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Moyen Orient et Monde - Ukraine

La Crimée se jette dans les bras de la Russie

Moscou reconnaît la péninsule comme État indépendant, l'Occident sanctionne les séparatistes.

Des recrues de l’armée ukrainienne s’entraînent au tir. Kiev a lancé une mobilisation partielle de ses forces armées et creuse une tranchée dans l’est du pays, le long de la frontière avec la Russie. Anatoli Stepanov/AFP

Proclamation d'indépendance, demande de rattachement adressée à Moscou, dissolution annoncée des unités militaires ukrainiennes, nationalisation des secteurs pétrolier et gazier, introduction du rouble : les autorités séparatistes de la péninsule ukrainienne de Crimée ont brûlé les étapes hier, au lendemain du plébiscite pour leur rattachement à la Russie. Selon les résultats définitifs du référendum annoncés hier matin, près de 97 % des votants ont dit « oui » au rattachement de la péninsule à la Russie. Le scrutin s'est tenu sous surveillance militaire russe.
Parallèlement en Russie, le président Vladimir Poutine a signé le décret de reconnaissance de la Crimée comme État souverain, ont rapporté les agences de presse russes citant le service de presse du Kremlin. Le décret, diffusé sur le site Internet du Kremlin, a pris effet immédiatement après sa signature par M. Poutine. Ce dernier prendra la parole aujourd'hui devant les deux Chambres du Parlement russe. Moscou a précisé que sa reconnaissance de la Crimée comme État indépendant se fonde « sur la volonté du peuple de Crimée ». En outre, la Russie a envoyé à la Crimée une aide de 15 milliards de roubles, soit 295 millions d'euros, a annoncé le dirigeant séparatiste Sergueï Axionov.
L'Ukraine a aussitôt lancé une mobilisation partielle de ses forces armées et a rappelé son ambassadeur en Russie. Par ailleurs, les autorités font creuser une tranchée et ériger des obstacles en béton dans l'est du pays, le long de la frontière avec la Russie, a annoncé le gouverneur de la région de Donestk, Sergueï Tarouta. Selon le ministère ukrainien de la Défense, 60 000 soldats russes sont massés à la frontière. De son côté, le président ukrainien par intérim, Olexandre Tourtchinov, a déclaré que Kiev est prêt à des négociations avec la Russie sur la Crimée, mais n'acceptera jamais l'annexion de la péninsule. M. Tourtchinov a ajouté : « Le gouvernement russe rêve de reconstruire l'empire. Ils ont une peur panique de l'exemple de l'Ukraine où le peuple a vaincu un régime totalitaire. Le Kremlin a peur de l'Ukraine démocratique, européenne et prospère que nous sommes en train de construire. C'est le vrai motif de l'agression. »
De même, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andreï Dechtchytsia, a dénoncé les « provocations » de Moscou, fustigeant la présence de troupes russes aux frontières et les « nombreux touristes politiques russes » dans l'est de l'Ukraine. Il a réitéré son appel à l'envoi « d'observateurs de l'OSCE et de l'UE » en Ukraine, dont le mandat « doit aussi inclure la Crimée ». Pour sa part, l'ancienne Première ministre Ioulia Timochenko a dit avoir de la compassion pour les habitants de Crimée, « victimes de leur insouciance et de leur naïveté ». Elle a prédit que « le régime russe va leur prouver rapidement qu'une nuit polaire pourrait survenir même dans les régions subtropicales » de leur péninsule ensoleillée.
En Occident, l'Union européenne (UE) et les États-Unis ont annoncé des mesures ciblées – restrictions de visas et gel d'avoirs – pour envoyer, selon eux, un « message fort » à Moscou.
L'UE a ainsi décidé de viser 21 personnalités ukrainiennes et russes, a annoncé le ministre lituanien des Affaires étrangères, Linas Linkevicius, sur son compte Twitter. De sources diplomatiques, on a précisé que les sanctions, décidées lors d'une réunion des ministres des Affaires étrangères hier à Bruxelles, visaient 13 responsables russes et huit Ukrainiens prorusses. Il s'agit notamment du « Premier ministre de Crimée » Sergueï Axionov, du dirigeant séparatiste Vladimir Konstantinov, le maire de Sébastopol et l'amiral Denis Berezovski, commandant en chef de la marine ukrainienne. Parmi les Russes figurent trois responsables militaires actifs en Crimée, dont le commandant de la flotte de la mer Noire, Alexandre Vitko. Les autres sont des responsables politiques ; notamment Viktor Ozerov, président de la Commission de la sécurité et de la défense du Conseil de la Fédération de Russie, et le vice-président de la Douma, Sergueï Jelejniak.
Parallèlement, pour marquer leur soutien à l'Ukraine, les ministres européens des Affaires étrangères ont annoncé que le volet politique de l'accord d'association entre l'UE et l'Ukraine serait signé le vendredi 21 mars.
De son côté, le président américain Barack Obama a décrété des sanctions contre 11 hauts responsables russes et ukrainiens, dont le président déchu Viktor Ianoukovitch. Parmi les sept hauts responsables russes visés figurent le vice-Premier ministre russe, Dmitri Rogozine, la présidente du Conseil de la Fédération (Chambre haute du Parlement russe), Valentina Matvienko, ainsi que deux proches conseillers du président Vladimir Poutine et deux parlementaires. Côté ukrainien, Washington cible deux dirigeants séparatistes de Crimée, M. Ianoukovitch et un conseiller de ce dernier. M. Obama a en outre prévenu la Russie que les États-Unis étaient prêts à imposer des sanctions supplémentaires, tout en affirmant qu'une solution diplomatique restait possible dans cette crise.
Sur le plan diplomatique, les ministres français de la Défense et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian et Laurent Fabius, ont reporté leur déplacement à Moscou initialement prévu aujourd'hui, a rapporté une source au sein du ministère russe des Affaires étrangères. Pour sa part, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, s'est déclaré « très déçu et inquiet » au lendemain du référendum en Crimée, et a souhaité une solution politique incluant « le respect de l'unité et de la souveraineté de l'Ukraine ». La Turquie, elle, a déclaré ne pas reconnaître ce référendum « inacceptable ». Enfin, octave discordante dans la symphonie de critiques, l'ancien président soviétique Mikhaïl Gorbatchev a salué le résultat du référendum. « Si la Crimée a, à l'époque, été unie à l'Ukraine selon des lois soviétiques, (...) sans demander son avis au peuple, aujourd'hui ce peuple a décidé de corriger cette erreur. Il faut saluer cela, et non annoncer des sanctions », a-t-il dit.

(Sources : agences)

 

Proclamation d'indépendance, demande de rattachement adressée à Moscou, dissolution annoncée des unités militaires ukrainiennes, nationalisation des secteurs pétrolier et gazier, introduction du rouble : les autorités séparatistes de la péninsule ukrainienne de Crimée ont brûlé les étapes hier, au lendemain du plébiscite pour leur rattachement à la Russie. Selon les résultats définitifs du référendum annoncés hier matin, près de 97 % des votants ont dit « oui » au rattachement de la péninsule à la Russie. Le scrutin s'est tenu sous surveillance militaire russe.Parallèlement en Russie, le président Vladimir Poutine a signé le décret de reconnaissance de la Crimée comme État souverain, ont rapporté les agences de presse russes citant le service de presse du Kremlin. Le décret, diffusé sur le site...
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