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Nos lecteurs ont la parole - Joseph E. Nehmé

Messieurs les Ministres, partez !

Les péripéties qui ont accompagné la formation du nouveau gouvernement aux mille ingrédients génétiquement inconciliables et qui ont abouti à sa formation laissent, à l'évidence, un goût d'une répugnante et désolante amertume. Ce gouvernement de circonstance, de facto et contre nature, n'a été admis en clinique de maternité qu'en perspective d'un même objectif hypocrite sous-jacent. Un « power-play » odieux et immoral lorsque c'est du sort et de l'identité de la nation qu'il s'agit. Dans le jargon politique et du droit, on qualifie un tel acte de trahison. Plus précisément, de haute trahison.
Refusant de donner une quelconque couverture au Hezbollah pour son aventurisme inconsidéré et non moins criminel en Syrie, Samir Geagea s'abstient, à raison, de participer au gouvernement Salam. Face aux formules avancées de toutes parts, il prônera avec constance et insistance l'option d'une équipe neutre qui regrouperait des techniciens respectables et probes, à même de rasséréner quelque peu le paysage socio-économique du pays, de sécuriser l'échéance présidentielle et d'assurer surtout le relais des institutions.
Saad Hariri, quittant à peine son banc à la quatrième rangée de la salle d'audience du TSL siégeant pour juger – par contumace – ses parricides, prend de court les Libanais et ses alliés du 14 Mars en annonçant, regrettable abdication, son acceptation de participer au gouvernement. Conséquent avec son choix, il boucle la boucle et rencontre Michel Aoun en catimini à Paris. À en croire les sources dites sûres, les deux ennemis inconciliables – et inconsolables – auraient parachevé et paraphé le deal de l'échéance présidentielle et du paysage postélectoral. Longtemps l'événement restera entaché d'ambiguïté tellement dans la forme tout comme surtout dans le fond son symbolisme est peu glorieux. Se hâtant d'emboîter le pas au cheikh auto-exilé, les prétendants ministrables du 14 Mars, présumés souverainistes purs et durs, se ruent dans la danse avec une douteuse et ridicule frénésie. Durant les semaines des contractions prénatales, le Hezbollah manipule non sans dédain ce beau monde et réussit avec brio à lui arracher concessions après capitulation. Est-ce bien ce qu'on a voulu annoncer aux obsèques du dernier très regretté martyr que l'ère post-Chatah ne sera pas pareille à sa précédente ?
Le très proche avenir démontrera rapidement que le gouvernement Salam n'a vu le jour que dans l'unique perspective de fignoler savamment le double objectif ultime recherché, patiemment concocté et mijoté par le Hezbollah : verrouiller sa mainmise totale et son emprise incontestée sur ce qui reste des rouages de l'État, ou atermoyer jusqu'à la vacuité institutionnelle qui entraînerait le pays dans un état de totale déliquescence. À la différence toutefois que le divin parti aura réussi à fidéliser le consentement, la complicité et le concours de la plus large souche des acteurs politiques dits souverainistes. Ainsi de deux options l'une :
– soit que le choix du futur président aille vers un maronite, à l'occasion artificiellement surgonflé et puisé parmi les éternels et inconditionnels reconnaissants au génocidaire régime syrien bienfaiteur comme aux Persans en survêtement chiite en audacieuse percée. Le quorum parlementaire lui serait dans ce cas largement assuré. Saad Hariri, présiderait le prochain gouvernement. La nouvelle loi électorale, quasi-réplique de la loi dite de 1960 version améliorée, verrait le jour avec le vote large de l'Assemblée nationale et assurerait le retour en force des nouveaux alliés. Cette néoalliance quadri-communautaire ainsi reformée, tronquée et falsifiée encore une fois, se partagerait non sans coups de massue le pouvoir avec, pour lot de consolation, la jouissance de ses privilèges et des ressources du pays en tête desquelles le gaz et le pétrole.
