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Nos lecteurs ont la parole - Serge Schoulika

Syrie, Ukraine : de l’eau dans le gaz

Les Ukrainiens ont toujours voué aux Russes une haine cordiale et la réciproque est vraie, partiellement, puisque cette haine est loin d'être cordiale.
Comment voulez-vous en effet que l'ours russe réagisse face au trident ukrainien ?
L'Ukraine n'a pas existé en tant que pays, à l'instar de tous ceux qui étaient considérés comme des « satellites » russes, pendant la période où la grande et sainte Russie avait été mise en veilleuse au profit de l'URSS, et, tout comme le Liban qui a été la vache laitière de la Syrie pendant l'occupation, l'Ukraine, grenier du monde, s'est vue dépouiller de son blé par l'URSS.
À cette époque, l'équilibre mondial était néanmoins assuré ; deux blocs se faisaient face, l'URSS et l'Occident, dont la domination par les États-Unis a toujours été d'actualité – vivement que l'Europe se renforce et se dote d'un gouvernement central, d'une armée forte et d'une seule voix –.
C'était la période de la guerre froide, appelée paradox-
alement « la Détente », mais qui nous faisait chaud au cœur puisque cet équilibre garantissait plus ou moins une paix tacite ; les forces se faisaient dans un équilibre précaire si l'on évoque la crise des missiles de Cuba, mais durable.
Cet équilibre a été rompu avec la chute du mur de Berlin en 1989 puis la fin de l'URSS ;
l'aigle américain se retrouvait seul à planer au-dessus de nos têtes.
Une décomposition qui devait aboutir à une démocratie voulue secrètement par Mikhaïl Gorbatchev puis maladroitement par Boris Eltsine. Mais la question fondamentale que le père de la perestroïka et le premier président russe ne se sont pas posée était : peut-on seulement établir une vraie démocratie dans un pays qui est le plus vaste du monde, 17 millions de kilomètres carrés, avec des frontières de plus de 20 000 kilomètres, un périmètre total d'environ 57 000 kilomètres, plus de 80 langues et 170 ethnies différentes ?
Vladimir Poutine est de loin le plus pragmatique des dirigeants russes. Il faut une main de fer pour diriger un tel empire et il est l'homme de la situation, non seulement en interne, mais aussi en externe vis-à-vis des États-Unis pour justement rétablir un équilibre des forces qui a tant manqué au monde. Espérons en même temps que Poutine sera prévoyant, parce qu'il ne faut pas oublier non plus de paver la voie vers la démocratie, sinon il ressemblera à tous les dictateurs qui s'accrochent au pouvoir, sans aucune vision. Il faut néanmoins raison garder et il faut laisser du temps au temps ; on ne peut en effet raisonnablement pas demander à ce pays d'opter pour une vraie démocratie en deux temps trois mouvements, quand il a fallu des siècles à cette démocratie pour s'établir en Occident.
L'Ukraine a voulu se tourner vers l'Europe : c'est louable économiquement mais plus douteux sociologiquement, et dans les deux cas, un crime de lèse-majesté aux yeux des Russes, qui considèrent tous les ex-« satellites » comme leur chasse gardée.
La Fédération russe ne lésinera jamais sur les moyens et les efforts à mettre en place, d'une part pour récupérer économiquement ou militairement ses ex-satellites ou du moins un certain nombre d'entre eux, quitte à en laisser des miettes à l'Europe, et d'autre part pour redorer son blason. Alors quand un ancien protégé se rebiffe et met en danger les exportations de gaz vers l'Europe, qui représentent près de 50 % du total des exportations de gaz, l'ours russe sort ses griffes.
Des manifestations pro-européennes ont eu lieu à Kiev – infiltrées par des fascistes, soi-disant majoritaires et pilotés par l'Occident, sauf qu'ils n'ont représenté qu'à peine plus de 2 % aux dernières élections.
Il y a fort à parier que l'Ukraine, déjà divisée, le restera durablement, voire officiellement, et qu'au lieu d'exporter 50 % de son gaz vers l'Europe, la Fédération russee n'en n'exportera peut-être que 45 %.
À quelque 2 000 kilomètres de là, en mars 2011, une volonté populaire s'est manifestée pour réclamer plus de démocratie, voire moins de dictature. C'est louable, estimable, défendable et même nécessaire et justifiable. Sauf que le digne héritier de son père ne l'entendait pas de cette oreille. Il a voulu briser cette manifestation, au lieu de partager son pouvoir et, ainsi, empêcher les détenteurs de gazodollars, avec le consentement implicite des Occidentaux, d'introduire, pour faire tomber le régime baassiste, des fanatiques islamistes.
Bachar el-Assad avait refusé que des gazoducs traversent son pays pour alimenter l'Europe en gaz arabe et c'est son droit, sauf que les détenteurs de gazodollars et les Occidentaux ne l'entendaient pas non plus de cette oreille. Acheter du gaz arabe permettait aux Occidentaux de faire d'une pierre deux coups : diminuer les exportations russes, et de ce fait affaiblir Poutine, et en même temps porter un coup à l'« axe chiite », Iran-Irak-Syrie alaouite-Hezbollah, de plus en plus puissant, en les opposant aux extrémistes sunnites pour que le mélange explosif prenne. Et il a pris, contrairement à ceux qui pariaient sur la chute de Bachar.
Non seulement les Occidentaux n'ont pas réussi à affaiblir l'axe chiite, non seulement ils ne seront pas alimentés par du gaz arabe, mais ils ont créé une nouvelle menace, celle de l'État islamique. Il y a fort à parier que Bachar el-Assad ne tombera pas demain, grâce ou à cause, c'est selon, à la Russie qui a conforté de cette façon ses exportations de gaz vers l'Europe, et à l'Iran, même si ce dernier flirte aujourd'hui avec les États-Unis pour permettre à son programme nucléaire d'avancer.
Les crises syrienne et ukrainienne, bien que très différentes en termes historiques et sociologiques, ont ce gaz en commun qui implique bien des États dont les intérêts sont en jeu. Le reste, surtout l'aspect humanitaire, ne pèse pas lourd.

