Ça groovait fort et « ça balançait pas mal » lundi soir au Music Hall (Waterfront). L’auteur-compositeur-interprète français Julien Doré a présenté au public un concert unique déchaîné teinté de folk, électro et rock. Photo Maya Ghandour Hert
Les sons saccadés et brusques de la basse, la batterie puissante à rompre l'air de Beyrouth et la musique survoltée sous la lumière en rayons laser ne pouvaient laisser deviner que les titres qu'interprétait le jeune auteur-compositeur, promu pas depuis longtemps nouvelle star, mais aujourd'hui star confirmée, recelaient une vibrante mélancolie dans les paroles. C'est cette alchimie et ce décalage entre gaieté et tristesse qui sont la signature même de Julien Doré. Chanteur écorché, musicien perfectionniste et laborieux, artiste à part entière (mélangeant visuel, scénographie, musique et surtout rapport avec le public dont il fait sa priorité), Julien Doré, tout comme ce félin qui s'affiche sur la pochette du disque, a, à la fois, des griffes et des pattes de velours. Il peut se faire tendre, mais aussi féroce, doux, mais chahuteur, sensuel et brutal. Ce soir-là, c'est par petites notes qu'il séduira l'audience. Un tour d'hypnotisme qui va aller crescendo jusqu'à la soumission totale.
À tout casser...
Il a le don d'ubiquité Julien Doré. Tantôt on le voit sur scène, structurée en paliers où il grimpe à côté de ses musiciens et amis (une formidable équipe dynamique), pour ajouter sa touche, tantôt il disparaît aussitôt dans l'obscurité et on le retrouve parmi le public avec un haut-parleur ou sautillant de toutes parts.
Généreux également (malgré un tour de chant qui excédera à peine une heure, acrobaties obligent), son numéro de charme, il le fait façon serpent sorti du panier par ondulations, ou encore à la Elvis avec un déhanchement à damner. Véritable bête de scène (tout comme son LØVE qui signifie plutôt lion en danois et non amour), Julien Doré a la fièvre au corps. Une fièvre fort belle parce qu'elle est romantique. Et bien contagieuse également, puisqu'elle va vite se propager vers les premiers rangs, conquis d'avance, pour atteindre tout l'espace du Music Hall. C'est d'ailleurs parmi ce public où il installera ses instruments qu'il les invitera à aller avec lui à Winnipeg (une chanson folk qui s'harmonise sans dissonances avec les électro envoûtants du début du concert), expliquant par ailleurs, très gentiment mais avec fermeté, à une fan trop insistante qu'il n'interprétera pas Lolita.
De Paris Seychelles (titre de son nouvel album) à Winnipeg (album Bichon), le chanteur a partagé ses souvenirs d'amour et ses blessures de rupture, séduisant l'audience avec son Apache et la laissant perplexe sur la superbe composition Corbeau blanc. Dans ce dernier titre, Julien Doré parle-t-il de fin de concert ou de suicide ? Et c'est probablement cette part de mystère, ces vagues à l'âme et cette grisaille au cœur qui rendent l'interprète plus envoûtant.
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