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Moyen Orient et Monde - Défense

La Russie, un adversaire durable ?

L'OTAN s'interroge sur la ligne de conduite à suivre face à Moscou.

Le président russe, Vladimir Poutine. AFP / RIA NOVOSTI / POOL / ALEXEY NIKOLSKY

Faut-il considérer la Russie comme l'adversaire des prochaines années ou la crise ukrainienne va-t-elle rester isolée ? Le débat est lancé au sein de l'OTAN.


La réflexion stratégique va se poursuivre tout l'été jusqu'au sommet de l'OTAN des 4 et 5 septembre au Pays de Galles, où les chefs d'État et de gouvernement seront appelés à trancher. Ce débat est animé par le secrétaire général de l'Alliance, Anders Fogh Rasmussen, qui ne cesse d'affirmer depuis trois mois que « l'agression illégale de la Russie contre l'Ukraine » a bouleversé « l'environnement sécuritaire » de l'Europe. Cette crise est « le défi le plus important à la stabilité de l'Europe depuis la fin de la guerre froide », a renchéri l'ambassadeur des États-Unis auprès de l'OTAN, Douglas Lute. Elle « démontre que les menaces auxquelles nous sommes confrontés s'accroissent et deviennent de plus en plus imprévisibles », a prévenu M. Rasmussen en s'adressant aux ministres de la Défense réunis mardi et hier à Bruxelles. Les 28 ministres ont approuvé diverses mesures opérationnelles pour « renforcer la sécurité » des pays d'Europe de l'Est les plus préoccupés par la Russie, comme les États baltes et la Pologne.

 

(Lire aussi : Obama dénonce de « sombres manœuvres » en Ukraine)


Mais des divergences sont apparues sur les conséquences à plus long terme de la crise et sur l'attitude à adopter vis-à-vis de Moscou. Pour un certain nombre de capitales, comme Berlin et Paris, la priorité est de « ne pas s'enfermer dans une logique de confrontation ». « Il faut éviter les postures lourdes qui rappellent la guerre froide. Comme, par exemple, déployer des tanks près des frontières russes », estime un diplomate.

 

Vers des bases permanentes ?
Ces pays cherchent également à calmer les appels de la Pologne à l'implantation de bases permanentes de l'OTAN sur son territoire, une éventualité que n'a pas exclu le chef militaire de l'OTAN, le général américain Philip Breedlove. Les Alliés les plus prudents « demandent à l'OTAN de ne pas aller trop vite en besogne » et de « proposer plutôt des ajustements qu'une remise en cause globale » des relations avec Moscou, souligne un autre diplomate européen.

 

(Lire aussi : Poutine ironise sur Hillary Clinton, une « faible » femme)


S'est ainsi posée la question d'une révision de l'un des textes les plus importants de l'OTAN, « l'Acte fondateur » des relations avec la Russie. Signé en 1997 à l'occasion d'un sommet à Paris, ce document affirme que les Alliés et la Russie « ne se considèrent pas comme des adversaires » et s'accordent pour « construire ensemble une paix durable » sur le principe de la « sécurité coopérative ». Concrètement, l'OTAN s'y engage à ne pas déployer d'armes nucléaires ou de forces de combat substantielles sur le territoire des nouveaux pays membres d'Europe de l'Est. L'ambassadeur russe auprès de l'OTAN, Alexandre Grouchko, a prévenu qu'un tel déploiement de troupes alliées représenterait « une infraction directe » de l'Acte fondateur. M. Rasmussen a affirmé mardi soir que toutes les mesures envisagées étaient conformes à ce texte. Comme d'autres ministres, l'Allemande Ursula von der Leyen a insisté sur la nécessité que ces mesures soient le plus « flexibles et multinationales » possibles.


Car, plus que jamais, les grands pays veulent éviter de se retrouver embarqués dans des opérations onéreuses, dans le contexte actuel de la contraction des budgets militaires. À Bruxelles, le secrétaire américain à la Défense, Chuck Hagel, a ainsi de nouveau exhorté les Européens à assumer davantage le coût de leur défense. Il a cité en exemple le plan d'un milliard de dollars annoncé mardi par Barack Obama « pour rassurer l'Europe ». Au cours des cinq dernières années, les dépenses militaires des Alliés ont reculé de 20 %, tandis qu'elles augmentaient de 50 % pour la Russie, une tendance « insoutenable » à l'avenir, selon M. Rasmussen.

 

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