Les monarchies arabes du Golfe sont parvenues à un vague compromis, permettant de désamorcer la tension avec le Qatar, qui doit maintenant prouver ses bonnes intentions en mettant un bémol à son appui aux islamistes, évaluent des analystes. « La balle est maintenant dans le camp du Qatar », a ainsi estimé Abdallah al-Chammari, un ancien diplomate saoudien.
Au terme d'une réunion impromptue des ministres des Affaires étrangères des six pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), les membres se sont entendus sur un « mécanisme d'application » d'une entente conclue en novembre dernier avec le Qatar, en vertu de laquelle Doha s'engage à ne pas s'ingérer dans les affaires de ses voisins, et à mettre un terme à sa politique jugée déstabilisatrice dans la région. Doha est en effet accusé par ses voisins de soutenir les islamistes proches des Frères musulmans dans les autres pays du Golfe, dont des dizaines ont été condamnés à la prison aux Émirats arabes unis, et de servir de refuge aux islamistes d'autres pays arabes. Le Qatar est également considéré comme l'un des principaux bailleurs de fonds des Frères musulmans en Égypte et des groupes proches de cette confrérie dans les pays du printemps arabe, alors que l'Arabie saoudite et le reste des monarchies du Golfe soutiennent les militaires égyptiens.
Le communiqué du CCG précise que les ministres du groupement régional se sont entendus pour que « la politique d'aucun pays membre n'affecte les intérêts, la sécurité et la stabilité des autres pays ».
Selon l'analyste émirati Abdel Khaleq Abdallah, Doha a déjà commencé à appliquer cet accord en demandant à plusieurs figures d'opposition émiraties et saoudiennes de quitter le Qatar où elles étaient réfugiées, et devrait prochainement expulser d'autres islamistes.
Changement de ton « graduel »
Ce compromis ne mentionne cependant pas le retour des ambassadeurs d'Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et de Bahreïn au Qatar, d'où ils avaient été rappelés le 5 mars, un geste sans précédent dans les annales du CCG. Depuis, les deux camps se sont livrés à une véritable guerre médiatique, et c'est finalement grâce aux bons offices du Koweït que les ministres des Affaires étrangères des six pays se sont rencontrés jeudi soir sur la base aérienne de Riyad.
L'un des principaux points de contentieux entre les six concerne la chaîne al-Jazira, devenue selon certains pays du Golfe le porte-voix des islamistes arabes, et notamment des Frères musulmans égyptiens. Sur ce point, le Qatar a accepté jeudi de changer le ton des émissions de la chaîne, mais ce changement sera « graduel », selon Abdel Khaleq Abdallah.
D'après lui, les Saoudiens ont également demandé au Qatar de cesser de soutenir les rebelles zaïdites (branche du chiisme) yéménites d'Ansarullah, implantés dans le nord du Yémen, à la frontière avec le royaume. Mohammad al-Musfer, professeur de sciences politiques qatari, assure que malgré cet accord, la politique étrangère de son pays « ne changera pas quelles que soient les circonstances » et que le compromis « ne demande pas de concessions sur la politique des États souverains ».
(Source : AFP)


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14 h 57, le 19 avril 2014