La mascarade se prolonge sur l'unique voie de passage encore praticable – mais à quel prix – entre les deux secteurs de Beyrouth. Emprunter cet axe hanté par les miliciens et autres rapaces diurnes équivaut parfois à risquer sa vie et, souvent, à perdre quelque bien plus ou moins précieux comme sa voiture, son portefeuille, son bracelet-montre (...) Certes, on affirme que l'armée veille au grain ; que l'accord de Damas (...) prévoit l'élimination de la « couverture politique » ; que la sécurité et la stabilité seront rétablies; que le deus ex machina syrien ne permettra pas ceci ou cela ; que la force de dissuasion présidée par l'Effendi va s'ébranler incessamment, etc. On affirme tant de choses et on oublie l'essentiel : depuis dix ans que cela dure, pourquoi s'arrêter en si « bon » chemin ? pensent tout bas ceux qui clament bien haut leur soi-disant attachement au Liban de la coexistence.
Bref, on ne finira jamais d'ergoter sur les arrière-
pensées des uns et de ces autres qui maintiennent sciemment en ébullition, grâce à une poignée d'hommes de main et d'escogriffes mal lunés, les secteurs « chauds » de la ligne de démarcation.
Triomphalistes, les médias officiels et officieux ont annoncé hier soir à grand fracas la « reprise » de l'immeuble Ojjeh (qui commande l'accès au Musée à partir de Barbir) par les soldats de la sixième brigade de l'armée (...) Grand bien leur fasse. Ce n'est pourtant pas aujourd'hui que les Beyrouthins se rueront sur l'axe Musée-Barbir. Pas plus tard qu'hier, en effet, des enlèvements se sont produits sur la jonction de Kaskas (...)

