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Pour les réfugiés syriens qui attendent le départ, l’Allemagne est le nouvel eldorado

Le soir, devant son ordinateur, le petit Rida imagine l’Allemagne

OLJ
28/04/2014

Rida a dix ans. Il a les cheveux en brosse, de grosses lunettes et les oreilles décollées. Rida est le plus jeune d'un groupe d'une vingtaine de réfugiés syriens qui suivent durant trois jours des cours de culture générale allemande. Originaire de Deraa, il devrait partir prochainement avec ses deux frères, sa sœur et ses parents, en Allemagne. La famille bénéficie d'un programme allemand destiné aux réfugiés syriens du Liban.
Rida a un physique de premier de classe. D'ailleurs, il était premier de classe dans son pays natal. Au Liban, ses parents ont réussi à l'inscrire dans une école privée, mais il a eu du mal à suivre, les cours de mathématiques et de sciences étant enseignés en langue française alors qu'en Syrie l'enseignement est exclusivement en langue arabe.


Depuis qu'il a su qu'il partait en Allemagne, le petit garçon a commencé à apprendre des mots allemands. Il sait dire Guten Morgen (Bonjour), Guten Abend (Bonsoir), il sait compter jusqu'à dix et c'est fièrement qu'il montre à Suzanne, l'animatrice allemande en charge du cours, la liste qu'il a écrite en arabe et en allemand, celle des fruits et légumes : Apfel (pomme), Kartoffel (pomme de terre) et Zwiebel (oignon)... Rida ne sait pas encore qu'il s'agit là de quelques produits qui forment la base de la nourriture traditionnelle allemande.
« Je vais deux fois par semaine à un café Internet avec mon père. Nous téléchargeons un programme allemand sur notre laptop et nous rentrons à la maison. J'apprends à prononcer, à écrire... C'est facile et intéressant », dit-il.
Rida regarde aussi sur Internet des images de l'Allemagne, « où il y a des forêts et des fleuves grands comme la mer », indique-t-il. Il rêve d'habiter Berlin « parce que c'est la capitale du pays et parce que les images m'ont plu », explique-t-il.


Tout comme son fils, Ahmad, 48 ans, le père de Rida, rêve du jour où il arrivera en Allemagne. Ahmad est chef cuisinier. Il n'a jamais vécu loin de Daraa... que pour venir trouver refuge au Liban il y a un an et huit mois.
« Rien ne se fait par hasard. Je suis arrivé à Siddikine (village du Liban-Sud) qui compte beaucoup d'émigrés libanais en Allemagne. À Siddikine, tout le monde me dit que l'Allemagne c'est le paradis, et moi je veux aller dans ce paradis », dit-il.


Ahmad ne sait pas que 90 % des Libanais d'Allemagne, notamment ceux qui sont originaires du Liban-Sud et de la Békaa, vivent des aides sociales, travaillent au noir et habitent des ghettos.
Il ignore aussi qu'ils cachent la vérité à leur famille quand ils rentrent au Liban, prétendant qu'ils vivent comme des rois en Europe, alors qu'ils font de petits métiers et ne parviennent pas à s'intégrer.


Le quadragénaire est prêt à apprendre une nouvelle langue et à repartir à zéro, même s'il ne parle que l'arabe et même s'il n'a pas achevé ses études scolaires.
« Si les Allemands n'avaient pas besoin de nous, s'il n'y avait pas du travail pour nous, ils ne nous accueilleraient pas », indique-t-il.
Ahmad évoque aussi un vague cousin qui était parti en Allemagne il y a 25 ans. « Je n'ai même pas son adresse. Je sais qu'il habite Berlin et qu'il travaille dans le commerce des voiture. S'il ne s'était pas plu en Allemagne, il serait rentré en Syrie depuis longtemps », souligne-t-il


L'épouse d'Ahmad, Abir, âgée de 40 ans, ne partage pas l'enthousiasme de son mari et de son fils benjamin. Elle appréhende ce départ. « Nous avons quitté la Syrie parce que nous sommes chiites et parce que mon fils aîné, qui a actuellement 21 ans, aurait été obligé d'effectuer son service militaire », raconte-t-elle. « Je sais que ça va être difficile. Nous ne connaissons pas la langue et nous ne sommes pas familiers de la culture allemande », dit-elle. J'ai peur de partir, de ne pas m'adapter, de ne pas être acceptée, de ne pas pouvoir communiquer avec les Allemands », indique cette femme voilée qui a quitté l'école très tôt et qui n'a jamais travaillé. « J'aurais aimé rester ici », relève-t-elle. « Malgré toutes nos difficultés actuelles, au Liban, je suis plus proche géographiquement de la Syrie. De plus, les gens parlent ma langue et ont des habitudes proches des miennes. Mes fils aînés trouveront du travail, le benjamin ira à l'école. C'est le meilleur scénario, mais les choses peuvent être pires », indique-t-elle encore, caressant un rêve qu'elle considère désormais impossible : celui de rentrer chez elle, en Syrie.

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