Le président libanais Michel Sleiman lors du premier festival de l'alphabet dimanche à Jbeil. Photo Dalati et Nohra.
Le Hezbollah, les Marada, le PSNS ainsi que Talal Arslane ont officiellement fait savoir hier à la présidence de la République qu'ils ne participeront pas aujourd'hui au cinquième round de la conférence nationale de dialogue, prévue ce matin à Baabda. Le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, aussi, quoique pour des raisons différentes.
En somme, il s'agit des mêmes parties qui avaient boycotté la réunion de septembre 2012, plus le Hezbollah.
Mais les assises de Baabda sont maintenues, a-t-on appris hier de sources proches de la présidence, avec le même ordre du jour qui comporte un point central : la stratégie nationale de défense telle qu'elle avait été proposée pour examen par le président Michel Sleiman à la réunion du 21 septembre 2012, à côté d'autres qui se rapportent à la menace terroriste, aux problèmes de sécurité, à la situation économique....
C'est en fin d'après-midi que le chef du bloc parlementaire du parti de Dieu, Mohammad Raad, a informé les services concernés à Baabda qu'il ne fera pas partie des personnes qui se réuniront, au moment où Talal Arslane et Assaad Hardane réclamaient un report de la séance et jugeaient plus opportune une réunion consacrée aux attaques terroristes qui visent l'armée ou les régions à majorité chiites. « Le contenu de l'invitation lancée pour le dialogue ne correspond pas aux priorités nationales qui sont, à notre avis, l'institution d'un nouveau système politique capable de produire une stratégie nationale de défense pouvant protéger le Liban et préserver sa souveraineté face à une éventuelle attaque israélienne ainsi que le terrorisme qui frappe la plupart des régions libanaises », a indiqué M. Arslane au terme d'une réunion de consultations en sa résidence à Khaldé.
Lui faisant écho, Assaad Hardane, PSNS, a conseillé au chef de l'État de reporter la séance et d'engager des concertations afin de dégager (pour le dialogue) une formule qui « puisse assurer la participation de tous à la conférence », en estimant que le terrorisme devrait être en tête de l'ordre du jour de la réunion, puisqu'il représente un danger existentiel pour l'État.
Pour le Hezbollah, les motifs du boycottage sont beaucoup plus nuancés et sont intrinsèquement liés à la campagne qu'il mène depuis quelque temps contre le président Michel Sleiman. Son leader, Hassan Nasrallah, a d'ailleurs donné le ton samedi, lorsqu'il a affirmé dans son discours que « les récentes déclarations vont certainement affecter notre décision » en allusion aux critiques du chef de l'État à la participation de son parti à la guerre en Syrie et du triptyque armée-peuple-résistance que cheikh Nasrallah a de nouveau âprement défendu.
Pourtant, il est utile de rappeler que le Hezbollah s'est employé au cours des trois derniers mois à réclamer la tenue d'une conférence nationale de dialogue afin de dégager une entente autour de la formation d'un gouvernement et de discuter, sans conditions préalables, d'une stratégie nationale de défense dans le but de contrer la menace terroriste qui pèse sur le pays.
Sauf que la situation a depuis changé et en termes de pertes et profits, le parti de Dieu estime aujourd'hui qu'il gagnerait à ne pas s'engager dans un processus qui risque en définitive de tourner à l'avantage de son artisan, à savoir le chef de l'État. Le Hezbollah considère en effet qu'à l'heure actuelle, la reprise de la conférence nationale de dialogue risque de renflouer Michel Sleiman, à quelques semaines de l'expiration de son mandat et peut, en définitive, le catapulter au rang des candidats potentiels à la présidence même si le chef de l'État insiste sur le fait qu'il n'est pas question pour lui de rester ne serait-ce qu'une minute de plus à Baabda, à l'expiration de son mandat.
Plus encore, le Hezbollah veut éviter de se mettre dans une situation embarrassante et avoir à se retrouver au cœur d'un débat autour de sa participation à la guerre en Syrie et de la neutralité du Liban sur base de la déclaration de Baabda que le président Sleiman ne manquera pas de rappeler demain, puisqu'elle fait partie des principales résolutions de la conférence nationale de dialogue.
L'évolution de la situation sur le terrain en Syrie et plus particulièrement sa « victoire » à Yabroud contre les rebelles syriens donnent au Hezbollah le sentiment d'être dans une position de force, qu'il compte bien exploiter au niveau politique local. Participer à la conférence de dialogue le mettrait face à face avec sa bête noire, la déclaration de Baabda dont le parti de sayyed Hassan Nasrallah conteste le bien-fondé et le caractère constitutionnel, bien qu'il l'ait approuvé.
C'est ce qui a fait dire hier soir au chef des FL, Samir Geagea, que le débat avec le Hezbollah est inutile, justifiant ainsi encore une fois son refus de participer à la conférence de Baabda. « La position du Hezbollah qui veut boycotter la séance nous a confortés dans notre décision », a affirmé M. Geagea. Ce n'est pas le cas cependant pour le chef du Parti socialiste progressiste (PSP), Walid Joumblatt, qui, au terme d'un entretien hier soir avec le président de la Chambre, Nabih Berry, à Aïn el-Tiné, a affirmé que son parti participera à la séance de dialogue national. « Nous poursuivrons l'examen des sujets abordés dans le passé, sans limiter le débat à un dossier déterminé (en l'occurrence la stratégie nationale de défense), surtout que le terrorisme frappe de toutes parts. »
Samedi, trois soldats de l'armée ont été tués dans le jurd de Ersal lors d'un attentat-kamikaze revendiqué par un groupuscule jihadiste dans la mouvance d'el-Qaëda.
Celui-ci a ouvertement déclaré la guerre à l'armée « croisée », ce qui a donné aux milieux du 8 Mars un nouveau prétexte pour plaider en faveur du maintien des armes du Hezbollah. Selon notre chroniqueur diplomatique, Khalil Fleyhane, une action commune entre les forces régulières et « les partis qui détiennent les armes » est de nature à éradiquer le danger terroriste jihadiste.
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Au tard venu, les os....
14 h 12, le 31 mars 2014