Rechercher
Rechercher

En dents de scie

Salma Ya Salam(a)

En avoir. Ou pas.
Avoir le choix. Et l'assumer (ou pas). Ce n'est pas donné à tout le monde, loin de là. Quelqu'un a dit : heureux sont les simples d'esprit. Plus heureuse, plus sereine sans doute devrait aussi être la majorité, celles et ceux qui n'en ont pas, de choix ; celles et ceux obligés par la force centripète des choses de ne suivre qu'une seule voie, écrite d'avance, ennuyante à en crever.
Faire un choix, c'est exhiber son être-au-monde. C'est stopper la déconstruction opérée minutieusement, méthodiquement, par ce on, pervers à souhait, si faussement rassurant. Faire un choix, c'est surligner, ou gommer (c'est pareil) un ou des pans du mektoub, c'est (ré)écrire l'histoire, sa propre histoire. C'est l'éjaculation primitive : passer de la condition de spectateur à la fonction d'acteur. C'est, un peu, ranimer ce Dasein accouché par Heidegger ; cet être complexe, complexé, boursouflé de contradictions, seul au monde même si tellement entouré. Le ranimer en défendant un choix jusqu'au bout.
Tammam Salam a le choix. En tant que Premier ministre du Liban. Mais aussi en tant qu'être, que Daisen, que fils de. Enfin, en tant que sunnite. Il a le choix : regarder ou agir. Officiellement investi au Sérail par un Parlement ressuscité pour l'occasion, l'homme a immédiatement été clair. Et lucide : Nous ne promettons pas de miracles, mais nous ferons de notre mieux pour parer au plus urgent. Sauf que cette urgence est atrocement polymorphe.
Même sans la moindre assurance de succès, Tammam Salam peut initier. Créer. Semer et ensemencer. Il le peut et il le doit.
Parer au plus urgent, c'est d'abord demander au ministre des Affaires étrangères d'aller à New York, de voir comment il serait possible d'étendre le mandat de la 1701 au nord et à l'est du Liban, comment il serait possible que la ligne bleue relie dorénavant Naqoura à Qaa, avec tout ce que cela implique comme déploiement de Casques bleus partout. Gebran Bassil devrait être ravi de faire écho à l'appel, discret mais retentissant, de son beau-père cette semaine au retrait de tous les combattants de Syrie – lequel beau-père vient de lancer en grande pompe sa campagne présidentielle. Parer au plus urgent, c'est déposer des plaintes au Conseil de sécurité de l'ONU à chaque violation syrienne du territoire national, comme Beyrouth le fait avec Israël.
Parer au plus urgent, c'est mettre tous les leaders sunnites de Tripoli devant le fait accompli. C'est demander à Saad Hariri (ou à son représentant), à Nagib Mikati, à Omar Karamé (et/ou à son fils) et à Misbah Ahdab d'assumer leurs responsabilités. C'est demander aux FSI d'investir la moindre venelle de Bab el-Tebbané, et à l'armée chaque recoin de Jabal Mohsen, après avoir jeté en prison Rifaat et Ali Eid et tous leurs sbires. Parer au plus urgent, c'est tenir des Conseils des ministres du Sérail de Tripoli s'il le faut. En séances ouvertes. Chaque jour.
Parer au plus urgent, c'est exiger jour après jour le pourvoi de tous les postes vacants, quelle que soit l'institution étatique et quel que soit le degré de son délabrement. Parer au plus urgent, c'est rappeler au législatif, jour après jour, tous ses manquements, à commencer par la loi sur la violence conjugale. Parer au plus urgent, c'est convoquer jour après jour le ministre de l'Énergie pour s'informer de l'état de l'électricité. Et de l'eau.
Parer au plus urgent, c'est exiger jour après jour une nouvelle loi électorale. Parer au plus urgent, c'est exiger jour après jour le désarmement du Hezbollah, de quelque manière que ce soit. Parer au plus urgent, c'est harceler les organisations onusiennes et les grandes puissances, jour après jour, pour qu'une solution soit trouvée aux bientôt deux millions de réfugiés syriens. Parer au plus urgent, c'est rappeler, chaque jour s'il le faut, à Nabih Berry qu'il ne peut pas ne pas convoquer à l'élection du président à la date prévue.
Parer au plus urgent, c'est ouvrir sa gueule. Chaque jour. C'est répéter ces urgences. Chaque jour. Même si l'on doit se faire violence et aussi british gentleman soit-on. Tammam Salam n'a que deux mois au Sérail, et il se peut qu'il n'y remette plus jamais les pieds : il n'a donc rien à perdre et il peut tout s'autoriser. En se contentant de mettre, chaque jour s'il le faut, le nez de chacun des leaders libanais dans son (immense) merdier, il entrera dans l'histoire.
On ne naît pas Premier ministre. On le devient. (Très) peu l'on fait. Tammam Salam a tout pour. Et là, cela ne tient qu'à lui.


