Le Liban est littéralement submergé. Il le clame sur tous les toits. Il le crie haut et fort. Il n'en peut plus. Pas plus que sa population, touchée par l'insécurité, minée par le chômage et les factures qui s'accumulent, fatiguée de l'absence de politique sociale, exaspérée de supporter les privations en tout genre, à commencer par l'eau et l'électricité qu'elle reçoit au compte-gouttes.
Entre-temps, tous les jours, les réfugiés syriens continuent d'affluer, inlassablement.
Ils sont plus de 1 122 000 à l'heure actuelle, recensés, enregistrés par le Haut-Commissariat pour les réfugiés des Nations unies, installés à travers le pays, chez l'habitant, dans des logements de fortune ou dans des camps sauvages bâtis un peu partout dans les zones rurales, jusqu'aux entrées des villes. Sans parler de ceux qui entrent en catimini et font profil bas pour diverses considérations communautaires ou partisanes. Ou encore ceux qui déferlent tous les jours pour des raisons économiques car chez eux, ils n'ont plus d'emplois, ni de quoi nourrir leurs familles. « Ils représenteront plus du tiers de la population libanaise, d'ici à fin 2014 », prévient le HCR, dans l'indifférence générale.
À maintes reprises, le pays du Cèdre a été montré du doigt par la communauté internationale. Accusé de ne pas faire son devoir envers les réfugiés, de n'avoir pas mis en place de stratégie claire pour leur porter assistance. Enfoncé jusqu'au cou dans une crise politique sans fin, il peine en effet à plancher sur ce dossier qui le dépasse, sans pour autant déroger à sa légendaire hospitalité. Mais il peine encore plus à assurer au citoyen libanais les minima requis lui permettant de mener une vie décente.
Que dire de la communauté internationale, qui continue de faire preuve d'une extrême parcimonie dans la gestion de l'une des plus graves crises humanitaires du XXIe siècle ? Elle avait pourtant multiplié les promesses d'assistance, non seulement aux réfugiés, mais aussi aux populations libanaises hôtes en mal de développement.
« Paroles, paroles », comme le dit si bien la chanson. Si l'aide aux réfugiés n'atteint désormais que les plus démunis, les populations locales défavorisées attendent toujours un geste dans leur direction ou ne serait-ce qu'une oreille attentive.
Qui indemnisera les ouvriers libanais qui perdent leur emploi car, « au prix d'un ouvrier libanais, trois Syriens sont embauchés », comme le déplore un vitrier de 18 ans au chômage. Qui se penchera sur le décrochage scolaire qui touche les élèves libanais en zones rurales, nombre de parents n'ayant même plus de quoi payer le transport scolaire ?
Quoique légitimes, ces questions, parmi tant d'autres, n'éveillent toujours pas d'écho.
Mais elles sont la preuve formelle, loin de tout racisme, que le citoyen libanais, oublié de tous, paie bien cher le prix de la crise syrienne.
Liban - Citoyen Grognon
Oublié de tous
OLJ / Par Anne-Marie El-HAGE, le 05 juillet 2014 à 00h00


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