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Nos lecteurs ont la parole - Dr Youssef Chataoui

Unique solution : la neutralité du Liban grâce à sa diaspora

Je ne m'étendrai pas sur mon expérience professionnelle dans les pays d'émigration. Chirurgien, j'ai quitté les hôpitaux de Paris pour le monde industriel et le développement immobilier en France et au Brésil, ainsi qu'au Liban. Je suis sur le point de lancer un projet urbain d'envergure dans la banlieue de São Paulo, au Brésil : la construction d'une nouvelle ville sur une superficie de 6 millions de mètres carrés.
Et pourtant, la question lancinante qui m'habite n'est pas de savoir ce que le Liban peut offrir ou plutôt, comme le disait John Kennedy, ce que nous pouvons faire nous-mêmes pour le Liban.
Rafic Hariri a dit un jour que « nul n'est plus grand que son pays ». Bien dit. Mais il est tout aussi vrai que le Liban de la diaspora est plus grand que la mère patrie, et que le nombre de ses habitants, sa superficie, son potentiel et son rayonnement sont plus grands. Mais parce que le Liban est réellement « plus qu'un pays », comme l'a dit le pape Jean-Paul II, parce qu'il est véritablement « un message » à l'humanité entière, il est de notre devoir, résidents et émigrés, de préserver ce message et de le défendre.
La revue The Economist a décrit un jour la diaspora libanaise comme l'une des plus importants empires au monde : l'empire des cèdres. Très peu de Libanais savent l'importance de cette diaspora et sa capacité de forunir au Liban et au monde arabe une assurance protectrice. Et nul n'ignore que les tentatives de rapprochement passées entre le Liban résident et le Liban émigré ont échoué pour la simple raison qu'à chaque fois, les problèmes du Liban, les complications et les divisions qu'ils recèlent se transposaient malheureusement au sein de la diaspora.
La composition sociale, culturelle et religieuse du Liban est à la fois une bénédiction et une malédiction, une richesse et une pauvreté, une force et une faiblesse, et, tout au long des siècles, nous n'avons pu, hélas, surmonter ces éléments négatifs. De fait, nous avons transformé le Liban en une caisse de résonance qui répercute constamment les échos des crises du monde entier ; nous avons fait du Liban la patrie des causes perdues et des crises perpétuelles.
Je ne remonterai pas loin pour illustrer mon propos. En 1970, l'économie libanaise était plus importante que l'économie de la Corée du Sud. Aujourd'hui, l'économie coréenne est classée dixième dans le monde, tandis que les agences de notation dégradent régulièrement la cote du Liban.
L'édification d'une patrie stable exige, en fait, trois piliers – trois piliers qui manquent au Liban en raison de ses pratiques fautives et ses allégeances à l'étranger. Ces trois piliers sont : l'État et les institutions, la sécurité et la stabilité, le système judiciaire et la justice.
Notre incapacité à élire un nouveau Parlement dans les délais constitutionnels, le fait que nous n'ayons pas élu un nouveau président avant l'échéance du mandat du président Sleiman sont la preuve de l'absence du premier pilier de base. Notre implication dans les crises régionales et mondiales et leurs séquelles répétées sur le plan interne sont la preuve que le deuxième pilier n'existe pas plus. Enfin, l'absence d'un système judiciaire suffisamment compétent et intègre, en raison des ingérences permanentes du politique dans les affaires de la magistrature, est la preuve que le troisième pilier de base est absent.
Cela étant, et les Libanais résidents s'avérant inaptes à le dégager de sa crise permanente, c'est au Liban émigré, avec sa force numérique, politique et économique, de trouver la parade à ce vice structurel et à mettre sa force à la disposition du Liban :
Deux choses sont inchangeables au Liban : sa composition sociocommunautaire et sa géographie.
La composition de la société libanaise a hypothéqué la patrie aux intérêts étrangers par l'allégeance de chacune de ces composantes à une puissance extérieure dont les intérêts s'opposent aux intérêts et aux objectifs stratégiques du Liban.
Emblématique à cet égard est le fait qu'en trente-cinq ans de séjour en France et en treize ans de séjour au Brésil, je n'ai jamais entendu un seul ambassadeur accrédité faire de déclaration touchant à des questions internes à ces deux pays, alors que beaucoup de déclarations faites par des ambassadeurs accrédités au Liban pourraient très bien servir, hélas, de programmes électoraux pour des parlementaires libanais ou de déclarations gouvernementales du Liban.
De sorte que la seule solution possible pour aider le Liban à sortir de sa crise permanente réside dans l'imposition de la neutralité du Liban et sa reconnaissance internationale.
La seule requête possible que le Liban résident pourrait présenter à la diaspora libanaise est celle de lui demander d'agir à la réalisation de cet objectif : la proclamation de la neutralité du Liban et le respect de ce principe par la communauté internationale.
Pour ce qui concerne la géographie et étant donné que nous sommes partie intégrante du monde arabe, les impératifs de la coexistence et de l'interaction avec cet environnement sont tels que seule la diaspora libanaise est en mesure d'assurer non seulement au Liban, mais au monde arabe toute entier également, l'ombrelle nécessaire à la préservation de ses droits et de ses intérêts.
Quelle meilleure preuve de ce que j'avance que la situation actuelle du monde arabe ?
Nous constatons en effet que le PIB de cette région, qui compte près d'un demi-milliard d'habitants, soit deux fois et demie la population du Brésil, est égal à la moitié du PIB de ce dernier, en dépit de tous les atouts dont il dispose en ressources naturelles, hydrocarbures, minerais, etc. Et la découverte ici et là d'un nouveau champ pétrolifère ne changera rien à cette réalité car le potentiel du monde arabe est gaspillé à d'autres fins que celles auxquelles pourrait servir, et que nous manquons de la volonté d'être les maîtres de notre destin.
Parler du droit de recouvrer la nationalité libanaise, de la création d'une maison de l'émigré, encourager les démarches visant à resserrer les liens entre le Liban résident et la diaspora, ou encore évoquer des possibilités d'investissements ou de coopération ? En dépit de toutes les bonnes volonté du monde et du sérieux de ces démarches, tout cela restera en deçà de ce qui est requis si nous ne nous fixons pas clairement ce premier objectif stratégique qu'est la proclamation de la neutralité du Liban, seul moyen de lui assurer une stabilité durable. Sans cette neutralité, toutes nos tentatives seront une pure perte de temps, un gaspillage d'énergie et un surcroît de promesses déçues.

