Le 14 juillet 2013, François Hollande affirmait que « la reprise est là ». Elle n'y était pas. Le 4 mai 2014, il récidivait en disant que « le retournement économique arrive ». Si c'est le cas, il prend son temps. Les comptes nationaux du T1 décrivent en effet une économie plus faible qu'à la fin 2013, situation qui n'était déjà pas très brillante. L'objectif de croissance à 1 % en 2014 requiert un rebond du PIB de 0,5 % chaque trimestre jusqu'à la fin 2014. Nous n'y croyons pas. Sont particulièrement inquiétantes les tendances pouvant affecter la croissance future. De ce point de vue, la stagnation durable des dépenses en capital des entreprises non financières et la chute de l'investissement en construction sont préoccupantes. On voit là les effets du choc fiscal d'un côté (+2,2 points de PIB), de l'incertitude fiscale de l'autre, qui ont marqué les deux premières années du mandat de François Hollande.
Un revirement est intervenu dans la communication présidentielle le 31 décembre. Après deux années d'hésitations et d'échecs, François Hollande admettait que le problème central de l'économie française touchait à l'offre davantage qu'à la demande. Ainsi, la réduction des déficits serait poursuivie, non plus en augmentant les impôts, mais en modérant les dépenses publiques. La lutte contre le chômage ne reposerait plus sur la création de jobs inutiles dans le secteur public, mais viendrait du secteur privé. Tout au long du trimestre se sont donc succédé les annonces en faveur des entreprises (baisse des cotisations sociales, simplification) destinées à restaurer la confiance. Or, le climat des affaires n'a pas enregistré de sursaut, à l'opposé de ce qu'on voit ailleurs en zone euro. La déprime des ménages s'est transformée en rejet massif de l'action gouvernementale lors des élections locales de mars.
Quand une politique économique change de direction, il arrive qu'elle ait rapidement des effets positifs sur la confiance, quitte à s'épuiser quand l'action ne tient pas toutes ses promesses, comme les Abenomics. Dans le cas français, même l'effet d'annonce a fait défaut. Une fois passé les élections européennes, il sera urgent de sortir du temps de la parole pour passer à l'action réelle. Seule une large baisse d'impôt financée par une réduction des dépenses publiques (et non seulement un freinage de leur croissance) paraît à même de produire l'électrochoc souhaité.

