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Liban

Une explosion de joie accueille la titularisation des professeurs de l’Université libanaise

Liban

Tout le monde est d'accord : plus d'arrestations sans mandats judiciaires, promettent Machnouk et Rifi.

Fady NOUN | OLJ
25/07/2014

C'est par une énorme explosion de joie, des larmes et une ronde de dabké que les professeurs de l'Université libanaise rassemblés place Riad el-Solh ont accueilli la bonne nouvelle de leur titularisation, conclusion heureuse apportée par le Conseil des ministres à une lutte corporatiste de plus de six ans. Dans leur enthousiasme, les nouveaux professeurs cadrés ont assuré qu'ils s'attelleront à la correction des copies de leurs étudiants immédiatement et les rendront « dans deux jours ».
Arrivant à leur rencontre avec un large sourire, le ministre de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur, Élias Bou Saab, a été porté sur les épaules comme un vrai zaïm.
M. Bou Saab a tenu, devant les micros des journalistes, à dissiper l'impression que la titularisation de plus de 1 200 professeurs était le fruit d'une « hypertrophie de nominations » clientéliste. Il a précisé que l'Université libanaise manquait toujours de professeurs à plein-temps, et que ses besoins s'élevaient en réalité à plus de 1 625 professeurs. Admettons.


Mais les faits démentent ces bonnes paroles. L'épilogue de ce dossier épineux est marqué, en dépit des apparences, au sceau du marchandage clientéliste. C'est ainsi que les Kataëb ont accepté que le PSP soit représenté à la tête de l'UL par un doyen de confession chrétienne, Pierre Yared (reconduit à la tête de la faculté de médecine), en échange de la nomination de trois personnalités académiques qui leur sont proches : Amal Abou Fayad à la faculté de tourisme, Jassem Ajaka et Jena Daoud comme représentants du gouvernement.
Ce marché a été présenté à la presse comme étant le résultat d'une « réconciliation » entre le ministre représentant les Kataëb, Sejean Azzi et celui qui représente le CPL, Élias Bou Saab, qu'on a vus engagés dans un conciliabule avec le Premier ministre, Tammam Salam, avant l'ouverture de la séance. Est-ce donc à de telles petitesses que le sort de 74 000 étudiants de l'UL était suspendu ?


Le conseil des doyens de l'UL se présente désormais comme suit : Camille Habib Habib (droit et sciences politiques) ; Nabil Khaled el-Khatib (sciences humaines) ; Hassan Kamel Zeineddine (sciences); Thérèse Hachem el-Khattar (pédagogie) ; Youssef Abdallah Kafrouni (sciences sociales) ; Georges Boutros Sadaka (sciences) ; Mohammad Husni Hage (beaux-arts); Ghassan Nabih Chlouk (économie et gestion) ; Rafic Hassan Younès (ingénierie); Nina Philippe Saadallah (santé publique); Pierre Yared (médecine) ; Fouad Hussein Yaacoub (art dentaire) ; Wafa' Toufic Bawab (pharmacie) ; Amal Abou Fayad (tourisme); Samir Medawar (agronomie) ; Mohammad Dib Hajjar (institut de technologie) ; Fouad Ali al-Omar (école doctorale de technologie) ; Talal Mahmoud Atrissi (école doctorale en lettres, sciences humaines et sociales) ; Tony Georges Atallah (école doctorale en droit et sciences politiques, administration et économie), Jean Gergès Daoud et Jassem Ajaka, représentants du gouvernement.


Se voulant rassurant, le président de l'Université libanaise, Adnane Sayyed Hussein, a indirectement confirmé ce clientélisme, en affirmant à L'Orient-Le Jour, et en s'en félicitant, que le dossier de l'UL a été réglé d'une manière « véritablement paritaire ». Ainsi se consolide le communautarisme au sein d'une université qui devrait être le creuset d'une personnalité libanaise libre du tribalisme politique.
À l'adresse de L'OLJ, le président de l'UL a précisé par ailleurs que seuls 916 professeurs des 1 200 ont été cadrés, la titularisation des autres étant encore conditionnelle. Outre les conditions académiques qu'ils devront encore remplir (nombre d'heures d'enseignement, validation académique et équivalences des diplômes), leur titularisation sera encore soumise à une condition financière : l'existence des fonds nécessaires au supplément budgétaire exigé par leurs traitements. L'une des sources de financement envisagée consisterait dans le relèvement des droits d'inscription.


