Les milieux diplomatiques étrangers au Liban ont aujourd'hui un seul sujet d'intérêt, le sort de la présidentielle. Officiellement et officieusement, ils ne cessent de sonder les différentes parties politiques pour tenter de prévoir qui sera le futur locataire de Baabda, avec une attention particulière pour Bkerké, considérée comme ayant un rôle-clé dans le choix du nouveau président. Pourtant, le patriarche maronite ne cesse de répéter qu'il n'entrera pas dans le jeu des noms, préférant dresser un profil et des critères, sous un plafond de constantes. Malgré ces affirmations, les milieux politiques attribuent au patriarche maronite des préférences... C'est pour en savoir plus et parce que son pays s'intéresse de près à la situation au Liban et dans la région que l'ambassadeur de Russie, Alexander Zasypkin, a rencontré, chez l'ancien ministre et proche de Bkerké, Abdallah Farhat, Mgr Samir Mazloum, considéré comme ayant un rôle important au niveau des leaders chrétiens, en présence de l'ancien ministre Karim Pakradouni, l'ancien vice-président de la Chambre Élie Ferzli et cheikh Youssef al-Ayache.
Selon les présents, l'ambassadeur de Russie était curieux de connaître la position de Bkerké au sujet de la présidentielle et il a eu droit à un développement à la fois historique et politique qui se résume ainsi : de 1920 à 1975, ce qu'on appelle « la gouvernance maronite du pays » a construit des institutions qui ont fonctionné tant bien que mal et permis au Liban de fonctionner en tant que pays. La corruption est restée limitée, preuve en est que les leaders chrétiens de l'époque sont morts sans laisser de gros héritages et c'est d'ailleurs pourquoi, aujourd'hui, l'ordre des moines maronites s'est vu contraint d'acheter le domicile du général Fouad Chéhab qui risquait de se transformer en restaurant... Par contre, après Taëf et la réduction des prérogatives présidentielles au profit d'une gouvernance en principe collective mais en pratique essentiellement entre les mains des musulmans, il y a eu un processus de « désinstitutionnalisation » du pays, lequel est désormais gouverné par une sorte de cartel de clans et d'intérêts. Cette situation risque de s'aggraver et de détruire ce qui reste d'institutions publiques si la composante chrétienne du Liban ne retrouve pas ses droits. Dans ce contexte, la prochaine échéance présidentielle est l'occasion de ramener la partie chrétienne au sein du pouvoir, d'autant que le conflit entre les sunnites et les chiites dans la région et au Liban est en train de saigner le pays à blanc. En d'autres termes, si la chance de la présidentielle n'est pas saisie et si les chrétiens continuent à être marginalisés, cela aura deux effets principaux : le conflit entre le 8 et le 14 Mars qui déchire le pays se poursuivra, en prenant de plus en plus une tournure de conflit confessionnel entre sunnites et chiites et le coup de grâce sera donné au Liban institutionnel. C'est dans cet esprit qu'il faut aborder l'échéance présidentielle.
De plus, l'idée de Bkerké est de faire de cette échéance la concrétisation du retour en force des chrétiens en les poussant à choisir eux-mêmes le président de la République, tout comme en gros les sunnites choisissent le Premier ministre et les chiites le président de la Chambre. C'est dans ce but qu'il a voulu réunir les pôles chrétiens pour qu'ils puissent s'entendre sur un profil ou des normes, à défaut de s'entendre sur un nom. Bkerké rappelle aussi qu'avant 1975, le parti Kataëb était le parti le plus structuré chez les chrétiens et celui qui était doté de la plus large assise populaire. Ce parti avait pourtant pour vocation de contribuer à choisir, mais aussi de protéger et d'appuyer le chef de l'État, symbole du pouvoir chrétien dans l'État libanais. En même temps, le chef des Kataëb Pierre Gemayel disait que son parti est celui de la légalité présidentielle, mais que si l'un de ses membres devenait président il serait menacé d'implosion. La suite des événements lui a d'ailleurs donné raison avec l'élection successive de deux présidents issus du parti, Bachir et Amine Gemayel.
Bien entendu, les circonstances ont beaucoup changé, mais Bkerké continue de croire que l'idéal serait d'avoir un président qui aurait l'appui de tous les pôles chrétiens. En tout cas, elle est convaincue que les Libanais, et les chrétiens en particulier, sont devant une chance historique de choisir eux-mêmes leur président en profitant d'un contexte favorable, puisque la communauté internationale dans sa diversité est unanime dans sa volonté de préserver la stabilité du Liban. L'élection d'un nouveau président étant un facteur de stabilité, les Libanais devraient donc s'entendre pour élire leur président. En même temps, aucun pays, puissance régionale ou internationale n'a un choix précis pour l'instant. Ce qui signifie que le nouveau président peut être de « fabrication » libanaise. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles les diplomates étrangers en poste au Liban ne cessent de tâter le terrain auprès des différentes parties internes. Si, par malheur, les Libanais ne parvenaient pas à élire un nouveau président d'ici au 25 mai, ils auront laissé passer une chance unique et il faudra alors attendre un compromis régional et international qui produira un président comme cela a été le cas à Doha en mai 2008. Bkerké espère bien sûr ne pas en arriver là.
De son côté, l'ambassadeur de Russie a confirmé à ses interlocuteurs qu'il y a bel et bien un accord entre son pays et les États-Unis pour préserver la stabilité du Liban, sans pour autant aller jusqu'à choisir le président, que les députés libanais sont censés élire eux-mêmes. Alexander Zasypkin a aussi évoqué les liens avec la communauté chrétienne libanaise, se demandant pourquoi les chrétiens continuent à rester attachés à l'Occident, alors que celui-ci est devenu laïc. Il a, dans ce contexte, affirmé que la Russie est prête à aider les chrétiens de la région. Elle pourrait même accueillir un congrès pour les chrétiens de la région à Moscou si cela peut contribuer à les protéger et à préserver leur présence dans leurs pays respectifs....
Selon les présents, les discussions étaient donc intenses et profondes et le contact entre Bkerké et l'ambassade de Russie devrait se poursuivre. Toutefois, la priorité pour Bkerké reste l'élection présidentielle avec l'idée qu'il ne faut surtout pas croire, même l'espace d'un instant, que le pays peut continuer à fonctionner sans chef de l'État...
Liban - Éclairage
Chez Abdallah Farhat, discussions présidentielles entre Mgr Mazloum et l’ambassadeur de Russie
OLJ / Par Scarlett HADDAD, le 07 avril 2014 à 00h00


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Les Chretiens sont maîtres de leur destin , en plus ils sont suffisemment intelligents pour pas laisser entrer des ikhwanistes a la tete de l'etat . Ils sauront ou se trouvent leur interet en presence de l'ambassadeur de la nouvelle puissance mondiale , et bienvenue a cette force politique qui doit reprendre le pouvoir qu'elle a laisse filer lors de Taef la maudite !On va risquer de choquer peut etre mais un Liban sans chretien c'est un jardin sans fleurs odorantes, pour nous rappeler leur presence tant indispensable .
17 h 11, le 07 avril 2014