Solennellement dévoilé hier soir par le Conseil du Maïdan, devant une place de l’Indépendance noire de monde, le nouveau gouvernement rassemble plusieurs personnalités issues du mouvement de contestation. Konstantin Chernichkin/Reuters
Le proeuropéen Arseni Iatseniouk a été désigné hier soir à la tête du gouvernement ukrainien lors d'une cérémonie sollenelle hier soir du conseil du Maïdan – qui regroupe les leaders politiques de la contestation ukrainienne, de la société civile et des groupes radicaux – devant une place de l'Indépendance noire de monde. Le nouveau gouvernement rassemble plusieurs personnalités issues du mouvement de contestation. Entre autres, Dmytro Boulatov, l'opposant torturé pendant la contestation, s'est vu proposer un poste de ministre de la Jeunesse et des Sports. Le député Andriï Paroubiï, « commandant du Maïdan », très respecté, y compris parmi les éléments les plus radicaux, devrait prendre la tête du Conseil national de sécurité et de défense. La journaliste Tetiana Tchornovol, une journaliste engagée victime d'une sauvage agression en décembre, qui serait liée selon l'opposition au thème sensible de ses investigations, devrait diriger un comité anticorruption créé pour l'occasion.
Ces nominations doivent encore être confirmées au Parlement aujourd'hui. À 39 ans, Arseni Iatseniouk va prendre la tête du gouvernement d'union nationale appelé à diriger le pays, avant l'élection présidentielle anticipée prévue le 25 mai. Membre du parti de l'égérie de la Révolution orange Ioulia Timochenko, il a déjà été ministre de l'Économie et des Affaires étrangères. Il aura à faire face à une tâche herculéenne pour contrer des tendances séparatistes de plus en plus vives dans le sud du pays, en particulier en Crimée, péninsule où une grande partie de la population se sent plus proche de Moscou que de Kiev.
Prorusses vs Tatars
Plus de 5 000 personnes se sont en effet réunies hier devant le Parlement de Crimée à Simféropol, selon un journaliste de l'AFP : d'un côté, des manifestants prorusses, réclamant la tenue d'un référendum sur le statut de la Crimée, et, de l'autre, des Tatars, une communauté musulmane déportée par Staline, décidés au contraire à défendre l'unité de l'Ukraine. Le corps d'un homme, apparemment mort d'une crise cardiaque, a été trouvé à proximité, a indiqué le ministère régional de la Santé.
La Crimée, peuplée majoritairement de russophones, est la région d'Ukraine la plus susceptible de s'opposer aux nouvelles autorités en place à Kiev après le renversement de Viktor Ianoukovitch. Le chef du Parlement local a toutefois exclu hier tout débat sur une éventuelle sécession.
La Russie a de son côté décidé hier de renforcer la protection de sa flotte de la mer Noire – basée en Crimée – et ordonné une inspection surprise des troupes des districts militaires de l'Ouest, non loin de l'Ukraine, et du centre, pour vérifier leur aptitude au combat. Le président Vladimir Poutine, qui a dirigé une réunion du Conseil de sécurité russe consacrée à la situation en Ukraine, ne s'est pour l'heure pas exprimé publiquement à ce sujet.
Réagissant à l'initiative russe, le secrétaire britannique à la Défense, Philip Hammond, a déclaré que la Grande-Bretagne s'oppose à toute ingérence étrangère en Ukraine.
De son côté, Washington a appelé hier, à travers son porte-parole Josh Earnest, « les acteurs extérieurs dans la région à respecter la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'Ukraine, à mettre fin aux actes et déclarations de provocation, (et) à soutenir les structures de gouvernement de transition démocratiquement établies ». M. Earnest a également exhorté ces « acteurs extérieurs » à « recourir à leur influence pour soutenir l'unité, la paix et un avenir rassembleur ».
Trois anciens présidents ukrainiens ont accusé pour leur part dans un communiqué commun la Russie d' « intervenir directement dans la vie politique de la Crimée ». Moscou doit « faire preuve de respect pour les choix du peuple et du gouvernement ukrainiens », écrivent Viktor Iouchtchenko, Leonid Koutchma et Leonid Kravtchouk dans ce texte.
Devise en forte chute
L'autre tâche à laquelle devrait s'atteler le Premier ministre désigné serait d'empêcher l'Ukraine de sombrer dans la banqueroute. Le pays a besoin d'une aide de 35 milliards de dollars dans les deux années à venir, a récemment indiqué le ministre des Finances par intérim. Signe de défiance, la hryvnia, la monnaie ukrainienne, chutait d'environ 5 % hier soir face au dollar. Elle a perdu environ 18 % de sa valeur depuis le début de l'année. La Russie, qui avait promis l'an dernier un prêt de 15 milliards de dollars, dont elle n'a versé que 3 milliards à ce stade, « n'a pas d'obligations légales » à verser le solde, a prévenu mardi le vice-ministre russe des Finances, Sergueï Stortchak.
Plusieurs hauts diplomates occidentaux, dont le numéro deux de la diplomatie américaine William Burns, se trouvent actuellement à Kiev pour proposer de l'aide aux nouvelles autorités ukrainiennes, en s'efforçant de ne pas froisser Moscou. M. Burns a souligné « l'urgence et l'importance des efforts du Rada (Parlement) pour former un gouvernement multipartite, technique, représentant toutes les régions d'Ukraine », selon un communiqué. Une fois cela fait, les États-Unis et leurs partenaires pourront prendre des « mesures immédiates » pour soutenir économiquement l'Ukraine et l'aider à lancer des réformes, a-t-il ajouté.
(Source : AFP)

