En mai, les prix à la consommation ont surpris à la hausse pour la troisième fois consécutive. Hors composantes volatiles, le taux d'inflation du CPI ressort à 2 % sur un an. Sur les trois derniers mois, il bondit à 2,8 % l'an, plus haut niveau depuis l'été 2011, une période où le taux de chômage avoisinait 9 % et non pas 6 % comme aujourd'hui. Interrogée sur ce rebond, la présidente de la Fed l'a traité comme du « bruit » statistique. La Fed n'aurait donc pas de raisons pressantes de s'inquiéter. La faiblesse de l'inflation étant le dernier argument qui reste pour justifier une politique de taux zéro, on comprend que Mme Yellen tienne ce discours. S'il est exact que les pressions inflationnistes restent assez modestes, on ne peut nier qu'il y a quelques frémissements dès aujourd'hui et quelques risques pour demain.
1) Les pressions d'origine domestique dépendent de la vigueur de la demande et de la situation du marché du travail. Selon Mme Yellen, la sous-utilisation des capacités reste très large de sorte qu'elle n'envisage pas du tout d'accélération rapide des salaires. Notons toutefois que la Fed a toujours été, depuis deux ans, trop prudente quant au rythme de baisse du chômage et que les salaires tendent à se redresser.
2) Les pressions géopolitiques (Irak dernièrement) affectent avant tout le prix de l'énergie. L'impact sur l'inflation est rapide, mais, sauf véritable choc pétrolier, l'effet est généralement transitoire. Il est donc ignoré par la Réserve fédérale. Une tension sur les prix viendrait néanmoins compliquer la communication de la Fed.
3) D'autres pressions exogènes, notamment climatiques, peuvent toucher les prix de l'alimentation. Ce type de choc échappe au contrôle de la banque centrale américaine. Toutefois, les prix des produits alimentaires ont une influence significative dans les anticipations d'inflation des ménages. Depuis quelques mois, un regain de tension se dessine. Le NOAA, l'office météo US, évalue désormais à 70 % la probabilité d'un retour d'El Niño cet été, ce qui pourrait aggraver ce mouvement.
La normalisation des rythmes d'inflation pourrait être plus rapide que ce que pense la Fed. Elle devra alors, soit nier (temporairement) l'évidence, soit changer d'analyse.
Dans les deux cas, les anticipations de taux par les marchés s'en ressentiront.
Économie
Inflation US : du bruit ou un signal ?
OLJ / le 21 juin 2014 à 00h00

