De véritables forteresses. C'est à cela que ressemblent désormais les rues de Beyrouth. Parsemées de panneaux de signalisation empêchant l'accès à tel quartier, à telle ruelle. Coupées à la circulation automobile ou même piétonne par des barrières, des chaînes, des blocs de béton, des pneus.
Du jour au lendemain, une ruelle paisible, sans histoire, prend subitement l'allure d'un bunker, avec interdiction formelle d'y pénétrer, sous peine de... C'est dire la psychose qui règne.
Pas un quartier de la capitale ou de ses environs n'échappe aujourd'hui à la ghettoïsation. Dès lors qu'il s'y trouve une caserne militaire, un poste de gendarmerie, un bâtiment de la Sûreté générale, ou tout juste un immeuble abritant les bureaux d'une quelconque institution publique. Souvent, les routes prohibées s'avèrent être des artères principales qui longent malencontreusement les locaux d'une cible potentielle.
Ici, une ruelle fermée aux automobilistes héberge les bureaux d'une télévision partisane. Plus loin, tout un quartier est bouclé : normal, une haute personnalité politique craint pour sa vie. À quelques centaines de mètres de là, rebelote : le leader d'un bord politique adverse est cloîtré dans sa cage dorée. Des dizaines de vigiles veillent à sa sécurité, caméras de surveillance à l'appui. Et gare à qui fera mine de s'approcher sans montrer patte blanche.
Même les lieux de culte, églises et mosquées, craignent à présent pour leur sécurité, pour celle des croyants surtout. Les hôpitaux ne sont pas en reste. En un rien de temps, la circulation est détournée une fois de plus et les sites protégés, par deux, voire trois rangées de barbelés, de blocs de béton armé, de fortifications en fer. La peur des attentats terroristes devient irraisonnée, frôlant l'hystérie.
Quoi de plus normal, certes ! Mais à ce rythme, chaque ruelle du Grand-Beyrouth sera très bientôt bunkérisée, protégée du monde extérieur, isolée.
Et tant pis pour les automobilistes qui ont toutes les peines à se retrouver dans les dédales de leur ville. Cette ville qu'ils ne reconnaissent plus car elle a perdu sa convivialité. Chacun de leurs trajets prend alors l'allure d'un parcours du combattant. Car les embouteillages font rage et paralysent jusqu'aux entrées de la capitale... sans parler des crises de nerfs qui gagnent les plus fragiles.
Attention déviation !
Liban - Citoyen Grognon
Attention, déviation !
OLJ / Par Anne-Marie El-HAGE, le 19 juillet 2014 à 00h00


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