Il y a trois semaines, place du Musée, à l'occasion de la Journée internationale des droits de la femme, un groupement de femmes et d'hommes a dénoncé l'impunité dans les récents cas de drame conjugal et réclamé la promulgation de la loi contre la violence domestique.
En cette date revendicative, des photos souriantes, épanouies, de femmes qui ne (le) sont plus ont été brandies à la face de la justice libanaise, appuyées d'un écriteau d'une criante vérité selon laquelle «Le féminisme n'a jamais tué personne. Le machisme tue tous les jours» (Benoîte Groult). Celui-ci tue en effet tous les jours dans le monde, au sens propre, et dans chaque pays, à chaque instant, au sens figuré. Il tue à petit feu, par de petits mots anodins, de petites pointes sexistes, de petites tapes (pas dans le dos), par des anecdotes de mauvais goût qui font des gorges chaudes, puis des conséquences froides. Il tue à feu doux par des clichés, des stéréotypes, des préjugés, des catégorisations, des quotas. Il tue aussi à grand feu par des vociférations de dragon déchaîné, à deux doigts de tuer au sens propre, puis à un poing.
En ce jour international des droits féminins bafoués, ici comme ailleurs, des femmes et des hommes ont résolument marché pour la femme, non seulement pour son droit à une loi dissuasive et protectrice, mais pour son égalité à l'homme, pour son respect par l'homme, et aussi par elle-même (pour celles qui ne le font pas), pour sa dignité, sa reconnaissance comme une personne intégrale, et non comme une «douce moitié», pour son entièreté et non sa complémentarité, pour sa perception comme sujet et non comme objet, comme genre fort et non «sexe faible», pour son être et non son paraître, pour son expression spirituelle et non (seulement) corporelle, pour l'amélioration de sa condition, pas celle de son look, pour sa productivité et non son «produit», pour la primauté de sa raison sur les passions destructrices, de sa nature pacifique sur celle, belliqueuse, de son partenaire, de sa tempérance et de sa retenue sur les excès de toutes sortes générés par les hormones androgènes et la véhémence endogène.
En ce jour, des femmes et des hommes de bonne volonté ont participé à un défilé de monde, et non de mode, monde plus juste, plus équitable, plus pacifique, plus viable, plus humain. Ce qui précède conduit logiquement à penser que le droit de la femme (entre autres) à une plus grande participation à la vie politique devrait, sans surenchère aucune, évoluer vers une prise salutaire du pouvoir par elle, après la faillite de l'homme dans sa gestion de la chose publique, et cela non seulement à l'échelle nationale mais planétaire. On est en effet en droit de se demander si le moment n'est pas venu pour l'homme politique au pouvoir, à la ténébreuse lumière de son bilan général catastrophique, tout au long de ces millénaires de misères et d'horreurs sans nom, de guerres jamais lasses, de sévices, de tueries, de massacres et de destructions inqualifiables, de céder à la fin le pouvoir à la femme, et ce pour conjurer la fin imminente du genre humain, signée par la main sanglante de l'homme. Comme l'échec ou l'abus de pouvoir d'un individu dans sa fonction conduit raisonnablement à sa démission ou son limogeage, cela devrait s'appliquer aussi à ce «genre» qui, par son caractère sanguin, a ensanglanté l'histoire et mené le monde au bord du gouffre que voici. Ces défenseurs des droits des femmes, hommes et femmes, sont donc appelés à ajouter ce droit salvateur à leurs revendications: constater et annoncer la faillite du système patriarcal, de l'homme politique au pouvoir, et réclamer son remplacement par la femme, pour toutes ses qualités intrinsèques et son naturel non violent, ne serait-ce que dans la même optique d'alternance au pouvoir (et je ne plaisante pas). Dans la même veine, et à titre d'exemple sur le plan local, il ne faudra donc pas se contenter de réclamer plus de représentativité féminine dans la composition gouvernementale, à savoir plus qu'une simple ministre sur vingt-quatre, mais l'inverse, en considérant que ce seul ministre serait de trop, au vu des irrémédiables dégâts occasionnés par la gouvernance mâle.
Cela étant dit, il est instamment demandé aux hommes éclairés et responsables, avant les femmes, d'emprunter ce slogan tombeur de dictateurs, de se soulever et de crier à la face de l'homme politique raté: Dégage!

