« Le Liban jouit de spécificités touristiques uniques », a dit il y a quelques jours le ministre du Tourisme, Michel Pharaon. « Et pas des moindres », serions-nous tentés de renchérir, tellement sont beaux et variés les sites archéologiques, culturels et naturels du pays.
Sauf que ces spécificités ne permettent plus à elles seules d'attirer touristes étrangers ou émigrés libanais. Laissons de côté l'aspect sécuritaire qui est ce qu'il est depuis des années, avec ses hauts et ses bas. Parlons plutôt du rôle de chacun d'entre nous, municipalités en tête, pour rendre plus accueillantes les régions qui figurent sur les circuits touristiques.
La Békaa est l'une de ces régions par excellence, un lieu de villégiature pour certains, mais pour la grande majorité des citadins, la destination d'une journée, d'une soirée ou au mieux d'un week-end de détente. Il s'y rend pour faire la route des vins, le citoyen, pour déguster les spécialités locales, pour visiter son village familial, pour découvrir tel ou tel coin paradisiaque, pour assister à un mariage, pour admirer les colonnes de Baalbeck ou son célèbre festival annuel.
Chemin faisant, ce qu'il découvre n'a rien de réjouissant. Si la plaine aux mille couleurs demeure d'une beauté à couper le souffle malgré les nouvelles constructions qui la dénaturent, la route qui y mène est d'une saleté repoussante. C'est ainsi sur des kilomètres, sitôt qu'il quitte le Grand Beyrouth, le citoyen, jusqu'en plein cœur de Chtaura, et même dans la région agricole.
À mesure que la route défile, lui sautent aux yeux les immondices en tout genre, jetées par des automobilistes dénués de civisme. Canettes de coca, boîtes en carton, bouteilles d'eau ou de bière, gobelets de café, sacs en nylon, emballages de produits alimentaires, papiers ou kleenex sales et bien d'autres déchets tapissent les bords de la route, envahissant le moindre centimètre carré, jusqu'aux rigoles qui débordent.
À n'en pas douter, les éboueurs ne sont jamais passés par là. S'ils en venaient à balayer les lieux, ils rempliraient à coup sûr plusieurs dizaines de camions. Car au-delà des bords de route, les vallées sont envahies de gravats, de remblais ou de débris de chantiers. Ici, de l'asphalte noir se distingue du lot. Plus loin, des planches de marbre sont laissées à l'abandon. Elles avoisinent les blocs de béton, dont certains ont dégringolé, quelques centaines de mètres plus bas. Des tas de vitres brisées jonchent les terrains, des sacs de ciment par dizaines aussi.
Il ne compte plus les affiches publicitaires en lambeaux, le citoyen, laissées sur place par des afficheurs négligents, pas plus que les équipements usagés en vieux fer rouillé qui ne peuvent plus servir.
C'est à croire que toute la poubelle du Liban se retrouve sur la route de la Békaa, à l'instar de ce vieux fauteuil éclopé qui trône au milieu de nulle part et dont personne ne veut plus. Sous le poids des déchets, le poumon du Liban s'essouffle et s'enlaidit. Il est au bord de l'asphyxie. Vous avez dit tourisme ?
Liban - Citoyen Grognon
Vous avez dit tourisme ?
OLJ / Par Anne-Marie El-HAGE, le 21 juin 2014 à 00h00


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
Poubelle et tourisme ne vont pas de pair . Il faudra nettoyer les esprits de nos politiciens et ensuite nos rues et montagnes .
18 h 03, le 21 juin 2014