Par ailleurs, le gouvernement s'est entendu sur le principe d'une « rotation » totale des postes de doyens à l'UL, ce qui doit empêcher des communautés ou courants définis de s'approprier une fonction à titre permanent.
Enfin, ce sera « à l'Université libanaise » (mais on ne précise pas quelle instance), de passer des contrats de titularisation ultérieurs, « sur proposition du ministre de l'Éducation nationale ». Une clause expressément vague qui continuera de brider l'autonomie de décision académique de l'UL et de la subordonner à l'autorité politique et au bon plaisir des ministres qui se succéderont. Mais de toute façon, le ver est déjà dans le fruit.

 

La sécurité : une petite révolution
Passée plutôt inaperçu dans les médias, une décision commune du ministre de l'Intérieur, Nouhad Machnouk, et du ministre de la Justice, Achraf Rifi, devrait provoquer une petite révolution sur le plan des libertés publiques. Sur proposition des deux ministres, en effet, le gouvernement a décidé à l'unanimité qu'un mandat judiciaire devra désormais nécessairement accompagner et corroborer les ordres d'arrestation émanant des renseignements militaires et de la Sûreté générale.
« Cette disposition est de nature à rassurer tout le monde, a expliqué M. Machnouk, et c'est pourquoi elle a été approuvée à l'unanimité. »
Le ministre de la Justice, Achraf Rifi, l'a exprimé de la sorte à sa sortie du Conseil des ministres : « Il s'agit d'une mesure de première importance. Désormais, un informateur ne pourra plus mettre un homme indéfiniment à sa merci. C'est la fin de l'État de sécurité et le début du règne de l'État judiciaire. Cette mesure est essentielle pour corriger le plan de sécurité et le renforcer. »


Toutefois, dans ses résolutions, le Conseil des ministres a indiqué que « les ministres de l'Intérieur, de la Défense et de la Justice sont chargés de réviser les mesures relatives à ce domaine ». Ce qui laisse quand même à l'exécutif quelque marge d'interprétation.
En tout état de cause, ces mesures devraient contribuer à apaiser les milieux fondamentalistes en effervescence après l'arrestation à Tripoli par les renseignements militaires, et à la surprise des ministres de l'Intérieur et de la Justice, de l'un de leurs poids lourds, Houssam Sabbagh, soupçonné de s'être battu contre l'armée à Nahr el-Bared. Ces milieux réclament depuis avec insistance sa remise en liberté.

 

Les salaires dans le secteur public
Dernière décision importante hier, le gouvernement a retiré un projet de loi relatif à l'ouverture d'un crédit supplémentaire de 1 585 milliards de livres pour payer les traitements et salaires dans le secteur public et leur paiement grâce aux réserves budgétaires disponibles. Cette mesure devrait permettre le paiement de ces traitements et salaires durant les trois prochains mois. D'ici à trois mois, la présidence de la Chambre exige qu'une nouvelle loi l'autorise à procéder à l'ouverture de crédits supplémentaires. Une querelle que l'on devrait retrouver dans quelques semaines.


Signalons enfin qu'une assez vive discussion a opposé les ministres Hussein Hajj Hassan et Gebran Bassil. Ce dernier a reproché au ministre de l'Industrie d'avoir engagé dix fonctionnaires, contrevenant ainsi à une décision de suspension de l'embauche dans la fonction publique.
Signalons qu'en début de réunion, le Premier ministre a rappelé au Conseil que la priorité absolue doit être accordée à l'élection d'un nouveau chef de l'État. Par ailleurs, M. Salam et le gouvernement ont condamné aussi bien l'acharnement militaire israélien contre Gaza que les exactions barbares et primitives de l'État islamique contre les chrétiens de Mossoul. M. Bassil a été chargé d'une démarche de protestations à l'Onu, le Liban exigeant « la cessation immédiate de l'agression israélienne » contre l'enclave palestinienne.

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