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Nos lecteurs ont la parole - Nadine Moussa

Plaidoyer pour une Troisième République

Présente à la première séance de l'élection présidentielle le mois dernier, j'ai été le témoin privilégié des stratagèmes employés par la Chambre – laquelle, rappelons-le, est anticonstitutionnelle – pour proroger une fois de plus la vie de notre IIe République impuissante et stérile. Au début de la séance, plusieurs députés ont demandé au président de la Chambre de rappeler les noms des candidats en lice. Après avoir commencé par rejeter la demande, Nabih Berry a finalement lâché, sur l'insistance de ses homologues : « Nous avons deux candidats officiels : Samir Geagea et Henri Hélou. » Assise dans la tribune du fond réservée au public, je me levais aussitôt, agitant les bras et m'exclamant : « Je suis également candidate à la présidence ! » Aussi étonné que ses collègues autoprorogés dans leur tour d'ivoire, déconnectés du peuple, M. Berry me demanda alors mon nom avant d'annoncer: «La candidate Nadine Moussa. »
Un tel étonnement porte à questionnement. Les participants ont-ils été consternés par la candidature d'une femme à la présidence ? Ou ont-ils plutôt été surpris par une candidature dont ils n'avaient jamais entendu parler ? Une semaine plus tôt, j'avais pris soin pourtant d'informer le secrétariat du Parlement de ma candidature et d'y déposer, à l'attention des députés, des exemplaires de mon programme de campagne. Il me semble que la cause principale de la surprise générale était l'émergence d'un candidat désireux de chambouler les mécanismes mis en place par une classe politique féodale et communautaire. Parmi ces mécanismes : l'accaparement des médias visant à faire avorter toute émergence d'une alternative politique qui viendrait perturber leur stérile IIe République. Je dénonce la paralysie de notre élite politique et son incapacité consciente, permanente et volontaire, mise au service exclusif de sa propre pérennité.
J'ai adressé il y a peu à l'ensemble des chefs de blocs parlementaires un document présentant un plan de salut national. Ce plan permettrait de sauver in extremis le Liban du vide présidentiel et de préserver ce qui reste de l'État. Le texte leur a été envoyé par courrier recommandé et par fax, et j'ai contacté chacun d'entre eux au téléphone. Mon initiative s'est malheureusement heurtée à des portes closes, à l'exception de celles de MM. Samy Gemayel, Hagop Pakradonian et du représentant de Samir Geagea avec lesquels je me suis réunie pour discuter du plan suggéré.
Force est de constater que cette initiative, qui n'a trouvé qu'un très insuffisant écho, braque une fois de plus l'attention sur l'inertie de nos dirigeants qui ne servent que leurs intérêts personnels. Le manque de considération dont fait preuve la majorité des médias libanais à mon égard – lesquels se sont contentés de couvrir superficiellement la conférence de presse au cours de laquelle j'ai annoncé ma candidature – contraste avec l'intérêt des médias étrangers pour une candidature qui sort de l'ordinaire. Je m'adresse par la présente lettre à l'ensemble du peuple libanais, dans toute sa diversité, en espérant qu'il ne sera pas à l'image des « représentants » de la nation.
Par la présente, je m'adresse aux citoyens engourdis, aux insouciants, à ceux qui désespèrent de voir le changement se produire, à ceux qui n'y croient plus, à ceux qui en ont peur et à ceux pour qui le changement est synonyme de départ. Je m'adresse aussi aux partisans de la classe politique en place qui rejettent ce changement et qui s'accrochent à une IIe République obsolète et qui sont désappointés par les changements trop fréquents d'alliances politiciennes, par les positions politiques incertaines et par les solutions « secrètes » avancées par certains. Citoyenne parmi les citoyens, j'en appelle à vous aujourd'hui en affirmant haut et fort que la menace la plus grave est représentée aujourd'hui par notre IIe République sectaire et surannée. Pour notre salut, nous n'avons désormais plus d'autre choix que celui de passer à une IIIe République bâtie sur le principe d'un contrat social nouveau qui tienne compte des intérêts suprêmes de l'individu et de la nation.
