Pistorius à son arrivée hier au tribunal. Lui et Reeva Steenkamp se connaissaient depuis peu quand il l’a tuée en 2013. C’est le portrait d’un homme amoureux et d’un couple faisant des projets d’avenir que le champion sud-africain a peint hier d’une voix chevrotante, avant de décrire l’instant tragique des coups de feu qui ont mis fin à la vie de Reeva. Présentés par un ami concessionnaire de voitures de luxe, ils ont tout de suite été attirés l’un par l’autre et se sont téléphoné quotidiennement. Après Noël, « nous avons commencé à parler d’avenir avec Reeva (...) Nous envisagions réellement l’avenir ensemble ». Cet avenir devait prendre la forme notamment d’un appartement que Pistorius était en train d’acheter à Johannesburg et pour lequel ils étaient allés ensemble choisir des éléments de décoration. Siphiwe Ibeko/Reuters
Le champion paralympique sud-africain Oscar Pistorius a péniblement raconté hier les instants qui ont précédé le meurtre de sa petite amie, affirmant ne pas avoir tiré sans sommation, mais après avoir hurlé de terreur à l'adresse du cambrioleur qu'il croyait avoir pénétré chez lui.
S'exprimant au ralenti, la voix entrecoupée de longs silences mais toujours guidé par les questions de son avocat le fixant d'un œil sévère, Pistorius a affirmé qu'il avait « crié et hurlé au cambrioleur pour qu'il sorte de (sa) maison ».
Auparavant, Oscar Pistorius s'était endormi « fatigué » après avoir téléphoné à un cousin et regardé des photos sur Internet avec Reeva Steenkamp, sans projet particulier pour fêter la Saint-Valentin du lendemain, un jeudi où il avait rendez-vous chez le dentiste le matin.
Il s'est soudain réveillé, gêné par « la chaleur extrême » dans sa chambre, se levant pour aller sur le balcon chercher deux ventilateurs en marche, puis couvrir d'un jean qui traînait par terre la lumière bleue émise par la diode de la chaîne hi-fi.
« À ce moment-là, j'ai entendu la fenêtre de la salle de bains s'ouvrir », a-t-il raconté.
« Je crois que c'est à ce moment-là que tout a changé », a-t-il ajouté, relancé par son avocat, visiblement tendu et cherchant tantôt à lui ménager des pauses, tantôt à combler les blancs.
« Ça m'a d'abord glacé », a-t-il poursuivi. « Il n'y a pas de porte entre ma salle de bains et ma chambre (...) juste un couloir. La première chose à laquelle j'ai pensé a été que j'avais besoin de m'armer et de protéger Reeva. »
Quatre coups de feu
Après s'être emparé de son arme sous le lit, Pistorius affirme s'être déplacé « pour (se) placer entre la personne qui avait pénétré dans (sa) maison et Reeva » qu'il croyait au lit.
« J'ai ralenti car j'avais peur que cette personne, à ce moment-là, puisse déjà être dans ce couloir, donc j'ai ralenti, et j'ai tendu mon arme devant moi. Juste au moment où j'ai quitté mon lit, j'ai chuchoté à Reeva de sortir (du lit) et d'appeler la police », a-t-il ajouté.
« Comme j'entrais dans le couloir menant à la salle de bains, c'est à ce moment que j'ai été gagné par la terreur et j'ai commencé à crier et à hurler au cambrioleur pour qu'il sorte de ma maison. J'ai crié à Reeva de se coucher par terre, pour qu'elle appelle la police et pour que la personne s'en aille », a-t-il dit.
« J'ai marché le long du couloir, conscient que ces ou cette personne pourrait surgir sur moi à tout moment, je n'avais pas mes jambes (ses prothèses, NDLR), j'ai cessé de crier car j'avais peur que, si je criais, la personne sache exactement où je me trouvais », a-t-il dit.
Le claquement de la porte du WC se refermant l'a alors convaincu qu'il y avait « quelqu'un dans les toilettes », a-t-il dit. « Avant de m'en rendre compte, j'avais tiré quatre coups de feu », a admis le champion paralympique. De retour dans la chambre et ne trouvant pas sa compagne dans le lit, il a ensuite appelé à l'aide, puis défoncé la porte des WC avec une batte de cricket.
« Je me suis penché sur elle, et... », la suite de la phrase de Pistorius est étouffée dans ses sanglots. « Elle ne respirait plus », a-t-il articulé, avant de s'effrondrer hoquetant et pleurant de façon bruyante.
La juge a suspendu puis renvoyé l'audience au lendemain.
(Source : AFP)