– Soit que l'on s'achemine vers la vacuité, le vide total, le vacuum, cristallisée par le sabotage de l'élection présidentielle avec, cerise sur le gâteau, l'arrivée à terme du mandat du Parlement le 20 novembre prochain. Entre-temps, et dans l'attente du congrès constitutif de sa république auquel il ne cesse d'appeler depuis des lunes, le Hezbollah pourra vaquer à sa principale préoccupation et se concentrer sur son épopée militaire rocambolesque, hasardeuse et pernicieuse en Syrie.
C'est dans la perspective d'un tel panorama que s'est inscrit le désaveu subit du cabinet Mikati, suivi comme par un magique coup de baguette de la désignation-surprise à la quasi-unanimité des suffrages parlementaires du pro-14 Mars Tammam Salam. Sinon, dans quel autre but le Hezbollah aurait-il lâché « son » propre gouvernement, monochrome, à l'obédience notoire, allégeant et servile, contre un autre dit « rassembleur » qui aurait l'avantage de partager l'exercice intérimaire des pouvoirs du président de la République quand le mandat de ce dernier viendrait à terme ? C'est user d'une risible naïveté et offenser l'intelligence même moyenne que de croire que le parti de Dieu s'est miraculeusement reconverti au concept de l'État de droit et aux préceptes universels de la démocratie, et aurait renoncé à son absolue obédience à son omnipotent fakih, laquelle, selon la toute dernière fatwa, est parfaitement compatible avec la citoyenneté libanaise !
Émouvantes étaient l'assiduité et la solidarité des éminents érudits de la commission ad hoc dans leur sondage des abysses infinis de la langue de Sybawayh à la recherche du « LA » magique et de la tournure linguistique la plus appropriée. Et soudain, à la veille de la survenance du délai, eurêka ! Elle était enfin née la divine ineptie, sonnez hautbois, résonnez musettes, claironne-t-on. Gaspard, Melchior et Balthazar accourent à l'hémicycle offrir à cette équipe mort-née et à la cohésion douteuse l'or, l'encens et la myrrhe.
De son côté, l'imprescriptible Nabih Berry, au lieu de convoquer le collège électoral, outrepasse ses prérogatives en violation de la loi suprême et s'empresse plutôt d'envoyer ses sbires à la cueillette des sondages. Alea jacta est ! Le processus est enclenché car ce qui se conçoit bien s'énonce clairement, nous avait enseigné le « législateur du Parnasse », Nicolas Boileau.
Quant à vous, Messieurs les Ministres prodigues, vous n'êtes plus sans savoir que ce gouvernement était la demi-finale du triste tournoi qui oppose le Hezbollah à l'identité même du Liban et des Libanais libres dont vous vous êtes arrogé un mandat qui est tombé par votre égarement dans l'obsolescence et la caducité. Il est encore temps de vous racheter un brin de vertu et de retourner au bercail souverainiste. La souveraineté, l'honneur, la dignité et le devenir de la nation, pour embryonnaire qu'elle soit, ne peuvent plus attendre. La République ne vous a plus dans son estime. Avec le reste de pudeur, quittez la table, Messieurs ! Partez !
Il reste à dire et à croire qu'en dépit de cet ombreux tableau, la volonté des peuples épris de liberté, de droit et de dignité, la vraie, a très souvent déjoué les projets les plus maléfiques.

