Le « fonctionnaire inconnu »... que j'ai eu l'honneur de connaître
La conscience collective sait pertinemment qu'au-delà de l'aura des généraux, c'est aux « soldats inconnus » que l'on doit les victoires, ils sont à l'origine d'opérations de bravoure quotidiennes derrière chaque acte de prévention, ils donnent leur vie sans attendre de retour pour que le citoyen puisse vivre et dormir tranquille...
Les États les ont vénérés et leur ont érigé des monuments...
Mais ce que les États n'ont pas assez mis en lumière et que la société civile devrait honorer, ce sont les « fonctionnaires inconnus » ! Ces femmes et ces hommes qui ont œuvré et continuent constamment à construire le pays, à le stabiliser, à assurer la fonction et le service publics, le traitement juste, sans être contaminés par leur environnement pourri, ni tentés par la luisance de la corruption... en utilisant l'arme redoutable qu'ils ont dans la main et qui consiste tout simplement à faire leur devoir de façon talentueuse, méthodique, consciencieuse, honnête et digne.
Rien que pour l'exemple de modestie, d'honnêteté et de professionnalisme que tu as su montrer à une époque où toutes les valeurs foutaient le camp et où la corruption faisait rage dans les rouages de l'État, tu as dirigé et préservé « Majlis el-khedmé el-madanieh », ce qui t'a valu d'être appelé par feu le président Hariri, à l'époque en quête des meilleurs talents, pour te nommer « directeur général du cabinet du Premier ministre », toi le « simple » fonctionnaire (de 1re catégorie), de confession différente, sans appui politique ni polarisation.. C'est par ton talent, ta conscience professionnelle et ta perception du « service public » que tu as marqué ta différence. Tu as contribué, comme le font certains autres « fonctionnaires inconnus », à la construction de ce que nous voyons de ce qui reste de l'État. Ta voiture modeste faisait tache dans le Sérail à côté des gros bolides, mais ta parole et tes instructions faisaient l'effet de la foudre dans toute l'administration.
Les hommes d'État sont indispensables à tous les échelons, et tu en as toujours été le phare et le fort !
Repose en paix, Samir Badre, conscience tranquille, mains propres, cœur grand, et œuvre modèle ! Toi le « fonctionnaire inconnu » que j'ai eu l'honneur de connaître.
Que Dieu ait ton âme et qu'Il puisse donner au Liban une multitude de ton calibre.
Jihad C. FÉGHALI
Le 30 juin 2014
* Ancien directeur général auprès de la présidence du Conseil des ministres
Président du Conseil national des anciens fonctionnaires, décédé le 27 juin 2014.


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