X

Culture

Joseph Harb et la liberté d’imaginer un monde meilleur

Exposition

Vingt-deux toiles de Joseph Harb entre abstractions et morceaux épars d'un quotidien chaotique sur les cimaises de la galerie Janine Rubeiz. Monde sous influence de Jackson Pollock, mais aussi l'émergence d'une voix personnalisée*.

11/04/2014

Sous le titre «Under Construction» (Construction en cours), à quarante-neuf ans, l'artiste offre au public sa vision sur la création et les idées plastiques. Et leur secret échafaudage. Fidèle à son inspiration et à son style de narration picturale, tout en apportant des touches nouvelles, Joseph Harb fouille en profondeur dans les notions de représentation où couleurs, formes, reliefs et volumes ont des harmonies inattendues. Et agréables au regard dans leur agencement. Tout en soulevant des interrogations aux réponses momentanées, jamais totalement satisfaisantes ou qui tardent à venir...


«La récupération du hasard chez Pollock » était la thèse de Joseph Harb pour ses études en beaux-arts. Il reprend l'argument à son compte et revisite le passé. Comme pour reconstituer un puzzle dont il ignore brusquement la cohésion et les fils conducteurs. Pour dépasser ce qui s'est écoulé et cerner ce que la mémoire engrange. Mais aussi comprendre ce que l'on stocke chemin faisant et surtout vouloir aller de l'avant. Vers un monde meilleur. Ou du moins, dans un pieu et raisonnable souhait, dans un monde plus vivable, tel que l'artiste le souhaite...


En récupérant ces bribes de vie (avec tout ce que la guerre a saccagé et donné comme impulsions et départs imprévisibles) dans sa palette, ses pinceaux et son chevalet, le peintre érige et distribue un bouquet d'images. Images aux contrastes corsés, aux senteurs diverses, à l'architecture improbable mais équilibrée. Malgré le vacarme, la destruction et le chaos environnant.


Après Chicago et Boston, pour sa huitième expo, l'artiste qui se place à l'ombrelle du « dripping pollockien » décide d'aborder l'espace des toiles sans toucher un pinceau, sans que ses doigts n'effleurent l'univers qu'il (dé)construit. Et, pour cela, il a recours à une perceuse. Qui fait fonction de pinceau, de main, d'outil de travail. Aventure palpitante, au hasard lumineux pour un être qui ne sait pas respirer sans peindre...
Une petite machine qui déverse le matériel (huiles, mixed médias et acryliques) sur le blanc virginal des toiles. Tout en apposant aussi, en un savant et adroit collage, papier, tissus, bout de bois. Le résultat est surprenant. Voilà une confession inédite, pour un langage particulier.


(Dé)fragmentation de la vie qui devient un film de cinéma à la pellicule transparente, lisible, perceptible. Comme un rouleau qu'on déplie en toute application et hâte à la fois, mais avec volupté. Sommant les souvenirs de revenir. Intimant l'ordre au désordre de se résorber. Avec un quotidien aux objets insolites et hétéroclites – une boîte, un arbre, un vieux dessin, un portrait croqué de mémoire, une silhouette évasivement suggérée, un chiffon, l'aiguille d'une montre multipliée à l'infini comme un regard obsédant et despotiquement contrôleur – qui ramènent péremptoirement l'essence du besoin de vivre. Des traces de tous les jours récupérées au hasard de l'humeur et de la mobilité de l'esprit et du corps.


Dans un parcours quasi ludique, Joseph Harb donne à voir ces toiles (aux formats variés, allant de 2 x 3 m au 30 x 40 cm) aux thèmes tirés du cœur même d'une traversée humaine et des couleurs singulièrement vibrantes. On s'arrête volontiers devant le Tourbillon de ces rondelles (sacrée perceuse qui lâche avec une régularité de métronome des cercles d'une foisonnante gémellité) bleu Klein, blanc hermine et terre de Sienne... Parfaitement « pollockienne » et néanmoins « harbienne » est cette œuvre née de la conception d'une peinture «new-age » où toucher la matière est un interdit.


Oubliant un peu ces masses compactes, embryons douteux et magmas volcaniques, aux tonalités sourdes et sombres qui ont fait le succès de ses premières expositions, Joseph Harb avance audacieusement dans une exploration qui lui ouvre des voies nouvelles. Non seulement avec son rapport avec les objets placés (à croire des petites miniatures sur fond d'une atmosphère parfois de naïveté enfantine), mais aussi et surtout l'emploi des couleurs. Des couleurs sans prédominance particulière, littéralement éclaboussées, crachées par une machine, non cruelle mais foncièrement sans états d'âme...


On savoure ce noir « soulagien », ce bouillonnant rouge « staelien » (mais on pense aussi au rouge sang de Moreau pour Salomé). Et puis il y a ce vert de gris comme un regard embué, ces rondelles comme des tampons qui se multiplient tel un essaim d'abeilles virevoltantes, ivres de miel qu'elles laissent en un opalescent sillage doré...
Le dernier mot est pour l'artiste. « Cette exposition est pour moi un croisement de routes », dit en toute franchise Joseph Harb.
Spectateur, un indicateur de croisement induit parfois en erreur : attention de prendre une fausse piste. Il y a ici tant de beauté à voir !

 

*Jusqu'au 26 avril.

À la une

Retour à la page "Culture"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

JE REGRETTE ! MAIS SI LES OEUVRES SONT DU GENRE DE
L'IMAGE QU'ON VOIT... QUE PUIS-JE DIRE D'AUTRE ?

Dernières infos

Les signatures du jour

Les + de l'OLJ

1/1

Le Journal en PDF

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Soutenez notre indépendance!