Serge SCHOULIKA

Les Ukrainiens ont toujours voué aux Russes une haine cordiale et la réciproque est vraie, partiellement, puisque cette haine est loin d'être cordiale.Comment voulez-vous en effet que l'ours russe réagisse face au trident ukrainien ?L'Ukraine n'a pas existé en tant que pays, à l'instar de tous ceux qui étaient considérés comme des « satellites » russes, pendant la période où la grande et sainte Russie avait été mise en veilleuse au profit de l'URSS, et, tout comme le Liban qui a été la vache laitière de la Syrie pendant l'occupation, l'Ukraine, grenier du monde, s'est vue dépouiller de son blé par l'URSS.À cette époque, l'équilibre mondial était néanmoins assuré ; deux blocs se faisaient face, l'URSS et l'Occident, dont la domination par les États-Unis a toujours été d'actualité – vivement que l'Europe...
commentaires (1)

"Les crises syrienne et ukrainienne ont ce gaz en commun qui implique bien des États dont les intérêts sont en jeu. Le reste, surtout l'aspect humanitaire, ne pèse pas lourd." ! Peut-être, mais ce non-humanitaire ne peut durer éternellement.... il suffit, n'est-ce pas, de se rappeler la chute finale ; malgré tout ; de l'URSS !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

05 h 28, le 02 août 2014

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Commentaires (1)

  • "Les crises syrienne et ukrainienne ont ce gaz en commun qui implique bien des États dont les intérêts sont en jeu. Le reste, surtout l'aspect humanitaire, ne pèse pas lourd." ! Peut-être, mais ce non-humanitaire ne peut durer éternellement.... il suffit, n'est-ce pas, de se rappeler la chute finale ; malgré tout ; de l'URSS !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    05 h 28, le 02 août 2014

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