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Musulmanes et laïques en révolte

L'Orient Littéraire

Vingt femmes, dans une quête acharnée du respect de soi, mènent la bataille, à l'heure du Printemps arabe, contre une mentalité archaïque qui résiste au changement.

06/04/2014

Les auteures de l'ouvrage Musulmanes et laïques en révolte, deux algériennes, Monique Ayoun et Malika Boussouf, qui avait fait en 1993 l'objet d'une fatwa islamiste la condamnant à mort, parlent de « l'irrépressible montée des femmes vers l'autonomie » et de « la récupération d'une parole qui leur avait été confisquée » dans des sociétés patriarcales où la femme est confinée dans un « statut de sous-citoyenne ». Elles dénoncent également la confusion entretenue par les partis islamistes entre la laïcité et l'athéisme.

Les militantes qui s'expriment dans cet ouvrage développent, chacune à sa manière, les principes énoncés dans « l'Appel des femmes arabes pour la dignité et l'égalité » lancé en mars 2012 par huit femmes arabes parmi lesquelles Samar Yazbek, figure emblématique de l'opposition syrienne, Nawal Saadawi, militante féministe de longue date en Égypte, Azza Kamel Maghur, avocate membre du Conseil libyen des droits de l'homme...

Parmi les femmes qui ont pris la parole dans cet ouvrage, plusieurs ont eu des parcours étonnants, comme Ayaan Hirsi Ali, cette Somalienne, fille du chef de l'opposition au régime communiste de Siad Barre, qui devient députée aux Pays-Bas où elle avait obtenu le droit d'asile, ou l'Égyptienne, Shahinaz Abdel Salam, une des toutes premières blogueuses à avoir osé contester le régime et qui, persuadée que c'est la femme égyptienne qui fera bouger la société, crée le mouvement « Les femmes de la révolution », ou encore la Tunisienne, Sana Ben Achour, dont le père avait fondé l'Union générale des travailleurs tunisiens, et qui prône aujourd'hui un Islam modéré, « celui qui a rayonné pendant la Renaissance et qui a vu fleurir au XIXe siècle notamment en Égypte, de grands écrits sur l'éducation des femmes, l'instruction, la contestation du voile (...) ».

Cette référence à la Nahda est intéressante à développer. Il serait en effet utile de rappeler que le combat en cours pour les droits de la femme est engagé depuis bien longtemps, depuis 1863 avec le célèbre discours de Boutros al-Boustani sur l'éducation des femmes, puis, avec la création en 1892 du premier journal féminin à Alexandrie, et avec l'ouvrage en 1928 d'une jeune syrienne, Nazira Zeineddine, sur le port du voile...

Les témoignages de ces femmes engagées dans le combat pour un monde meilleur porte essentiellement sur deux questions essentielles : le refus de la violence, notamment celle exercée contre les femmes, et le refus de toute discrimination sexuelle, deux questions qui revêtent une grande importance pour les Libanaises engagées aujourd'hui dans le combat contre la violence faite aux femmes et pour l'adoption d'un régime juridique qui assure l'égalité des sexes.

Et cette violence qui se manifeste de différentes manières relève d'une même démarche. Dima al-Joundi, présente dans ce livre, l'exprime bien. Son film, Bonne à vendre, un documentaire sur l'esclavage domestique au Liban, dénonce le traitement réservé à des jeunes femmes, des Sri-Lankaises en l'occurrence.

Et ce combat ne concerne pas uniquement les femmes, mais également tous ceux qui luttent pour mettre un terme à la violence sous toutes ces formes et empêcher que leur pays ne bascule une nouvelle fois dans la guerre. Le vivre-ensemble que les Libanais prônent nécessite la prise de conscience du fait que nous avons tous, hommes et femmes, chrétiens et musulmans, riches et pauvres, les mêmes droits et les mêmes devoirs et que toute discrimination est source de violence.

Les moyens adoptés par les femmes pour lutter contre la violence et la discrimination sexuelle sont très variés. Deux exemples ont retenu mon attention : celui de Zazie Sadou, une Algérienne, qui crée le « Rassemblement algérien des femmes démocrates » pour faire face à la terreur islamiste que le pays a connue dans les années 90, et celui de Nadia Khiari, une Tunisienne, professeure aux Beaux-Arts de Tunis, qui crée une bande dessinée dont le personnage central, un chat nommé « Willis from Tunis », est devenu l'un des emblèmes de la révolution tunisienne.

La conclusion que tirent les deux auteures de l'ouvrage est qu'il va falloir du temps et de la patience pour que les pays arabes inventent avec le Printemps arabe des voies qui leur sont propres, mais qu'une chose est sûre : la démocratie ne se fera pas sans les femmes.

 

BIBLIOGRAPHIE
Musulmanes et laïques en révolte de Monique Ayoun et Malika Boussouf, Hugo Document, 2014, 189p.

 

Retrouvez l’intégralité de L'Orient Littéraire ici

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Ana Lebnene, Lebnene ou bess

cher Monsieur,

nous avions au Liban une femme eminente, qui avait fait dans les années soixante un travail enorme pour les droits de la femme libanaise . Emilie Fares Ibrahim est membre fondateur de l'association de la femme libanaise qui existe encore mais avec la disparition de cette dame le flambeau est tombé bien bas;

essayez S V P de faire des recherches et de rendre à feu Mme Ibrahim un peu de la gloire auquel elle a droit

merci

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