Si l'être humain semble n'avoir aucune valeur dans cette région du monde, qu'en est-il des discours et des écrits, cette suite de mots et de phrases que l'on s'évertue à assembler pour amortir les conséquences de ces bouleversements et influencer un tant soit peu le cours tragique des événements? Peut-on encore évoquer en cette période le choc des civilisations quand de jeunes Américains et Européens, en dépit de leur éducation et de leur culture, s'enrôlent, sous couverture idéologique, dans les rangs des islamistes et participent à des attentats criminels et terroristes? Je crains qu'à la longue, la réalité frisant l'utopie, ces hordes barbares de fanatiques envahissant les villes, tuant familles, femmes et enfants, ne finissent par détruire les structures sociales établies. Ces marginaux aux actes criminels, en violation de tous les principes basiques de la vie, introduisent le fanatisme et la cruauté dans un environnement convivial et pluriculturel. Les frontières, dit-on, se redessinent, et l'exode des chrétiens continue alors que leurs biens sont pillés et la richesse de leurs pays dilapidée par les occupants. Sans défense, otages des accords établis entre ceux qui financent et ceux qui attaquent, ils sont chassés de chez eux sous le regard impassible d'un environnement arabe et du monde international. Les grandes nations sont en expectative, et les dirigeants libanais atteints de catatonie.
Assourdis par le bruit des guerres et des invasions dignes des siècles passés, angoissés par les menaces terroristes empreintes de sectarisme religieux, aveuglés par la vision de membres humains déchiquetés comme dans un film d'horreur, on se noie dans la profondeur de la souffrance humaine. Elle nous envahit comme une larve brûlante jaillit des entrailles de cette terre cruelle et clémente, maudite et bénie tout à la fois.
Touchés au fond de l'âme par la douleur et le désespoir des mères et des enfants, par la cruauté des êtres atteignant son paroxysme dans ce chaos qui envahit le Proche-Orient, on oublie le quotidien qui, lui, ne nous oublie pas. Il hante nos jours secs et nos nuits sombres de ses montagnes d'énigmes insolubles, dont la principale aurait pour titre: «À la recherche d'un président fort.» Ce qualificatif de «fort», plus qu'aucun autre, aura retenu les médias. Chanté sur tous les tons et associé au mot président, l'adjectif prend de l'ampleur, de l'envergure, tant d'impact que l'on oublie le sujet lui-même pour se pencher sur l'importance de l'attribut. Les démocraties occidentales adoptent la définition littérale du Larousse (qui est: vigoureux, robuste, habile...). Il en est ainsi des Américains, férus de base-ball, qui choisissent un président dans le bel âge : sportif, élégant et dynamique. Le Russe Vladimir Poutine, quant à lui, aime à parfaire son image d'athlète et se fait photographier souvent en tenue de judoka renversant son adversaire sur le tapis, et d'autres fois faisant du ski ou de l'escrime. Quant à l'ancien chef d'État français Nicolas Sarkozy, on le surprenait en tenue de jogging, courant le matin entouré de ses bodyguards, comme son copain américain George W. Bush.
Au Proche-Orient, nous sommes loin du commentaire de Montaigne qui nous parvient du fond du XVIe siècle: «Mieux vaut une tête bien faite que bien pleine», et cet autre de Rabelais à travers son héros Pantagruel: «Un esprit sain dans un corps sain». Les dictatures dans les pays voisins n'en ont que faire de ces définitions. Ici, les têtes, on les tranche si elles ne plaisent pas. Quant aux dirigeants, ils pratiquent le sport des fauteuils roulants. Le bon cru, plus il vieillit, plus il a de la valeur. Quant à nos futurs candidats à la présidence libanaise, c'est à qui voudrait le mieux prouver qu'il représente la majorité chrétienne. Les Libanais ont l'impression d'être retournés trente années en arrière. Au temps où les deux candidats toujours en lice se faisaient la guerre. Leurs diatribes continues me remettent en mémoire ces vers de Corneille appelé à juger dans l'affaire des sonnets:
«Deux sonnets partagent la ville,
Deux sonnets partagent la cour
Et semblent vouloir à leur tour
Rallumer la guerre civile...»
Je ne vois pas dans les deux candidats actuels, au passé historique agité, qui divisent le pays de nouveau, les qualités réunificatrices de neutralité et d'impartialité nécessaires à un président porté à diriger un pays multicommunautaire. Cette dualité a détruit le pays une première fois et nous devons sortir de ce cercle vicieux. La République vieillit et s'embourbe dans une routine nocive. Que dire de ces ministres nommés pour quatre mois, à titre temporaire, le temps d'élire un nouveau président, qui traînent encore et encore dans l'exécutif? Jusqu'à quand pensent-ils user des prérogatives de la présidence ou plutôt de les usurper? Quant à nos députés préférés, élus et réélus, comptent-ils conserver à vie leur siège de législateur? Il semble que la prolongation soit le terme favori de notre démocratie parlementaire. Et pourquoi, tant que vous y êtes, n'avoir pas prolongé le mandat du président Michel Sleiman, seule personnalité transcendante de cette décennie? De toutes ces prolongations, celle-ci aurait été de loin le lien inéluctable, opposé au démantèlement du pays.
Molly SELWAN


CHEZ NOUS... UN PRÉSIDENT FORT... EST CELUI QUI DEVRAIT AVOIR TOUJOURS TORT... SE BALANCER SANS CESSE DE TRIBORD À BÂBORD... SANS PERMISSION DE CHOIX DE QUELQUE PORT !!!
11 h 03, le 05 août 2014