De par notre passé phénicien, nous sommes les rois incontestés du négoce. À défaut de ce pourpre qui fit la fortune de nos lointains et légendaires ancêtres, c'est aussi dans les domaines artisanal et même industriel que se décline aussi le fameux génie libanais. Mais s'il est un article, un seul, que nous sommes désespérément incapables de produire sous l'orgueilleux label de made in Lebanon, de le fabriquer sans licence étrangère, sans assistance technique d'importation, c'est bien un président de la République.
La mondialisation, entend-on souvent dire, a fait du monde un village, portant à un niveau sans précédent l'interdépendance entre sociétés différentes, entre économies nationales, entre États. Il faut croire, dès lors, que nous aurons été des pionniers en la matière en ouvrant dès la première heure notre microcosme politique aux vœux, sollicitations, exigences, ingérences, protections, pressions et autres interventions des puissances, grandes et moins grandes. Dans 48 heures expirera le sexennat de Michel Sleiman, qui quittera le palais de Baabda sans être en mesure d'en remettre les clés à quelque nouveau locataire. En l'espace d'un quart de siècle seulement, cette impensable anomalie en sera pourtant à sa troisième édition ; voilà plus qu'il n'en faut pour incriminer le gros de la classe politique, et plus particulièrement un Parlement censé pourvoir, en n'importe quelle circonstance, à la première magistrature de l'État.
De toutes les législatures qui se sont succédé durant ces années, c'est incontestablement l'actuelle qui remporte la palme de la médiocrité, et cela à plus d'un titre. Incapable d'accoucher d'une loi électorale lui permettant de renouveler ses effectifs, voilà en effet que ce Parlement failli commence par s'octroyer de longs mois de congés payés ; et quand sonne l'heure de se mettre enfin à l'ouvrage, le voici qui se trouve paralysé, avec le recours délibéré, systématique, au défaut de quorum, hérésie appelée à se reproduire une fois de plus lors de la séance d'aujourd'hui.
Quorum il y avait hier cependant, pour prendre connaissance de la missive adressée par le président sortant à la Chambre : véritable prêche dans le désert, que ce pathétique appel aux députés afin qu'ils s'acquittent, à temps, de leur devoir national. Fidèle à son irréductible hostilité à Michel Sleiman, le Hezbollah s'était fait porter absent ; mieux encore, il s'est trouvé certains élus pour critiquer l'initiative du chef de l'État, au prétexte qu'elle porte ombrage aux diligents efforts du président de l'Assemblée. Qui, par un de ces tours de passe-passe dont il est expert, se dit prêt à convoquer à tout moment une nouvelle session si, par miracle, un quorum pouvait être assuré avant la date fatidique du 25 mai...
Une fois de plus, le Liban n'en est pas à sa première vacance présidentielle ; ce qui a changé cependant, c'est que les enjeux réels sont beaucoup plus importants que par le passé, puisqu'ils touchent à la pérennité du pacte national et de l'accord de Taëf. C'est vrai que le spectre d'un vide intégral peut être momentanément conjuré par la présence d'un gouvernement regroupant les principales forces du pays.
Mais cette police d'assurance est loin de couvrir tous les risques et sa validité n'est que de très courte durée. Un pouvoir durablement dénudé de sa composante chrétienne, et plus spécialement maronite, serait un flagrant et périlleux déni de la spécificité du Liban. Et l'existence du gouvernement lui-même est à tout moment menacée par un de ces retraits massifs de ministres déjà survenus dans le passé sans égard pour les règles du jeu démocratique, sans souci de la stabilité du pays : éventualité qui, suprême injure, ferait de ce Parlement failli la dernière institution encore en place.
Pays cherche anxieusement président ; références exigées ; intermédiaires s'abstenir... si possible.
La mondialisation, entend-on souvent dire, a fait du monde un village, portant à un niveau sans précédent l'interdépendance entre sociétés différentes, entre économies nationales, entre États. Il faut croire, dès lors, que nous aurons été des pionniers en la matière en ouvrant dès la première...

