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Nos lecteurs ont la parole - Louis Ingea

À la mesure de nos espoirs déçus

Ce n'est pas la première fois que je suis touché par la lecture d'un papier paru le 22 mai courant dans L'Orient-Le Jour. L'article, titré «C'est déjà hier» aura concrétisé à mes yeux toute l'angoisse qui me taraude depuis une décennie.
Tout va si vite, lit-on, que nous sommes retombés à l'ère de l'inertie. Et moi, j'y ajouterais: à l'ère du vide et du vertige. Les passages qui m'ont frappé sont ceux qui ont trait au passé. Je cite: «Le siècle dernier se situe (déjà) dans l'Antiquité, et le reste, dans la Préhistoire.» Il y a longtemps que ce genre de considérations me travaille l'esprit. Cette culture du passé révolu, que l'on regrette à mesure que l'on progresse, à mesure que l'on se défait, comme minés par une entropie inexorable, ne serait que le sceau annonciateur d'un néant à venir...
Souvenons-nous, à titre d'exemple, de la Grèce antique. Que reste-t-il de Sophocle, de Platon, d'Aristote ou d'Euclide? Que reste-t-il également de l'Empire romain, de Byzance et même de l'Europe qui nous est si proche ? Rien que des populations fatiguées, aux abois, ficelées socialement parlant et pitoyablement gouvernées.
Le Liban, quant à lui, se targue, à la traîne, de ses ancêtres phéniciens et nous sert comme une rengaine Khalil Gebran à toutes les sauces...
Oui, le passé est un souvenir bien triste. À cause de ce que nous avons fait de notre présent. À cause de la machine, de la finance et de la société de consommation.
Ah! J'oubliais l'idée de Dieu, Son message et ce qu'il est convenu d'appeler «la religion». Idée qui germa, ne l'oublions pas, dans un passé lointain sur nos propres rivages. Cela aussi fait partie de ce patrimoine, piétiné depuis par notre individualisme récurrent et notre insatiable appétit de jouissances. Il est vrai que nous Lui avons bâti des temples, vu défiler des prophètes. Nous en avons fait une discipline frelatée... Résultat? Obscurantisme, fanatisme, terrorisme.
L'homme laissé à lui-même ne pouvait faire mieux. Il s'en lamente parfois, mais persévère dans sa bêtise et son égoïsme. Alors il ne lui reste qu'à imaginer des statues-souvenirs, une tête, un buste, parfois une stèle.
En ce sinistre matin de mai 2014, au Liban, combien de stèles nous faudrait-il imaginer pour perpétuer les souvenirs? Le dernier président en exercice est parti la tête haute, le regard serein encore que navré, conscient d'avoir accompli un devoir sacré, après avoir donné l'exemple de la rectitude et de l'abnégation les plus sincères.
Cette fois, c'est une statue géante qu'il faudra ériger. «Santo subito» avait hurlé la foule au jour de la mort de Jean-Paul II. Alors, «Statua subito» pour Monsieur Michel Sleimane. En plein cœur de la cité, s'il vous plaît! Là où le bât blesse le plus, où chacun peut voir et peut-être réfléchir.
Après lui, le Parlement pourra se désarticuler afin que soit éliminé le dernier vestige d'autorité. Et le Libanais voguera sur les vapeur du narguilé, le blasphème a la bouche et la progéniture à vau-l'eau.
Merci pour le service, messieurs les députés. Les tips de rigueur que l'on sert d'habitude à la dame pipi, au coin des restaurants, vous seront octroyés, en esprit, par chacun de vos électeurs. J'en suis un spécimen douloureux et je vais rentrer chez moi, la panse indigeste et la nausée au cœur.
Souriez, lecteur, en parcourant ces lignes douces amères. Il vaut mieux sourire que pleurer. Parce qu'il y a quarante ans, depuis 1975, que chacun de nous pleure en silence quelque chose ou quelqu'un.
Si la désolation avait un pouvoir occulte pour conjurer, pour exorciser la folie du Libanais, on aurait dû voir déjà le bout du tunnel. Sauf que ceux qui ont accaparé, renards immuables, les rênes du pouvoir, sont sourds et aveugles.
L'infirmité fait pitié!

 

Ce n'est pas la première fois que je suis touché par la lecture d'un papier paru le 22 mai courant dans L'Orient-Le Jour. L'article, titré «C'est déjà hier» aura concrétisé à mes yeux toute l'angoisse qui me taraude depuis une décennie.Tout va si vite, lit-on, que nous sommes retombés à l'ère de l'inertie. Et moi, j'y ajouterais: à l'ère du vide et du vertige. Les passages qui m'ont frappé sont ceux qui ont trait au passé. Je cite: «Le siècle dernier se situe (déjà) dans l'Antiquité, et le reste, dans la Préhistoire.» Il y a longtemps que ce genre de considérations me travaille l'esprit. Cette culture du passé révolu, que l'on regrette à mesure que l'on progresse, à mesure que l'on se défait, comme minés par une entropie inexorable, ne serait que le sceau annonciateur d'un néant à venir...Souvenons-nous,...
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