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Liban

Habla con ella(s)

En dents de scie
08/03/2014

Qu'est-ce qu'elle aurait dit Mme Nasrallah mère ? Et Mme Hariri mère ? Et Mme Geagea mère ? Et Mme Aoun mère ? Et Mme Frangié mère ? Et Mme Gemayel mère ? Et Mme Joumblatt mère ? Et Mme Salam mère ? Et Mme Berry mère ? Et Mme Sleiman mère ? Et la maman de chacun de ces hommes politiques libanais ? Comment auraient-elles réagi ? Auraient-elles regardé leurs fils avec des yeux boursouflés d'amour, cautionnant jusqu'au moindre de leurs gestes politiques, applaudissant jusqu'à la plus imbécile de leurs prises de position ou la plus insupportable de leurs décisions, en leur servant une nouvelle portion de bazella w rezz, un magnifique sourire aux lèvres ? Ou auraient-elles eu ce réflexe primitif, viscéral, infiniment beau parce que fondamentalement maternel, de s'asseoir en face de leurs fils, de leur parler comme seule une mamma sait le faire, de leur dire que non, ça ne va plus du tout, qu'ils font vraiment n'importe quoi, qu'il est impossible qu'elles les aient élevés ainsi, qu'ils contribuent à noyer un pays, à dynamiter un État, à déchiqueter ce qui reste des lambeaux d'une nation, à menacer l'intégrité physique de leurs compatriotes, à souiller encore et encore l'image de cette terre immémoriale, tout en leur servant encore une nouvelle portion de fattouche  ? Auraient-elles été plus loin ; auraient-elles hurlé, ou pleuré doucement, en répétant jusqu'à en vomir que ne serait-ce que pour leurs mères, leurs filles, leurs sœurs, ils devraient se sentir minables, totalement minables, minables de n'avoir pas encore voté la plus implacable des lois contre la violence domestique, minables de laisser en liberté ces veaux de maris qui ont tué leurs femmes, minables de ne pas faire en sorte que jamais ils ne quittent leurs cellules, minables de ne pas avoir encore permis à une Libanaise de donner la nationalité à ses enfants, minables de ne pas avoir imposé une parité, fût-elle minimale, minables de ne pas avoir forcé l'église et la mosquée à assurer les mêmes droits aux femmes lorsqu'il s'agit de divorce et de garde d'enfant, minables de ne pas avoir fait le nécessaire pour que chaque Libanaise puisse disposer de son corps comme elle l'entend, sereinement, sans mettre sa vie en danger et sans se cacher, minables tout court, tout en leur servant une énième assiette de haléwét el-jebn ? Ou auraient-elles, comme tout le monde ici, baissé les bras ; se seraient-elles, comme tout le monde ici, résignées, convaincues que plus rien de bien, de bon ou de beau ne peut arriver à ce pays ? Aucune certitude, sauf en ce qui concerne cette dernière hypothèse : une mère n'abandonne jamais, ou presque ; justement, une mère ne baisse jamais les bras, et encore moins quand il s'agit de son fils. Et il y en aura des mères qui marcheront cet après-midi, à l'initiative de Kafa, chaque jour et pas que ces 8 mars qui ne devraient plus exister : chacun des 365 jours de l'année devrait être consacré aux femmes ; il y en aura des mères qui essaieront de faire comprendre à ces hommes de (ridicule) pouvoir que cela ne peut plus durer, ces hommes qui les regarderont sans les voir, qui les écouteront sans les entendre, qui leur souriront du bout des lèvres en pensant à absolument autre chose, un portefeuille ministériel, un strapontin place de l'Étoile, une caisse de l'État à piller, en pensant à tout sauf à elles, oubliant qu'ils ont eux aussi une maman, des épouses, des filles, des sœurs, des tantes, des nièces, et des maîtresses. Minables !

P.-S. : danser pour la bonne cause ! À l'occasion de la Journée de la femme, un événement au profit de l'association Kafa, une ONG qui milite pour les droits de la femme au Liban, aura lieu au Behind the Green Door (BtGD), ce soir à partir de 22h00, avec Médéa Azouri et l'auteur de ces colonnes aux platines, et le soutien du BtGD. L'entrée est de 10 000 LL minimum. Réservations : 70/856866.

