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Culture - Concert

Ce piano en ce jardin...

Un avant-goût de l'été. Dans la fraîcheur du soir des jardins du palais Sursock (Achrafieh), sous les frondaisons captives de la lumière des spots, Folke Gräsbeck, un pianiste finlandais. Maître du clavier, son menu alliait brise du nord et fièvre romantique avec des partitions de Sibelius et Chopin.

Une interprétation en plein air pour Folke Gräsbeck.

Cadre princier pour un piano en plein air sous le chuchotis des feuilles des arbres. Public sélect et nombreux pour une prestation avec la collaboration conjointe de l'ambassade de Finlande, du consulat général honoraire de Finlande et de l'Institut finlandais pour le Moyen-Orient. Empreinte tout en touches pastel et presque délicatesse du pays des cent mille lacs, du bouleau, des hêtres et des forêts profondes avec une sinueuses promenade sonore à travers la voix de Sibelius au clavier.
Un menu savoureusement concocté comme un cocktail fruité, corsé mais savamment dosé. D'«Impromptu» en «Romance», en passant par un «Andantino », deux «Caprices», voilà que la phrase de Sibelius, élégante et d'une modernité qui ne boude aucun courant, se répand sur les touches d'ivoire comme une grande fleur épanouie.
On s'arrête un instant sur cette Valse triste (op 44 n°1), au lyrisme à peine contenu et à la lenteur mortifère... Ondulations aux effluves chargés d'une mélancolie «inendiguable».
Pour conclure la première partie du programme, farouchement dédié à la terre de la légende de «Kalevala», en une transcription pour clavier (par le compositeur même en 1900) la célèbre Finlandia (op 26). Version inédite pour les auditeurs familiers à l'édition orchestrée. Torrentielle, solennelle et d'une sève folklorique éblouissante est cette œuvre attestant avec vigueur et véhémence de la naissance de l'identité finnoise. Et à qui le clavier rend une belle et juste résonance.
Sans entracte, changement de cap et de monde en s'attaquant à l'univers de Chopin. Poésie diaphane, tourmente, virtuosité, contemplation, passion et raffinement d'un monde entre lambris de salon et souffle révolutionnaire. Et l'on emboite le pas aux cadences, mesures, chromatismes, accords et «rubato» du pèlerin polonais.
Un Nocturne n°13 op 48 n°1, comme une perle dans son étui, parfaitement dans le ton de cette soirée et de ce lieu. Délicieuse et vaporeuse déambulation des notes à travers cyprès, ifs, vasques en pierre aux plantes grasses et gigantesques arbres aux fleurs en grappes de couleur cyclamens, enfouis dans le velours d'une nuit protégée par un ciel aux nuages filandreux...
Suivent deux Études (n°13 op 25 n°1 et n°14 op 25 n°2), narrations fuyantes aux harmonies marquées par la célérité et l'accélération de notes, qui ont brusquement la folie des toupies ou la volatilité du mercure.
En une gerbe de feu d'artifice, scintillante et ornée d'appoggiatures tels des bijoux sur un cou nu, s'élance le dernier opus interprété. Et on nomme La Grande valse brillante n°2 en la mineur du plus poète des princes du clavier. Une œuvre sous le signe et les diktats de la nostalgie avec tout ce que le romantisme sécrétait d'émotions languides et languissantes, mais toujours cravachées par un imaginaire aux confins de l'onirisme. Valse, certes, mais jamais pour être dansée. Tout simplement à écouter avec un certain sens de la rêverie, dans ses froufrous de phrases dentelées.
Applaudissements nourris de l'auditoire et révérence de l'artiste en frac noir. Nouveau frisson des feuilles du jardin sous l'impulsion d'un coup de vent qui emporte non seulement les dernières notes, mais aussi celles qui ont précédé et qu'il a d'ailleurs imperceptiblement diluées dans le grand espace livré aux bruits de la ville...

Cadre princier pour un piano en plein air sous le chuchotis des feuilles des arbres. Public sélect et nombreux pour une prestation avec la collaboration conjointe de l'ambassade de Finlande, du consulat général honoraire de Finlande et de l'Institut finlandais pour le Moyen-Orient. Empreinte tout en touches pastel et presque délicatesse du pays des cent mille lacs, du bouleau, des hêtres et des forêts profondes avec une sinueuses promenade sonore à travers la voix de Sibelius au clavier.Un menu savoureusement concocté comme un cocktail fruité, corsé mais savamment dosé. D'«Impromptu» en «Romance», en passant par un «Andantino », deux «Caprices», voilà que la phrase de Sibelius, élégante et d'une modernité qui ne boude aucun courant, se répand sur les touches d'ivoire comme une grande fleur épanouie.On s'arrête...
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