Ce torrent d’eau boueuse a tout emporté sur son chemin, même un morceau de route sur le lit du fleuve Oronte. Photo Wissam Ismaïl
Les pluies diluviennes qui se sont abattues sans interruption sur le pays entre mercredi et jeudi ont provoqué d'importantes inondations sur l'ensemble du territoire. Du Nord au Sud, de Baalbeck à Tyr, en passant par Beyrouth, le Liban avait hier les pieds dans l'eau. Certes, les pluies tant espérées ont nettement rafraîchi une atmosphère étouffante, chargée de poussière, responsable des premiers incendies de forêt ravageurs, mais les dégâts qu'elles ont occasionnés étaient considérables, plus particulièrement dans les régions situées à proximité des lits des fleuves. Résultat, l'eau a noyé les routes et s'est engouffrée dans les commerces, les usines et les habitations, notamment dans le quartier populaire de Tyr, transformé en marécage. Même situation dramatique à Saïda, dont les artères principales ont été envahies par des torrents, alors que de grandes mares envahissaient le camp palestinien de Aïn el-Héloué. Quant au port de pêcheurs, il a subi d'importants dégâts.
Dévalant les montagnes et notamment l'Anti-Liban, des coulées de boue ont saccagé des champs agricoles et coupé nombre de routes. Ces eaux boueuses ont déferlé sur les villages de Fakiha, Jdeideh et Ras Baalbeck. Elles ont gagné en soirée la région de Qaa où elles ont endommagé les cultures et les réseaux d'irrigation, coupant l'accès à ce village situé à la frontière syrienne. Elles ont terminé leur course folle dans le lit du fleuve Oronte provoquant une inquiétante montée des eaux et noyant des élevages de poissons.
Quant aux automobilistes coincés dans les bouchons, ils n'ont eu d'autre choix que de prendre leur mal en patience et attendre des heures durant que la circulation se débloque, plus particulièrement aux entrées de la capitale et dans les régions inondées par les flots. Toutes les routes menant à Beyrouth étaient donc bloquées hier sur les deux voies, notamment l'autoroute de Nahr el Kalb-Jounieh, mais aussi Mkallès, Dora, Jisr el-Wati, rond-point Hayek et Mazraa. Conséquence des routes glissantes, les accidents de la route se sont multipliés, malgré les mises en garde répétées des Forces de sécurité intérieure invitant les automobilistes à la plus grande prudence.
La peur des réfugiés syriens de périr noyés
Mais les plus sinistrés sont immanquablement les réfugiés syriens sommairement installés dans des camps champignons, dont les abris de fortune n'ont pas résisté aux intempéries.
À Ersal, les réfugiés d'un campement situé dans le quartier de Babein ont été surpris par le mauvais temps dans la soirée de mercredi. Déterminés à se calfeutrer dans leurs tentes, ils ont dû se résoudre à abandonner les lieux pour éviter de périr noyés. « L'eau a atteint un demi-mètre dans la tente, a raconté Oum Abbas au site Now. Les matelas et les couvertures étaient submergés ». Oum Abbas et sa famille se sont abrités au sommet de la colline, comme nombre de leurs compatriotes, où ils ont passé la nuit à la belle étoile. Les plus chanceux ont été hébergés chez des proches : « Nous avons fui en pleine nuit de peur que les enfants ne soient emportés par les torrents de boue », a indiqué un autre réfugié syrien. Lui et sa famille ont été recueillis par des amis. « Nous étions 34 dans une seule maison, nous avons dormi les uns sur les autres », a-t-il expliqué à ce propos. À une heure avancée de la nuit, les associations n'étaient pas joignables. Aucune opération de sauvetage n'a donc eu lieu, ni même le lendemain, vu l'état des routes.
La grande précarité des réfugiés syriens face aux éléments a mis sur le tapis, une nouvelle fois, la polémique sur l'aménagement par les autorités de camps de réfugiés aux normes requises, à l'instar des camps qui abritent les réfugiés syriens en Turquie et en Jordanie.
Mais ça, c'est une autre histoire.
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