Ça y est ! Nous y sommes en plein, les radios, les télévisions, les quotidiens, les revues, les hommes de religion, les politiciens, les chancelleries, tout le monde barbotte dans la fébrilité de l'élection à la magistrature suprême.
La campagne a démarré sur les chapeaux de roues ; chacun veut brûler la politesse à l'autre, se positionnant sur la ligne de départ. Tout ce que le ban et l'arrière-ban du maronitisme politique compte comme personnes majeures et vaccinées, ayant l'âge légal de prétendre à cette prestigieuse fonction, répond présent.
Je n'ai pas qualité pour critiquer, dénigrer, ridiculiser, faire l'éloge, porter aux nues tel ou tel candidat. Je ne fais que constater que d'ici que les choses mûrissent, que l'hémicycle ouvre grand ses portes pour le bal final, nous allons avoir bien du plaisir et pas mal de déconvenues.
Rien ne sert de courir, il faut partir à point, dit la tortue au lièvre. C'est que, chemin faisant, le brave mammifère a tellement gambadé, de droite à gauche, conté fleurette, tenté de séduire ceux qu'on appelle décideurs, pris ça et là un petit café, relations publiques obligent, que la lourdaude caparaçonnée lui a brûlé la politesse, fonçant droit devant elle de son pas lent de sénateur.
L'ennui au Liban, c'est que les postulants n'ont souvent rien de concret à proposer, à part leurs faciès et encore. Remarquez que certains n'ont plus un seul cheveu blanc en dépit des années qu'ils ont à leur compteur. Je ne sais pas si une personne qui refuse de porter son âge pourrait s'occuper de l'avenir d'un pays.
Certains, bien sûr, ne manqueront pas de nous abreuver, les quelques jours qui viennent, de thèmes éculés, tels la liberté, la souveraineté et l'indépendance. D'autres mettront en avant leurs relations cordiales, fraternelles, de confiance avec tout ce qu'il y a comme gros pontes dans la région et ailleurs, tant et si bien qu'ils vous feront croire que ces personnages, qu'il nommeront par leurs prénoms pour d'avantage vous impressionner, leurs mangent dans la main, qu'une fois élus, c'est de la manne sonnante et trébuchante qui nous tombera dessus. Pourquoi pas ?...
Il y a ceux qui la jouent profil bas, se taisent, mais ne laissent pas un seul saint indifférent ou une église leur reprocher leur absence. Assis aux premiers rangs, ils participent aux cérémonies religieuses d'un air inspiré, les yeux levés au ciel. Puisse le bon Dieu dans sa mansuétude les remarquer, envoyer un mail à ses représentants pour les recommander. Ha ! Ha ! Ha !
Bref, tout ce beau monde se porte, toutes affaires cessantes, candidat au poste de président de la République libanaise. Il ne s'agit pas d'une dizaine de personnes. Allons, soyez généreux, multipliez par cent et plus. Encore heureux que les ouailles d'une seule communauté soient uniquement concernés. Sinon quelle foire ç'aurait été !
Dans un pays normal, cette compétition aurait été signe de bonne santé démocratique, permis aux uns et aux autres de s'exprimer, de proposer un programme, de se faire connaître du bon peuple qui est le nôtre, prendre son avis, le faire adhérer, l'embrigader dans cette gageure.
Or le peuple n'a pas voix au chapitre, la pièce se joue à guichets fermés et dès le départ le jeu est tronqué. On prend ce qu'on nous sert, nous n'avons pas le choix. Rappelez-vous 1988 : « Ou Mikhaël Daher ou le chaos. » Et le chaos, nous l'avons bien eu ; nous continuons à payer ce refus au prix fort. Les décideurs n'ont pas d'état d'âme.
Surtout que, souvent, ils n'ont pas de plan de rechange et si, en cours de route, ils disparaissent, que ça foire quelque part, qu'un problème les préoccupe ailleurs, ils vous laissent tomber comme une vieille chaussette. Vous serez cuit, vous restez seul face aux prédateurs qui vous attendent au coin.
C'est de l'histoire vécue par tous les Libanais que je raconte là. Pour mieux appréhender le futur, il ne faut jamais oublier le passé, ses peines, ses malheurs, ses rares instants de joie, de liesse et de bonheur.
Quoi qu'il en soit, il n'est pas demandé au futur locataire de Baabda de résoudre la crise du Moyen-Orient, mais de soustraire notre pays à ses effets pervers. Cela débute par la paix civile, le renforcement de l'armée et de la police, un coup des lustrine sur le blason de nos institutions, la stricte application de la loi, une lutte contre la gabegie et la prison pour les contrevenants, quels qu'ils soient.
En un mot, commencer par balayer devant sa porte, chasser les marchands du temple, pour, petit à petit, étendre cette atmosphère de sérieux, de respect, de confiance et de rigueur à tout le pays, ramener les investisseurs sans les plumer, les touristes qui nous font défaut, garder notre jeunesse au bercail, lui offrir des opportunités d'emploi, au lieu qu'elle n'aille grossir les rangs de la diaspora.
Au final, j'aime beaucoup ce dicton : « Qui au conclave rentre pape en ressort cardinal. » Autrement dit, il y a beaucoup d'appelés mais un seul sera élu.
Nos lecteurs ont la parole - Georges Tyan
... Et je retiens un
OLJ / le 03 avril 2014 à 00h00

