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Agenda - Scarlett Haddad

De la trempe du bois de cèdre

Cela ne peut être qu'un horrible cauchemar dont nous allons sûrement nous réveiller. Car comment imaginer que Nohad Azar, avec sa voix forte mais rauque d'asthmatique et l'immense autorité qui se dégage de sa personne, n'est plus ? Comment imaginer que cette battante, qui n'a jamais baissé les bras en dépit des pressions, des coups durs, des malheurs et des sirènes du pouvoir et celles de la politique, a soudain renoncé à se battre pour la vie ? Que ce cœur grand comme le monde, si prompt à réagir contre l'injustice et les souffrances des autres, a cessé de battre ? Elle paraissait si forte, même dans son fauteuil où elle était quasiment immobilisée depuis plus de deux ans et d'où elle parvenait malgré tout encore à ébranler le monde politique et médiatique, qu'on l'aurait crue éternelle. Grosse et impardonnable erreur. Nohad Azar était finalement mortelle, mais elle est de ces personnes qui ouvrent une voie pour que les autres la suivent, qui tracent un chemin et n'en dévient jamais, et qui se dédient corps et âme aux autres.
Depuis ce jour où, à 17 ans, elle a débarqué dans le monde de la presse, alourdie déjà par un mariage, un enfant et un divorce, elle n'a cessé de marquer ceux qui l'ont côtoyée par sa soif d'apprendre, sa détermination, sa force de caractère, mais aussi sa droiture et sa rectitude morale. Elle a fréquenté les plus grands dans la presse et la politique, conseillé, analysé, influant le cours des événements à une époque où les principes et la loyauté avaient encore une valeur. Elle aimait dire qu'elle avait été formée à bonne école, celle de Ghassan Tuéni, grand parmi les grands.
Mais ce qu'elle n'a jamais su, c'est qu'elle avait elle aussi fondé sa propre école, marquée par sa personnalité hors normes, bougonne et généreuse, critique, mais toujours pleine de cœur. Elle n'avait pas créé un clan, un parti ou un club d'élus. Elle avait fondé une famille qu'elle était toujours prête à défendre au prix de sa propre vie. Je fais partie de ceux et celles qui ont eu la chance de la connaître et d'apprendre dans son ombre et sous son parrainage. Mais le plus dur, c'est de savoir que cette fois, elle n'appellera pas pour donner son avis sur ce billet... Elle nous a beaucoup donné, comme elle a donné à son pays, car elle est de la trempe de ce bois de cèdre dont on fait les patries.

 

Cela ne peut être qu'un horrible cauchemar dont nous allons sûrement nous réveiller. Car comment imaginer que Nohad Azar, avec sa voix forte mais rauque d'asthmatique et l'immense autorité qui se dégage de sa personne, n'est plus ? Comment imaginer que cette battante, qui n'a jamais baissé les bras en dépit des pressions, des coups durs, des malheurs et des sirènes du pouvoir et celles de la politique, a soudain renoncé à se battre pour la vie ? Que ce cœur grand comme le monde, si prompt à réagir contre l'injustice et les souffrances des autres, a cessé de battre ? Elle paraissait si forte, même dans son fauteuil où elle était quasiment immobilisée depuis plus de deux ans et d'où elle parvenait malgré tout encore à ébranler le monde politique et médiatique, qu'on l'aurait crue éternelle. Grosse et impardonnable...