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DÉRACINER LA STUPIDITÉ DES MOEURS NÉANDERTHALIENNES ANCRÉES... DANS LES BOITES VIDES... C'EST COMME DEMANDER AUX TONNEAUX DE JOUER DU JAZZ ! OU AUX GUÊPES DE PRODUIRE DU MIEL !

Michele Aoun

Excellent article M. Makhoul! Minables, oui ils sont tous minables! Et en arriver a kidnapper un enfant de 9 ans et le traumatiser ainsi a vie, c'est ecoeurant! Oui, qu'auraient fait tous nos politiciens si l'un de leurs fils avait ete enleve? Mais c'est devenu une jungle,ce pays, sur le plan de la securite! Et que voulaient les ravisseurs au juste? L'Orient-Le Jour ne le mentionne pas... S'en prendre a un gosse, quelle bassesse et quelle lachete!

Bahijeh Akoury

Même si chacun des sexes craint l'autre, le vagin semble plus redouté que le phallus. ... Les machos ont peur...

Sabbagha Antoine

Une maman, des épouses, des filles, des sœurs, des tantes, des nièces, et des maîtresses, résument une seule condition humaine , une femme qu 'il faudra honorer en partageant à égalité ses droits avec l'Homme .

AIGLEPERçANT

C'est bien ecrit , mais je trouve Ziad vachement modere en ce moment , est ce maman Ziad mere qui lui aurait prodigue des conseils temperes en lui servant un taboulet suivi d'un babaghanouj ? Je pense bien que oui puisqu'il transmet des conseils aux "autres" fils de .. toute la liste des enfants enumeres . Bonne fete a vous aussi maman Ziad mere . P.S : votre fils reste tout de meme incorrigible , il cite Madame mere Nasrallah en 1er , le connaissant je ne le prends pas forcement bien , mais ......bon....

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

QUAND IL POUSSERAIT AUX PIERRES DES OREILLES CES MESSIEURS POURRAIENT ENTENDRE... ET COMPRENDRE !

Halim Abou Chacra

"Habla con ella(s)". Et surtout habla con ellos. Dis-leur que si le Liban ne se distingue pas comme premier pays de ce Moyen-Orient des ténèbres à reconnaître à la femme toute sa valeur, tous ses droits d'égalité, tous ses droits au meilleur traitement, alors c'est un pays qui ne vaut rien à cause de la grande merde qu'ils sont.

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

On aurait tort de négliger les caractéristiques propres à cette Libanaise, qui peuvent se révéler déterminantes. Il se fait qu’elle peaufine son parcours et se veut femme de terrain lourd : boueux, paysan, plein de Veaux dont il faut tâter le cul!, et de labnées(h) lentement affinées. C'est elle avec sa forêt Cédraie, d’arack et kébbéh nayyéh ; c'est la féminine avec son Pays qui s'étire du Nahrélkébîr jusqu’à Kériét-shmônéh. Son womenland, sa Libanofornie, son pré carré quoi : c’est ce macho, rocailleux et crevassé patelin qu'elle a su sillonner chaussé de bottes et non de Louboutins. Et ce n'est pas rien, ce terreau-là, celui d'une féministe dont la maturation s'est passée près d’ici, quand c'est le Liban profond qu'il faut arracher à la maussaderie. En tout cas, les CV mis bout à bout de ces "mâles" à vibrisses s'envolent, quand un vent féminin pareil souffle sur cette Campagne machiste indigne ! En ces temps précaires, les peuples aspirent avant tout à être rassurés, tranquillisés par une maturité féminine, morale et exigeante pareille. C'est le chantier que cette Femme travaille dur au prix, parfois, de passer pour une simple "bonne femme". Un atout qui se révèle formidable, est que cette stratégie permet à une large couche de Libanaises de la savourer sans complexe ! Quoi qu'il en soit, elle s'est arraché au peloton et fait déjà la course en tête devant ces "mecs".... à remugles "mâles" !

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