Je suis désormais convaincue de l'échec voulu de notre Parlement, qui n'a pas hésité à me refuser les dix minutes demandées pour exposer mon plan de salut national. Cela n'est toutefois pas étonnant : dans ce plan, j'appelle en effet la Chambre à assurer un quorum pour amender la Constitution, afin de permettre l'élection d'un président d'intérim qui aurait un mandat limité à deux ans. Au cours de cette période, se tiendra une conférence de salut national de laquelle émergera un contrat social nouveau, qui bâtira les fondations de notre IIIe République. Ce dialogue nous hissera au rang de nation moderne sur les plans économique, social et culturel. Il instaurera aussi les mécanismes nécessaires pour permettre l'émergence d'une classe politique alternative, notamment à l'aide d'une loi électorale nouvelle et des lois exécutives constitutionnelles additionnelles. J'assume la responsabilité citoyenne de poser ma candidature au poste de « Président de l'ombre », et j'appelle tous les Libanais à se tenir à mes côtés pour incarner le « Parlement de l'ombre ». Mettons en œuvre ensemble le plan de sauvetage de notre nation. Mobilisons-nous pour l'avènement d'une IIIe République basée sur la confiance, le travail et la volonté. Répartissons-nous les fonctions législatives sans plus attendre nos députés, qui préfèrent recourir aux puissances étrangères pour trouver une énième solution temporaire au blocus actuel.
Je m'adresse aux citoyens découragés et à ceux que le changement effraie : le Liban a plus que jamais besoin que vous réfléchissiez à ce que la classe politique en place a réalisé pour vous. Des seigneurs de guerre peuvent-ils véritablement nous apporter la paix ? Remettez-vous en question pour sortir de votre apathie, afin que vos dirigeants prennent exemple sur vous, se remettent en question et sortent eux-mêmes de leur inertie !
Je m'adresse à la société civile dynamique, qui s'est pourtant montrée discrète lors de la mobilisation civile du dimanche 25 mai, ce fameux dimanche au cours duquel nos députés ont violé une fois de plus le règlement de la Chambre qui leur interdit de s'absenter plus de deux fois à des séances consacrées à une élection. Engagés et militants du changement, je vous demande de réagir pour incarner le renouveau politique. Participez à toutes les échéances électorales pour devenir les représentants de la IIIe République qui a tant besoin de votre attachement sincère à la patrie, de vos actions intègres et de votre foi active.
Enfin, je m'adresse aux intellectuels et aux académiques indépendants : nous avons besoin de votre savoir, pour que vous proposiez des outils de travail, des projets de loi et des solutions pour réformer les institutions de l'État. Soyez vous aussi une source d'inspiration qui fasse évoluer notre société vers des bases plus justes et plus équitables.
Que chacun d'entre vous incarne ce changement tant espéré, pour que notre IIIe République ne soit pas seulement un objectif ponctuel, mais qu'elle devienne l'emblème d'un Liban nouveau.

Nadine MOUSSA

Présente à la première séance de l'élection présidentielle le mois dernier, j'ai été le témoin privilégié des stratagèmes employés par la Chambre – laquelle, rappelons-le, est anticonstitutionnelle – pour proroger une fois de plus la vie de notre IIe République impuissante et stérile. Au début de la séance, plusieurs députés ont demandé au président de la Chambre de rappeler les noms des candidats en lice. Après avoir commencé par rejeter la demande, Nabih Berry a finalement lâché, sur l'insistance de ses homologues : « Nous avons deux candidats officiels : Samir Geagea et Henri Hélou. » Assise dans la tribune du fond réservée au public, je me levais aussitôt, agitant les bras et m'exclamant : « Je suis également candidate à la présidence ! » Aussi étonné que ses collègues autoprorogés...
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