Je ne m'étendrai pas sur mon expérience professionnelle dans les pays d'émigration. Chirurgien, j'ai quitté les hôpitaux de Paris pour le monde industriel et le développement immobilier en France et au Brésil, ainsi qu'au Liban. Je suis sur le point de lancer un projet urbain d'envergure dans la banlieue de São Paulo, au Brésil : la construction d'une nouvelle ville sur une superficie de 6 millions de mètres carrés.Et pourtant, la question lancinante qui m'habite n'est pas de savoir ce que le Liban peut offrir ou plutôt, comme le disait John Kennedy, ce que nous pouvons faire nous-mêmes pour le Liban.Rafic Hariri a dit un jour que « nul n'est plus grand que son pays ». Bien dit. Mais il est tout aussi vrai que le Liban de la diaspora est plus grand que la mère patrie, et que le nombre de ses habitants, sa superficie,...
commentaires (2)

C'EST AU LIBAN QUE TOUS DEVRAIENT SE RÉUNIR... DIALOGUER... S'ENTENDRE... ET DÉCLARER LA NEUTRALITÉ DU PAYS... UNE SUISSE DU MOYEN ORIENT ! MAIS DES ROUSPETEURS N'EN VEULENT PAS. ILS VEULENT : LE VIDE ! LE VIDE SE DÉVELOPPE DANS LE VIDE...

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

13 h 40, le 26 juin 2014

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Commentaires (2)

  • C'EST AU LIBAN QUE TOUS DEVRAIENT SE RÉUNIR... DIALOGUER... S'ENTENDRE... ET DÉCLARER LA NEUTRALITÉ DU PAYS... UNE SUISSE DU MOYEN ORIENT ! MAIS DES ROUSPETEURS N'EN VEULENT PAS. ILS VEULENT : LE VIDE ! LE VIDE SE DÉVELOPPE DANS LE VIDE...

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    13 h 40, le 26 juin 2014

  • Bienvenue Docteur, dans le club d'un groupe des "résidents" demandeurs de la NEUTRALITÉ du Liban(constitué d'un groupe polyvalent et pluricommunautaire),qui pour info, ont adressé le 1er avril 2014 une lettre dans ce sens au Secrétaire Général des Nations Unies et l'ont remise à son représentant au Liban,M. Derek Plumbly. Bravo aussi pour votre belle analyse, ô combien excitante et "entreprenante"...! Si le coeur vous en dit, vous pourriez rejoindre cette équipe qui est en pleine structuration actuellement et nous en serions ravis. P.S. Vous pourriez si vous le désirez, obtenir nos coordonnées par l'intermédiaire de cet honorable journal.

    Salim Dahdah

    10 h 11, le 26 juin 2014

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