Le Hezbollah a pris son temps pour reconnaître le raid israélien sur le jurd de Janta dans la Békaa, à la frontière avec la Syrie. Il a donc attendu plus de 24 heures avant de publier un communiqué sur le sujet, alors que les autorités officielles libanaises nageaient dans le flou total. Dans son communiqué, le Hezbollah n'a certes pas donné de précisions, se contentant de confirmer le fait que le double raid a bel et bien eu lieu contre une position du Hezbollah sans faire de victimes. Le Hezbollah a promis aussi une réponse ciblée au moment et dans le lieu qu'il choisira. Depuis, alors que le Liban officiel s'apprête à déposer une plainte contre Israël au Conseil de sécurité de l'ONU, analyses et spéculations vont bon train dans les milieux politiques libanais, pour tenter de savoir ce qui s'est réellement passé et dans quelle perspective il faut placer ce développement. Une source diplomatique régionale à Beyrouth estime à cet égard que le raid israélien en territoire libanais est un développement important. Il signifie, d'une part, selon cette source, qu'Israël « se tient désormais directement et clairement aux côtés de l'opposition syrienne et, d'autre part, qu'il s'inquiète du déséquilibre des forces entre, d'un côté, cette opposition et, de l'autre, le régime syrien et son allié, le Hezbollah ».
Jusqu'à récemment, les Israéliens se contentaient en effet d'aider discrètement les différentes factions de l'opposition syrienne, en soignant ses blessés (le nouveau chef d'état major de l'Armée syrienne libre, Abdel Ilah al-Bachir, a été traité pendant un an en Israël des suites de ses blessures), en lui fournissant des informations, ainsi que divers services du même genre. Mais en bombardant directement une position du Hezbollah, selon la version de ce parti, ou des camions transportant des missiles « spéciaux », selon la version israélienne, l'État hébreu est entré dans une nouvelle phase dans son approche de la crise syrienne, qui le contraint à intervenir directement dans le cours des affrontements, même si cela devrait réduire la crédibilité de l'opposition syrienne auprès de l'opinion publique et susciter une riposte de la part de la résistance au Liban. La source diplomatique régionale en poste au Liban précise que si les Israéliens ont pris ce risque et se sont ouvertement prononcés en faveur de l'opposition, en dépit de ses divisions et de ses tendances extrémistes, c'est parce qu'ils sont convaincus qu'elle est en mauvaise posture. Or, les Israéliens ne veulent pas que la guerre s'arrête en Syrie, estime la source diplomatique régionale, et surtout pas par une victoire du régime et de ses alliés. Le scénario idéal pour les Israéliens est la poursuite de cette guerre et l'installation d'une sorte de zone tampon frontalière, dans la région du Golan et ses environs dans le genre de celle qui existait au Liban entre 1978 et 2000. Or, les développements actuels sur le terrain montrent que l'opposition est en mauvaise posture, notamment dans la région de Qalamoun. C'est pourquoi les Israéliens ont décidé de lui donner « un push » sur le terrain.
La source précitée affirme qu'au-delà de la cible choisie, ce raid est donc surtout un message adressé au Hezbollah, au sujet notamment de la bataille de Qalamoun. La même source explique que cette région est pratiquement passée sous le contrôle de l'armée syrienne et de ses alliés. Il n'y a plus que la grosse bourgade de Yabroud avec ses 70 000 civils et quelques villages alentour, éparpillés dans cette région montagneuse. Il y a deux semaines, il y avait encore à Yabroud 2 900 éléments armés de l'opposition. Il n'y en a plus que 900, les autres étant soit morts, soit blessés, soit en fuite. Mais les dernières opérations militaires de l'armée syrienne et de son allié, le Hezbollah, ont pratiquement encerclé la localité, ne laissant que deux échappatoires aux combattants, essentiellement des membres du Front al-Nosra et de ce qui reste de l'ASL. Selon certaines sources, c'est volontairement que les deux passages ont été maintenus ouverts pour faciliter la fuite des combattants et éviter ainsi le carnage que serait l'attaque de la bourgade. Mais c'est par l'un de ces chemins que serait passée la voiture piégée qui a explosé samedi soir devant un barrage de l'armée au Hermel. Ce qui a poussé l'armée syrienne et le Hezbollah à renforcer leurs mesures autour de Yabroud, considérée désormais comme militairement tombée entre leurs mains.
Avec la prise de Yabroud, il ne restera plus que quelques enclaves dans le Qalamoun entre les mains de l'opposition syrienne et la position de l'armée du régime s'en trouvera renforcée, car tous les experts militaires considèrent le Qalamoun comme une bataille stratégique.
C'est donc dans ce contexte que l'armée israélienne a lancé un double raid tout près du Qalamoun, en territoire libanais. Le message est clair : il ne faut pas que Yabroud tombe entre les mains de l'armée syrienne et de ses alliés, et il faut laisser une issue de secours aux combattants encore présents dans la localité encerclée. Il s'agit donc essentiellement d'un avertissement au Hezbollah pour qu'il suspende sa participation aux combats en Syrie, et en même temps, il s'agit d'entraver ses déplacements dans cette zone stratégique, surtout si, comme on l'annonce régulièrement, l'opposition s'apprête à lancer une nouvelle offensive contre le régime via Deraa et la région de Qouneïtra, toute proche d'Israël. C'est ainsi en tout cas que le Hezbollah comprend le double raid de lundi soir. Comment réagira-t-il à cette agression ? Les options sont multiples, en Syrie et ailleurs, mais le Hezbollah n'aime pas réagir à chaud et il frappe en général là où on l'attend le moins.
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14 h 33, le 01 mars 2014