Les autorités ont pu commencer des travaux de nettoyage et de désinfection des régions touchées, pour éviter une « épidémie catastrophique ». Srdjan Zivulovic/Reuters
Les Balkans étaient toujours mobilisés hier face à des rivières en crue, et la Save représente désormais la principale menace depuis la Croatie voisine jusqu'à Belgrade où elle se jette dans le Danube.
« J'ai entendu l'appel des autorités et je n'ai pas hésité. Si mon grand-père a pu défendre son pays les armes à la main, je pense que je peux, à mon tour, contribuer avec un sac de sable à la main », a déclaré le jeune volontaire, Milenko Pajic, en déposant un sac de sable sur une digue à Belgrade. Douze kilomètres de digues ont été surélevés avec des sacs de sable par des milliers de volontaires afin d'empêcher que la capitale serbe ne soit envahie par les eaux. La situation était critique à Sabac et Sremska Mitrovica, ainsi qu'à Orasje, dans la Bosnie voisine, où des cohortes de volontaires étaient à l'œuvre, tandis qu'en Serbie, plus de 30 000 personnes ont été évacuées.
D'ailleurs, musulmans, Serbes et Croates de Bosnie ont fait preuve d'une solidarité intercommunautaire sans précédent. Ainsi, lorsqu'il a entendu que la ville à majorité serbe de Doboj était envahie par les eaux et que ses habitants lançaient les appels au secours, Ibro Begic, ancien combattant musulman de la ville voisine de Tesanj, a organisé ses amis et voisins pour prêter main-forte aux sinistrés serbes. Les sinistrés ont été « littéralement choqués », dit Ibro, assurant que son geste était simplement naturel. Il y a eu bien d'autres exemples de solidarité entre les trois communautés dans ce pays divisé depuis la fin de la guerre en deux entités, l'une serbe et l'autre croato-musulmane, et qui est paralysé depuis des années par des querelles politiciennes intercommunautaires.
Éviter les épidémies
Pour des milliers de musulmans de plusieurs villages de la région de Zenica, les inondations ont rappelé les scènes de la guerre. Cette fois, ils ont été contraints d'abandonner leurs foyers emportés par des glissements de terrain. Les premiers qui les ont accueillis ont été les Croates de la ville de Zepce, ceux-là mêmes qu'ils avaient combattus pendant la guerre. Lorsque la cinquantaine de sinistrés est arrivée, la salle de sports de l'école locale était déjà préparée pour recevoir les sinistrés, raconte Elvir Cizmic, un musulman de Zeljezno Polje, dont presque tous les habitants ont été obligés de prendre la fuite. « Sincèrement, je ne m'attendais pas à une telle solidarité. Ils nous ont accueillis, nous ont apporté des vivres et des vêtements », raconte Elvir, un ancien combattant musulman. « À mon avis, c'est un tournant dans les relations entre les trois communautés. Je pense que cette solidarité va énormément contribuer à faire revenir la confiance entre les peuples qui ont été poussés à la guerre », affirme-t-il.
Car en Bosnie, plus de 100 000 personnes ont été évacuées, le pire exode dans ce pays depuis la guerre intercommunautaire de 1992-1995. « De par l'étendue de la catastrophe et des dégâts matériels, notre pays a été frappé dix fois plus que tous les autres pays de la région », a affirmé hier le Premier ministre serbe, Aleksandar Vucic. Le chef du gouvernement a estimé que les dégâts allaient dépasser le seuil de 0,64 % du PIB, permettant ainsi à Belgrade, en tant que candidate à l'Union européenne, de solliciter auprès de Bruxelles des aides pouvant atteindre jusqu'à un milliard d'euros par an.
Les conditions climatiques plus clémentes depuis le début de la semaine ont également permis aux autorités de commencer des travaux de nettoyage et de désinfection des régions touchées, une tâche de la plus haute importance pour éviter une « épidémie catastrophique », selon les autorités. « Il faut tout de suite lancer les travaux de déblayage pour éviter les épidémies, nous aurons à gérer des tonnes et des tonnes de cadavres d'animaux », a averti hier M. Vucic. Le ministre de la Santé, Zlatibor Loncar, et les autorités bosniennes ont lancé un appel similaire.
(Source : AFP)

