Le nouveau numéro de la revue Hawliyat, organe de la faculté des lettres et des sciences humaines de l'Université de Balamand, est revenu à son rendez-vous annuel après un arrêt de quatre ans. Les études qui le composent ouvrent l'esprit vers des horizons de recherche très variés. Elles questionnent, entre autres, l'inattendu et nous surprennent par la variété des sujets traités.
Nous retenons la pertinente étude sur l'esthétique que retrouve Peter Williams au cœur du travail romanesque de Vladimir Nabokov ; esthétique qui dépasse les conventions de la modernité pour déterminer la richesse et la vérité du réel à partir des forces matérielles, voire matricielles capables de perturber et de renverser les intentions du sujet et de ses représentations. Nous retenons aussi l'excellent travail inédit de scansion qu'effectue Mazen Naous pour mettre en évidence les aspects comparatifs du poème Locksley Hall d'Alfred Lord Tennyson et de la Mu'allaqa d'Imru' al-Qais, faisant ressortir, par sa précision et sa fluidité, la beauté et la complexité des deux poèmes, ainsi que les subtilités des appropriations orientalistes.
Quant à l'article de Frank Darwiche, il retrouve au cœur du soufisme d'Ibn 'Arabi les possibilités que présente la pensée de Dieu chez Heidegger, tout en établissant une nouvelle lecture permettant d'éclairer et de retrouver les limites de chaque pensée ou expérience. Cette étude nous surprend aussi par sa capacité de naviguer, avec une grande précision, à travers le mysticisme arabo-musulman et la pensée allemande du recueillement.
La sociopolitique occupe une bonne place dans ce numéro florilège. Ainsi l'article de l'Algérien Ghomari Taibi réfléchissant sur les problèmes du « printemps arabe » le relie à la thèse de désintégration sociale, initiée et soutenue pendant des années par les régimes totalitaires en place. Alors que l'étude de Charbel Dagher revient à l'esthétique envisagée cette fois dans son rapport avec la citoyenneté. L'auteur met en relief la politique et l'esthétique pour faire ressortir les expressions artistiques du cadre de la cour pour les propulser dans une nouvelle configuration ayant le citoyen comme horizon.
Les études de Nada Sayed-Ziadé sur l'évolution de l'image de la ville dans la poésie française contemporaine, des Jordaniens Muhammad Saraireh et Rajai Al-Khanji sur les stratégies intentionnelles de substitution dans la traduction ne manquent pas non plus d'intérêt.
L'éditorial de Marlène Kanaan affirme, enfin, l'originalité de ce mélange d'études trilingues.
Liban
La sociopolitique en bonne place dans le nouveau numéro « Hawliyat » de l’Université de Balamand
OLJ / le 16 juin 2014 à 00h00