En avoir. Ou pas.Avoir le choix. Et l'assumer (ou pas). Ce n'est pas donné à tout le monde, loin de là. Quelqu'un a dit : heureux sont les simples d'esprit. Plus heureuse, plus sereine sans doute devrait aussi être la majorité, celles et ceux qui n'en ont pas, de choix ; celles et ceux obligés par la force centripète des choses de ne suivre qu'une seule voie, écrite d'avance, ennuyante...

commentaires (3)

Il est sympathiquement mignon Ziad aujourd'hui ! Demander à Salam tout ça en 2 mois c'est un peu le foutre dans la merde , je le trouve très modéré ces temps ci , même si le beau rôle est toujours aux mêmes comme par exemple formuler une demande aux sunnites d'investir les recoins de El Tebbaneh sans préciser qu'il faudra la nettoyer de ses éléments salafowahabites , tout en demandant de jeter en prison Riffat et Ali Eid . Demander au hezb de rendre ses armes par tous les moyens ( merci de nous les indiquer) et ne pas envoyer un émissaire nous sortir la fameuse liste des armes payées par les binsaouds aux français pour le compte de notre armée . Je ne vais pas trop le charger , mais il y a comme ça des vins parfois qui se laissent boire .

FRIK-A-FRAK

12 h 57, le 22 mars 2014

Tous les commentaires

Commentaires (3)

  • Il est sympathiquement mignon Ziad aujourd'hui ! Demander à Salam tout ça en 2 mois c'est un peu le foutre dans la merde , je le trouve très modéré ces temps ci , même si le beau rôle est toujours aux mêmes comme par exemple formuler une demande aux sunnites d'investir les recoins de El Tebbaneh sans préciser qu'il faudra la nettoyer de ses éléments salafowahabites , tout en demandant de jeter en prison Riffat et Ali Eid . Demander au hezb de rendre ses armes par tous les moyens ( merci de nous les indiquer) et ne pas envoyer un émissaire nous sortir la fameuse liste des armes payées par les binsaouds aux français pour le compte de notre armée . Je ne vais pas trop le charger , mais il y a comme ça des vins parfois qui se laissent boire .

    FRIK-A-FRAK

    12 h 57, le 22 mars 2014

  • BIEN DIT MAIS... LES MIRACLES NE PEUVENT PAS ÊTRE L'OEUVRE D'UN GOUVERNEMENT NÉ SOUS LES PRESSIONS ET LES MARCHANDAGES, ET, COMBLE D'AMERTUME ! PAR MIRACLE...

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 11, le 22 mars 2014

  • Si on a bien compris la teneur du tumulte qui les agite, la fonction du yâ Salâm chi Tamâm est de parcourir le petit espace vital qui lui reste en faisant du porte-à-porte, pour en ouvrir le + possible en ce minimum de temps qui lui reste ! Il brigue le Guinness catégorie "Ouvreur". Mais est- il doué? Là, faut convenir que les avis divergent. Les uns, "Masos", s'extasient et assurent qu’ "Il ouvre des portes, c'est indéniable !". Et d’autres de surenchérir "qu’Incontestablement, il nous ouvre bien des portes.". "On dirait même plus...", commentent encore d’autres épigones à leur image ! La véritable 8 Malsanité persifle, elle, et affirme catégoriquement : "Il ferme plus de portes qu'il n'en ouvre!". Reste le ventre Mou du Centre, les pleutres aux yeux baissés : "On ne l'a pas vu, mais on est convaincu qu'il nous ouvrirait maybe des portes." ! Le soir, après s'être engouffrés dans des portes ouvertes, au lieu de les enfoncer, ces "Moyens" chafouins se retrouvent pour faire leurs comptes et chanter des chansons Niaises libanaiiises. Hélas, nouvelle plainte : Tamâm yâ Salâm ne vient jamais prendre un verre en leur compagnie ! Que ne fait-il comme le Big Mik qui faisait presque le même métier que lui mais sur Barada, mais qui n'hésitait pas, le Little, à se dissiper après son "Petit boulot". Quitte, avalée la dernière tournée, à qualifier ces puînés de faux jetons à claques.... "aSSadiques" !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    06 h 03, le 22 mars 2014