S'il est trop tôt pour porter un jugement définitif sur la réalité des réformes en Italie, Matteo Renzi a déjà engrangé un bénéfice politique puisqu'il a fait gagner son parti aux élections européennes. Son attitude réformiste lui a obtenu une légitimité pour aller de l'avant. Le contraste est des plus frappants avec la France, où un nouveau Premier ministre censé incarner une double rupture, de style et de politique, n'a pas empêché son parti de subir une déroute électorale, la seconde en deux mois. L'écart de taux à dix ans entre l'Italie et la France était de 157bp à la fin 2013 quand François Hollande a opéré son virage social-libéral, de 134bp quand M. Renzi a pris en février la présidence du Conseil italien, et se situe désormais au voisinage de 100bp. À première vue, la conclusion du marché est sans appel : la prime de risque de l'Italie vis-à-vis de la France s'est fortement réduite en six mois, bien que les rythmes d'activité restent dans les deux cas très faibles et donc fort préoccupants. Matteo Renzi a réussi à raconter une histoire, là où le couple Hollande-Valls reste inaudible pour les Français et, au-delà, pour les investisseurs.
On ne doit pas minimiser le rôle d'une bonne communication. Quand une entreprise traverse des difficultés qui l'obligent à modifier en profondeur sa stratégie, il est usuel qu'elle élabore un cadre narratif (storytelling) visant à créer de l'adhésion tant chez ses employés que ses clients. Si l'on applique la même démarche à l'action politique, il faut conclure que le gouvernement français a échoué. Sa majorité au Parlement est plus rebelle et son soutien dans l'opinion plus bas que jamais. Les intentions sont souvent bonnes, mais la réalisation ne suit pas. On l'a vu à propos des annonces de baisse de charges sur le travail, si floues que les chefs d'entreprise n'y croient pas. Idem à propos de la réforme territoriale, sujet majeur qui aboutit à un projet sans intérêt qui consiste à réduire le nombre de régions de 22 à 14. La belle affaire ! Idem à propos du secteur de la construction : on ne sait pas si la calamiteuse loi sur le logement votée à l'initiative des ex-alliés verts du gouvernement sera ou non appliquée. Difficile de convaincre les autres de vous suivre quand vous donnez l'impression de ne pas savoir où aller...

