Âgé de 64 ans, Georges Chodron de Courcel prendra sa retraite le 30 septembre, après 42 années passées à la BNP où il a réalisé l’ensemble de sa carrière. Gonzalo Fuentes/Reuters//Files
Les démêlés de BNP Paribas aux États-Unis, qui pèsent sur les relations Paris-Washington, ont fait une victime de premier plan avec le départ d'un haut dirigeant de la banque française dont les autorités américaines réclamaient la tête.
Niant fermement tout lien avec cette affaire, BNP a annoncé hier le départ de Georges Chodron de Courcel qui « sera à sa demande déchargé dès le 30 juin de ses fonctions de directeur général délégué de BNP Paribas », selon un communiqué.
Âgé de 64 ans, M. Chodron de Courcel prendra sa retraite trois mois plus tard, le 30 septembre, après 42 années passées à la BNP où il a réalisé l'ensemble de sa carrière, a précisé l'établissement. Début juin, des sources concordantes avaient indiqué à l'AFP que BNP Paribas était sur le point de se séparer de M. Chodron de Courcel pour tenter d'apaiser les États-Unis.
Selon la presse américaine, BNP Paribas est sous la menace d'une amende record de 10 milliards de dollars, voire d'une suspension de ses activités dans ce pays. La banque se voit reprocher d'avoir enfreint un embargo américain en réalisant des opérations en dollars avec des pays comme l'Iran ou le Soudan, entre 2002 et 2009.
Aucune poursuite judiciaire n'a été engagée outre-Atlantique contre la banque ou l'un de ses responsables, le litige faisant, comme il est de mise habituellement aux États-Unis, l'objet d'intenses négociations pour éviter d'en arriver aux tribunaux.
Mais le régulateur bancaire de New York, Benjamin Lawsky, avait demandé il y a plusieurs mois la tête de M. Chodron de Courcel, un des trois directeurs généraux délégués de BNP Paribas, a appris l'AFP la semaine dernière. Son départ constitue donc l'une des premières grandes concessions que l'établissement accepte de faire dans ces tractations.
Les autorités américaines auraient aussi obtenu la tête d'un autre de ses responsables, Vivien Lévy-Garboua, ancien responsable du contrôle interne de l'établissement en Amérique du Nord et aujourd'hui conseiller de sa direction, a indiqué hier à l'AFP une source proche du dossier. Au total, M. Lawsky exigerait l'éviction d'une douzaine de banquiers associés aux opérations qu'il juge litigieuses, selon des sources concordantes. En réponse, BNP Paribas aurait établi une liste sur laquelle ne figure pas celui du président du conseil d'administration, Baudouin Prot, dont le nom avait été un temps mentionné, selon les mêmes sources
Enjeu politique transatlantique
L'affaire, devenue un enjeu politique, est remontée au plus haut niveau de l'État français la semaine passée, le président François Hollande dénonçant le risque d'une sanction « disproportionnée » et « injuste ». Interpellé, son homologue américain Barack Obama a répondu qu'il ne se « mêlait pas » des affaires de justice.
Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, et son collègue aux Finances, Michel Sapin, ont, eux, averti qu'une amende trop lourde pourrait avoir des « conséquences négatives » sur les négociations en cours du futur traité de libre-échange entre États-Unis et Union européenne (TTIP).
Peut-être plus dommageable qu'une amende, la perspective d'une suspension provisoire de sa licence aux États-Unis, décrite comme « un risque systémique » par l'ancien gouverneur de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, a contraint BNP à prendre les devants dans un dossier où semble exister une véritable marge de négociation. Les autorités américaines ont ainsi attribué en début d'année une autorisation d'opérer en Iran à la banque française, dans le cadre de l'allégement des sanctions prévu par l'accord intérimaire sur le nucléaire iranien signé en novembre, a indiqué mercredi le département du Trésor.
Le cours de Bourse de BNP, qui n'avait provisionné qu'un peu plus d'un milliard de dollars en prévision du paiement de l'amende, n'a pas été affecté outre mesure par le montant dix fois plus élevé évoqué par la presse américaine.
Le groupe français n'est pas le seul établissement bancaire à être dans le viseur des enquêteurs américains qui s'intéressent notamment aux pratiques passées en matière de crédit immobilier de Bank of America. Cette dernière pourrait devoir payer jusqu'à 17 milliards de dollars de pénalités. Plus d'une dizaine de banques américaines ont d'ailleurs payé depuis 2012 plus de 78 milliards de dollars en pénalités diverses.