Joseph E. NEHMÉ
Avocat à la cour

Les péripéties qui ont accompagné la formation du nouveau gouvernement aux mille ingrédients génétiquement inconciliables et qui ont abouti à sa formation laissent, à l'évidence, un goût d'une répugnante et désolante amertume. Ce gouvernement de circonstance, de facto et contre nature, n'a été admis en clinique de maternité qu'en perspective d'un même objectif hypocrite sous-jacent. Un « power-play » odieux et immoral lorsque c'est du sort et de l'identité de la nation qu'il s'agit. Dans le jargon politique et du droit, on qualifie un tel acte de trahison. Plus précisément, de haute trahison.Refusant de donner une quelconque couverture au Hezbollah pour son aventurisme inconsidéré et non moins criminel en Syrie, Samir Geagea s'abstient, à raison, de participer au gouvernement Salam. Face aux formules avancées...
commentaires (5)

WLIK BA3DONE HONE ?

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

16 h 55, le 31 mars 2014

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Commentaires (5)

  • WLIK BA3DONE HONE ?

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    16 h 55, le 31 mars 2014

  • l'example tunisien Le premier ministre tunisien Mr Mehdi Jomaa nouvellement nomme a voulu a travers les medias se faire connaitre pour la premiere fois.Le reporter de FR2 lui pose la question classic suivante:une idee de votre politique Mr le premier ministre?Reponse(pas classique du tout)JE N'AI PAS ETE NOMME POUR FAIRE DE LA POLITIQUE mais pour gerer les affaires du pays.B R A V O le liban se portera beaucoup mieux lorsqu'un jour,peut etre,on pourait entendre une reponse pareil. Ailleurs un premier ministre qui se refuse d'etre politicien ici des hommes, meme en uniformes,completement infecte du virus politicus.aux USA meme le mot ministre n'existe meme pas, il n'y a que des "secretaire" d'etat en charge d'un departement dont ils ont la gestion,pendant une periode bien determonee. Comme Diogene,depuis plus d'un demi siecle je cherche a travers monts et vallees un homme A P O L I T I Q U E au Liban.je crois avoir perdu mon temps. Depuis plus d'un demi siecle que je voudrais voter pour un programe, je ne retrouve que des candidats bon pour le PARLE MENT Ce diagnostique de ce liban moribond etant deja admis je crois que le traitement ne se trouve pas chez le politicien(surtout celui de l'uniforme) mais plutot chez le citoyen lui meme qui lui aussi est infecte de ce virus politicus.Je ne vois meme pas par quel vaccin miracle on pourait encore traiter une epidemie,aussi viscerale qu'ancestrale,qui sevit au pays des cedres

    michel raphael

    20 h 46, le 30 mars 2014

  • Un joueur ( Hizbollah) et deux "joués" (Hariri et certains du 14 Mars) qui va finir par culbuter l'accord de Taef. Mais le compromis prime, au Liban, les valeurs fondamentales.

    ROY BADARO

    10 h 50, le 29 mars 2014

  • C'EST TRÈS GENTIL DE LEUR "DEMANDER" DE PARTIR !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    09 h 56, le 28 mars 2014

  • Le sentiment "moral" de la sphère du 14 Mars, n'a de base que la conscience d'être la représentante de la médiocrité étroite et bornée des autres sphères libanistes. Ce ne sont donc pas seulement ses zaïms qui s’installent mal à propos dans leurs canapés, c’est cette fraction 14 libaniste qui subit 1 défaite avant même d'avoir remporté de victoire. Elle élève sa propre barrière, avant d'avoir abattu la barrière qui la gêne ; et fait valoir toute l'étroitesse de ses vues, avant d'avoir pu faire valoir sa générosité. Ainsi, l'occasion même d'un grand rôle est toujours passée sous son nez avant d'avoir existé ; et cette fraction 14 Marsiste, à l'instant où elle engage la lutte contre une faction huitarde d’en face, reste impliquée dans la lutte contre une autre fraction 14 libaniste. C'est pourquoi ses new zaïms sont en lutte perpétuelle avec les anciens zaïms, son clientélisme avec le clientélisme des vielles familles, sa "libanité" si classique avec eux tous ; tandis que le Libanais sans le sou commence déjà la lutte contre cette "14 libanité" atrophiée dorénavant dans ses pieds. Cette sphère 14 libaniste ose à peine, en se plaçant à son point de vue, concevoir l'idée de son émancipation, que déjà le développement de la situation ainsi que le progrès de la pensée libaniste vraie font voir que le point de vue de cette 14 "libanité" passée est déjà suranné, ou du moins problématique et assurément dépassé.

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    09 h 28, le 28 mars 2014

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