François Hollande et son homologue Vladimir Poutine à Paris, à la veille des commémorations du débarquement. Pierre Andrieu/AFP
Le président russe Vladimir Poutine, isolé diplomatiquement depuis deux mois à cause de la crise ukrainienne, a commencé hier à retrouver à Paris les principaux dirigeants occidentaux, à la veille des commémorations du 70e anniversaire du débarquement allié de juin 1944.
À Paris, la question ukrainienne était au cœur de plusieurs entretiens au plus haut niveau dans la soirée. Le président russe Vladimir Poutine est arrivé à 21h10 au palais de l'Élysée pour un souper avec son homologue François Hollande, qui avait auparavant dîné avec le chef d'État américain Barack Obama dans un restaurant parisien. Le maître du Kremlin, que les Occidentaux n'ont pas revu depuis l'annexion de la Crimée en mars, s'était entretenu dès son arrivée à Paris avec le Premier ministre britannique David Cameron, dans l'enceinte même de l'aéroport parisien Charles de Gaulle.
« Le statu quo n'est pas acceptable. La Russie doit formellement reconnaître et travailler avec le nouveau président (ukrainien Petro Porochenko), nous avons besoin d'une désescalade, nous avons besoin de stopper les arrivées d'armes et d'hommes à travers la frontière », a martelé David Cameron selon des images diffusées par la BBC. Au même moment, le secrétaire d'État américain John Kerry et son homologue russe Sergueï Lavrov discutaient dans un grand hôtel parisien et affichaient leur volonté de coopérer pour la paix et la stabilité en Ukraine. Les bilatérales vont se poursuivre aujourd'hui avec une rencontre entre M. Poutine et la chancelière allemande Angela Merkel en Normandie. La seule rencontre ne figurant pas pour l'heure au programme est un tête-à-tête entre MM. Obama et Poutine, dont les relations sont au plus bas depuis des mois.
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Quelques semaines de répit
Le président américain a d'ailleurs lancé un ultimatum à Moscou lors d'un sommet du G7 hier à Bruxelles, qui a dénoncé « la poursuite de la violation par la Russie de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Ukraine ». « Nous allons voir ce que M. Poutine va faire dans les deux, trois, quatre prochaines semaines » dans la crise ukrainienne, a-t-il déclaré. « Si les provocations russes se poursuivent, il est clair (...) que les pays du G7 sont prêts à imposer des coûts supplémentaires à la Russie », a mis en garde M. Obama. Des sanctions, susceptibles de frapper l'économie russe, pourraient en effet être décidées au prochain sommet européen qui se tiendra les 26 et 27 juin, a indiqué la chancelière allemande Angela Merkel.
Mais derrière une façade unie, les Occidentaux sont divisés sur la nature et l'ampleur des sanctions à prendre contre Moscou avec qui ils ont engagé le bras de fer diplomatique le plus intense depuis la fin de la guerre froide. Paris n'a ainsi pas renoncé aux 1,2 milliard d'euros de son contrat pour la vente de navires militaires Mistral à la Russie, provoquant un certain agacement de ses partenaires. « J'ai exprimé mes inquiétudes et je ne pense pas être le seul », a réagi M. Obama. « Il aurait été préférable de suspendre » cette vente, a-t-il ajouté.
Rencontre Poutine-Porochenko ?
Les cérémonies du débarquement pourraient aussi être l'occasion d'une première rencontre entre M. Poutine et le président ukrainien élu Petro Porochenko, invité en France par François Hollande. « Est-ce que le président Poutine pourra rencontrer le président Porochenko ? Oui ! »,
a affirmé M. Hollande à Bruxelles. « Je ne compte éviter personne et parlerai, évidemment, à tout le monde », avait déjà indiqué le président russe mercredi soir. Mais la rencontre était encore hypothétique, selon une source diplomatique française, soulignant que MM. Hollande et Obama avaient « examiné ensemble comment saisir les opportunités ».
Les discussions entre M. Poutine et ses homologues occidentaux s'annoncent cependant difficiles. Le Premier ministre russe Dmitri Medvedev a qualifié de « cynisme sans limites » le soutien exprimé selon lui par le G7 à l'opération armée des forces ukrainiennes contre l'insurrection prorusse dans l'est du pays, critique sèchement rejetée par les dirigeants du G7. Ces derniers ont également épinglé Moscou pour la menace que la Russie fait peser sur les approvisionnements de gaz vers l'Ukraine et par ricochet vers l'Europe. « L'utilisation de l'approvisionnement énergétique comme moyen de coercition politique ou comme menace à la sécurité est inacceptable », ont-ils insisté.
En attendant, les vétérans étaient mis à l'honneur hier, à la veille de l'anniversaire du débarquement, et dont les cérémonies représentent pour M. Porochenko une « démonstration d'unité européenne ». Les commémorations du jour J ont commencé dans la matinée au pont de Bénouville libéré par les parachutistes de Sa Majesté dans la nuit du 5 au 6 juin. Alors que les commémorations suscitent depuis plusieurs jours un fort enthousiasme populaire, 24 feux d'artifice devaient illuminer le ciel peu avant minuit, ainsi que les premiers bombardements alliés l'avaient fait dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, annonçant la libération de l'Europe du joug nazi. De Ouistreham à l'est jusqu'à Saint-Martin-de-Varreville à l'ouest, autrement dit de « Sword Beach » jusqu'à « Utah Beach », le spectacle rendra hommage aujourd'hui aux quelque 3 000 soldats alliés – et autant de civils normands – tombés le 6 juin.
Le point d'orgue des commémorations du 70e anniversaire – très vraisemblablement le dernier anniversaire décennal où des anciens combattants seront encore présents – est attendu cet après-midi avec la cérémonie internationale sur la plage de Ouistreham, en présence d'une vingtaine de chefs d'État et de gouvernement. Quelque 1 800 vétérans sont attendus aujourd'hui en Normandie.
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