Les violences ont repris, le 13 mars, à Tripoli, causant notamment la mort d'une fillette... Photo d'archives/AFP
La machine à tuer a repris du service hier, à Tripoli, un peu plus vicieuse, un peu plus cynique et... un peu plus impunie tous les jours. L'incident qui a mis le feu aux poudres a été l'assassinat en plein jour, devant le sérail de Tripoli, d'un homme, par deux motards. Walid Barhoum a été abattu de plusieurs balles tirées à bout portant. L'incident a même été filmé par une caméra de surveillance. Les tueurs, identifiés par une télévision par leurs noms de famille, Osman et Mikati, sont de toute évidence connus de la population. Le grand tort de la victime était d'être marié à une femme alaouite et d'habiter Jabal Mohsen. Sa dépouille mortelle a été transférée à l'hôpital Mazloum, où les médecins n'ont pu que constater le décès.
À la nouvelle, les fronts et les barricades entre Jabal Mohsen et Bab el-Tebbaneh se sont embrasés, sans que la troupe ne parvienne à contenir la flambée à temps. La mort d'une petite fille, Fatmé Achi (10 ans), victime des balles d'un franc-tireur, a de nouveau illustré la gratuité et la barbarie des combats, qui opposent des factions rivales. Son corps a été transporté à l'Hôpital islamique. Dix nouveaux blessés, dont une femme et un homme grièvement atteints, se sont en outre ajoutés à la liste des témoins de cette nouvelle flambée de violence.
En attendant d'opérer dans les dédales et de réduire les tireurs embusqués au silence, l'armée a fermé momentanément l'autoroute internationale de Tripoli entre le rond-point Abou Ali et l'embranchement Mankoubine.
Toutefois, à la faveur de la nuit, et à mesure que la soirée avançait, après être momentanément retombée, la violence a repris et les mortiers sont entrés en action. En cours de soirée, on comptait deux blessés parmi les militaires.
Paradoxalement, l'incident d'hier a coïncidé avec la publication par la direction de l'orientation de l'armée d'un communiqué dans lequel elle se félicite de la baisse des échanges de tirs entre les quartiers rivaux « à l'exception de quelques incidents isolés qui sont généralement en rapport avec des arrestations et qui s'accompagnent parfois d'agressions contre des postes de l'armée ».
Dans le même bulletin, l'armée s'est également accordée un satisfecit dans la lutte contre les attentats-suicide, en net recul, et les enlèvements et prises d'otages par des rançonneurs, dont elle affirme connaître les noms et les lieux de résidence.
Appel à la vigilance
En contrepoint de ce communiqué optimiste, une source diplomatique occidentale, citée par notre correspondant Khalil Fleyhane, met en garde contre toute tendance des responsables à dormir sur leurs lauriers. « Il ne faut pas que les responsables croient une seule seconde que les terroristes ont dit leur dernier mot le 22 février dernier, date de l'attentat contre un barrage de l'armée à Hermel. Une vigilance de tous les instants est au contraire indispensable », fait dire notre correspondant à la source citée.
La mise en garde, précise notre correspondant, provient d'un homme dont le gouvernement a fourni les renseignements qui ont abouti au démantèlement de plusieurs cellules terroristes des Brigades Abdallah Azzam. Sachant par ailleurs que sur les listes de ce groupe figuraient aussi des cibles relevant des pays membres du Groupe international d'appui au Liban, de certains pays du Golfe, de chef de courants politiques et enfin de hauts responsables qui, jusqu'à présent, prennent les plus grandes précautions dans leurs déplacements.
Pour la source diplomatique en question, il ne serait pas inutile de consacrer à la lutte contre le terrorisme un congrès international qui se tiendrait à Beyrouth, histoire d'identifier clairement la cible et de doter le Liban des équipements nécessaires pour une lutte de longue haleine. Et de souligner enfin que la question pourrait être soulevée lors de la visite au Liban, la semaine prochaine, du coordonnateur de la lutte antiterroriste de l'Union européenne.
Pour mémoire
À Bab el-Tebbaneh comme à Jabal Mohsen, des victimes devenues bourreaux
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