Le président russe Vladimir Poutine avec la chancelière allemande Angela Merkel à Rio de Janeiro discutant de la situation en Ukraine avant d’assister à la finale du Mondial. Ria-Novosti/POOL/Alexei Nikolsky/AFP
Les affrontements entre forces gouvernementales et rebelles, qui se poursuivent sans faiblir, ont fait au moins 26 morts en 24 heures. Hier soir, le « ministre de la Défense » des rebelles, Igor Strelkov, a affirmé à l'agence publique russe Ria-Novosti que d'« intenses combats » étaient en cours à la périphérie de Lougansk où les forces ukrainiennes ont, selon lui, déployé des dizaines de chars. Un porte-parole de l'armée ukrainienne Olexiï Dmytrachkivski a confirmé hier soir qu'une colonne de chars en mouvement avait été vue à Lougansk, laissant clairement entendre qu'il ne s'agissait pas des forces de Kiev.
De plus, un tir attribué aux forces ukrainiennes ayant fait un mort en Russie avait fait monter la tension entre Moscou et Kiev. À la suite de l'incident, la diplomatie russe a menacé l'Ukraine de possibles « conséquences irréversibles », qualifiant d'agression la chute de l'obus dans une ville russe frontalière, à proximité d'une zone que se disputent à coups de canon et de mortier les troupes de Kiev et les insurgés. De son côté, l'Ukraine a rapidement démenti tout rôle dans l'incident qui s'est produit dans la matinée. L'incident est survenu au lendemain d'une mise en garde de la Russie qui a déclaré « se réserver le droit de prendre les mesures nécessaires pour défendre son territoire et assurer la sécurité des citoyens russes ».
Sur le plan diplomatique, le président russe Vladimir Poutine et la chancelière allemande Angela Merkel souhaitent des « discussions directes dès que possible » entre Kiev et les séparatistes ukrainiens, a annoncé hier un porte-parole du gouvernement allemand dans un communiqué. « Au-delà, un contrôle efficace de la frontière russo-ukrainienne ainsi qu'un échange de prisonniers sont nécessaires pour atteindre bientôt l'objectif d'un cessez-le-feu bilatéral », explique le communiqué diffusé à Berlin. Toutefois, les deux dirigeants ont déploré une situation « qui tend à se dégrader ». De son côté, le président Petro Porochenko a jugé « impossible » d'assister à la finale du Mondial à Rio compte tenu de la situation dans son pays. M. Porochenko a ainsi exclu une éventuelle rencontre avec le président russe Vladimir Poutine.
Diplomatie téléphonique inédite
Il faut dire aussi que la gestion de la crise ukrainienne a pris ces dernières semaines une tournure inédite en diplomatie : celle des coups de fil à plusieurs, incluant France, Allemagne, Russie et Ukraine, à deux, à trois ou à quatre. « J'ai rarement vu cela. Des appels bilatéraux, oui, c'est tout le temps, mais des appels comme ça, à trois ou quatre c'est assez nouveau et inédit », relève un responsable français sous le couvert de l'anonymat. « Ça montre à quel point ce conflit ukrainien ne peut être résolu avec un seul intervenant extérieur et que la médiation n'est efficace qu'à plusieurs. » « Cette diplomatie du téléphone permet d'avancer de façon plus rapide, plus efficace, plus active », confirme un autre responsable occidental. Dans le cas de l'Ukraine, pas de déplacements sur le terrain ou en Russie de chefs d'État. L'initiative est surtout franco-allemande.
Au début de la crise, elle était aussi le fait de la diplomatie polonaise, qui, à en croire certains diplomates, a eu un rôle prépondérant pour limiter la radicalisation de l'opposition. Aujourd'hui, un rythme de croisière semble avoir été pris pour des entretiens téléphoniques multilatéraux réguliers sur la crise ukrainienne, ici pour appeler à l'arrêt de violences, là pour encourager le dialogue entre pouvoir et insurgés prorusses. Un horaire est arrêté et le moment venu les secrétariats composent les numéros. Dans le bureau du président français, le haut-parleur du téléphone est branché. « Les entretiens sont en général assez peu protocolaires et très directs. Il y a toujours des traducteurs dans chaque langue mais, régulièrement, Merkel et Poutine se parlent en russe ou en allemand qu'ils maîtrisent tous deux. Porochenko s'exprime, lui, fréquemment en anglais et souvent Hollande lui répond directement en anglais pour aller plus rapidement », raconte un témoin. Un laps de temps s'écoule souvent avant que tous les participants ne soient en ligne. Des conversations libres s'ouvrent alors, comme lorsque François Hollande a parlé football avec Angela Merkel pour la féliciter de la victoire écrasante de l'Allemagne sur le Brésil en Coupe du monde. Les entretiens peuvent aussi se dérouler en visio-conférence si les dirigeants le souhaitent.
(Source : AFP)


