pourrait s'avérer touchant et accrocheur avec plus de détails et de fantaisies, le lecteur n'est jamais bousculé dans le premier tiers de l'ouvrage. Les thèmes du temps qui passe et de la perte des repères liés à la mémoire sont des sujets inépuisables et intemporels (pour le coup), mais il existe un manque indéniable de surprises dans le récit. Mohammad Taan prend soin de son lecteur, il le dorlote, mais joue maladroitement avec les clichés.
Les rencontres se succèdent et s'avèrent similaires, intenses dans l'écriture, mais fades à la lecture. Passé le premier tiers, l'ouvrage devient davantage captivant. L'émouvant personnage du vieux juif marocain, lui qui a souvent été un émigré dans son propre pays, aborde la fulgurance des moments chéris – et les fragrances gardées en tête pendant des décennies – mais aussi l'amour des femmes, du sexe, des retrouvailles. Une amitié se noue alors entre le chirurgien et son compagnon de route. La force de ce Pèlerin de Oujda est dans cette relation poignante entre ces deux hommes qui ne sont pas destinés à se rencontrer, mais que les hasards de la vie vont rapprocher.
Ce huitième ouvrage de Mohammad Taan a aussi le mérite de rappeler la tolérance interreligieuse pratiquée à Oujda. Un rappel d'autant plus utile en ces temps difficiles.
Publié chez Atelier Oser Dire, disponible en librairies.

