Les péripéties qui ont accompagné la formation du nouveau gouvernement aux mille ingrédients génétiquement inconciliables et qui ont abouti à sa formation laissent, à l'évidence, un goût d'une répugnante et désolante amertume. Ce gouvernement de circonstance, de facto et contre nature, n'a été admis en clinique de maternité qu'en perspective d'un même objectif hypocrite sous-jacent. Un « power-play » odieux et immoral lorsque c'est du sort et de l'identité de la nation qu'il s'agit. Dans le jargon politique et du droit, on qualifie un tel acte de trahison. Plus précisément, de haute trahison.
Refusant de donner une quelconque couverture au Hezbollah pour son aventurisme inconsidéré et non moins criminel en Syrie, Samir Geagea s'abstient, à raison, de participer au gouvernement Salam. Face aux formules avancées de toutes parts, il prônera avec constance et insistance l'option d'une équipe neutre qui regrouperait des techniciens respectables et probes, à même de rasséréner quelque peu le paysage socio-économique du pays, de sécuriser l'échéance présidentielle et d'assurer surtout le relais des institutions.
Saad Hariri, quittant à peine son banc à la quatrième rangée de la salle d'audience du TSL siégeant pour juger – par contumace – ses parricides, prend de court les Libanais et ses alliés du 14 Mars en annonçant, regrettable abdication, son acceptation de participer au gouvernement. Conséquent avec son choix, il boucle la boucle et rencontre Michel Aoun en catimini à Paris. À en croire les sources dites sûres, les deux ennemis inconciliables – et inconsolables – auraient parachevé et paraphé le deal de l'échéance présidentielle et du paysage postélectoral. Longtemps l'événement restera entaché d'ambiguïté tellement dans la forme tout comme surtout dans le fond son symbolisme est peu glorieux. Se hâtant d'emboîter le pas au cheikh auto-exilé, les prétendants ministrables du 14 Mars, présumés souverainistes purs et durs, se ruent dans la danse avec une douteuse et ridicule frénésie. Durant les semaines des contractions prénatales, le Hezbollah manipule non sans dédain ce beau monde et réussit avec brio à lui arracher concessions après capitulation. Est-ce bien ce qu'on a voulu annoncer aux obsèques du dernier très regretté martyr que l'ère post-Chatah ne sera pas pareille à sa précédente ?
Le très proche avenir démontrera rapidement que le gouvernement Salam n'a vu le jour que dans l'unique perspective de fignoler savamment le double objectif ultime recherché, patiemment concocté et mijoté par le Hezbollah : verrouiller sa mainmise totale et son emprise incontestée sur ce qui reste des rouages de l'État, ou atermoyer jusqu'à la vacuité institutionnelle qui entraînerait le pays dans un état de totale déliquescence. À la différence toutefois que le divin parti aura réussi à fidéliser le consentement, la complicité et le concours de la plus large souche des acteurs politiques dits souverainistes. Ainsi de deux options l'une :
– soit que le choix du futur président aille vers un maronite, à l'occasion artificiellement surgonflé et puisé parmi les éternels et inconditionnels reconnaissants au génocidaire régime syrien bienfaiteur comme aux Persans en survêtement chiite en audacieuse percée. Le quorum parlementaire lui serait dans ce cas largement assuré. Saad Hariri, présiderait le prochain gouvernement. La nouvelle loi électorale, quasi-réplique de la loi dite de 1960 version améliorée, verrait le jour avec le vote large de l'Assemblée nationale et assurerait le retour en force des nouveaux alliés. Cette néoalliance quadri-communautaire ainsi reformée, tronquée et falsifiée encore une fois, se partagerait non sans coups de massue le pouvoir avec, pour lot de consolation, la jouissance de ses privilèges et des ressources du pays en tête desquelles le gaz et le pétrole.
– Soit que l'on s'achemine vers la vacuité, le vide total, le vacuum, cristallisée par le sabotage de l'élection présidentielle avec, cerise sur le gâteau, l'arrivée à terme du mandat du Parlement le 20 novembre prochain. Entre-temps, et dans l'attente du congrès constitutif de sa république auquel il ne cesse d'appeler depuis des lunes, le Hezbollah pourra vaquer à sa principale préoccupation et se concentrer sur son épopée militaire rocambolesque, hasardeuse et pernicieuse en Syrie.
C'est dans la perspective d'un tel panorama que s'est inscrit le désaveu subit du cabinet Mikati, suivi comme par un magique coup de baguette de la désignation-surprise à la quasi-unanimité des suffrages parlementaires du pro-14 Mars Tammam Salam. Sinon, dans quel autre but le Hezbollah aurait-il lâché « son » propre gouvernement, monochrome, à l'obédience notoire, allégeant et servile, contre un autre dit « rassembleur » qui aurait l'avantage de partager l'exercice intérimaire des pouvoirs du président de la République quand le mandat de ce dernier viendrait à terme ? C'est user d'une risible naïveté et offenser l'intelligence même moyenne que de croire que le parti de Dieu s'est miraculeusement reconverti au concept de l'État de droit et aux préceptes universels de la démocratie, et aurait renoncé à son absolue obédience à son omnipotent fakih, laquelle, selon la toute dernière fatwa, est parfaitement compatible avec la citoyenneté libanaise !
Émouvantes étaient l'assiduité et la solidarité des éminents érudits de la commission ad hoc dans leur sondage des abysses infinis de la langue de Sybawayh à la recherche du « LA » magique et de la tournure linguistique la plus appropriée. Et soudain, à la veille de la survenance du délai, eurêka ! Elle était enfin née la divine ineptie, sonnez hautbois, résonnez musettes, claironne-t-on. Gaspard, Melchior et Balthazar accourent à l'hémicycle offrir à cette équipe mort-née et à la cohésion douteuse l'or, l'encens et la myrrhe.
De son côté, l'imprescriptible Nabih Berry, au lieu de convoquer le collège électoral, outrepasse ses prérogatives en violation de la loi suprême et s'empresse plutôt d'envoyer ses sbires à la cueillette des sondages. Alea jacta est ! Le processus est enclenché car ce qui se conçoit bien s'énonce clairement, nous avait enseigné le « législateur du Parnasse », Nicolas Boileau.
Quant à vous, Messieurs les Ministres prodigues, vous n'êtes plus sans savoir que ce gouvernement était la demi-finale du triste tournoi qui oppose le Hezbollah à l'identité même du Liban et des Libanais libres dont vous vous êtes arrogé un mandat qui est tombé par votre égarement dans l'obsolescence et la caducité. Il est encore temps de vous racheter un brin de vertu et de retourner au bercail souverainiste. La souveraineté, l'honneur, la dignité et le devenir de la nation, pour embryonnaire qu'elle soit, ne peuvent plus attendre. La République ne vous a plus dans son estime. Avec le reste de pudeur, quittez la table, Messieurs ! Partez !
Il reste à dire et à croire qu'en dépit de cet ombreux tableau, la volonté des peuples épris de liberté, de droit et de dignité, la vraie, a très souvent déjoué les projets les plus maléfiques.
Joseph E. NEHMÉ
Avocat à la cour


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WLIK BA3DONE HONE ?
16 h 55, le 31 mars 2014