Un combattant de Daech donne l’accolade à un membre du Front al-Nosra à la frontière syro-irakienne. Photo prise du compte Twitter de Joshua Landis
Le Premier ministre irakien chiite Nouri al-Maliki a mis en garde les forces politiques rivales contre toute tentative d'exploiter l'offensive des insurgés sunnites pour le marginaliser, deux semaines après le début de l'avancée de Daech (État islamique en Irak et au Levant-EIIL) à travers le pays.
Alors que des notables de tribus sunnites ont appelé à la mise en place d'un gouvernement ne tenant pas compte des résultats des législatives du 30 avril qu'ils qualifient de mascarade, M. Maliki a en effet estimé qu'une telle démarche constituerait « un coup d'État à l'encontre de la Constitution et du processus politique ». Le Premier ministre sortant, dont le bloc électoral est arrivé en tête lors du scrutin d'avril mais ne parvient pas à former une coalition de gouvernement, a dénoncé « une tentative de la part de ceux qui sont contre la Constitution d'éliminer le jeune processus démocratique et de voler leur vote aux électeurs ».
Et en dépit des pressions occidentales, M. Maliki a exclu la formation d'un gouvernement de salut national. « Il s'agit d'un moment très critique pour l'Irak, et la formation d'un gouvernement est notre principal défi », avait affirmé mardi le secrétaire d'État américain John Kerry. Parallèlement, ce dernier a d'ailleurs annoncé qu'il se rendrait demain en Arabie saoudite pour insister sur « la grande urgence » en Irak, après ses visites à Bagdad, à Bruxelles pour une réunion de l'Otan, et à Paris aujourd'hui.
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Toutefois, les États-Unis ont minimisé hier les propos de M. Maliki. Des responsables de l'administration américaine ont même affirmé que M. Maliki restait disposé à mettre sur pied ce gouvernement d'union nationale au 1er juillet, après des assurances en ce sens qu'il aurait fournies à John Kerry à Bagdad lundi. Pour la porte-parole du département d'État Marie Harf, les propos du Premier ministre irakien ont été « mal interprétés ». D'après elle, M. Maliki « a dit qu'il rejetait l'idée d'un gouvernement d'urgence, d'une sorte de gouvernement provisoire imposé hors du cadre constitutionnel ».
Alliance Daech-Nosra
Sur le terrain, les jihadistes de Daech ont ouvert dans l'ouest du pays une voie vers la Syrie en s'emparant du poste-frontière de Boukamal, pendant de celui d'al-Qaïm qu'ils contrôlent déjà. Des membres du Front al-Nosra, la branche syrienne d'el-Qaëda, ont dans la foulée « prêté allégeance à (Daech) dans la nuit de mardi à mercredi » permettant au groupe jihadiste ultraradical, qui progresse dans l'est de la Syrie comme dans l'ouest de l'Irak, de contrôler les deux côtés du poste-frontière, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Les combattants d'al-Nosra et ceux de Daech, autrefois alliés en Syrie contre le régime, s'affrontent pourtant depuis le début de l'année dans des combats qui ont fait des milliers de morts. D'ailleurs, l'expert sur le Moyen-Orient Joshua Landis a tweeté hier qu'un combattant d'al-Nosra lui avait affirmé que son groupe avait prêté allégeance à Daech parce qu'il « n'avait pas d'autre choix ».
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Parallèlement, les troupes gouvernementales sont parvenues hier à repousser des insurgés de l'importante base aérienne de Balad, située à environ 70 km au nord de Bagdad, selon un chef tribal et un responsable de sécurité. Un autre assaut a été repoussé dans Haditha, province d'al-Anbar, à l'ouest de Bagdad. En outre, deux lieux de culte chiites ont été bombardés au nord de Mossoul, selon un responsable et des témoins, qui ont précisé que les attaques n'avaient pas fait de victimes. Et 17 personnes ont été tuées par des attentats et des bombardements à Mahmoudiya, au sud de la capitale et à Kirkouk.
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Dans ce contexte, un haut officier de l'armée jordanienne a déclaré hier que le royaume était prêt à faire face à « toute agression », alors que l'avancée des insurgés sunnites de l'autre côté de la frontière irakienne fait craindre une contagion. « La frontière jordano-irakienne est sécurisée. Les forces armées jordaniennes sont capables de défendre le royaume contre toute agression », a déclaré le commandant des gardes-frontières, Saber Mahayrah.
Enfin, l'ONU a lancé un appel urgent de fonds pour aider un million de personnes affectées par le conflit, en particulier à Mossoul et la province d'al-Anbar.
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DE SADDAM À MALIKI... OU : DE CHARYBDE EN SCYLLA !
07 h 44, le 26 juin 2014