Ouvrez n'importe quel journal ou n'importe quel poste de télévision,que lisez-vous et qu'écoutez-vous à longueur de journée ? Que tout va mal dans notre pays, et que rien ne fonctionne correctement. Mais alors, quelle est la solution, si tout est à refaire ? Je dirais : « Dans ces conditions, refaisons-le. » Nous n'avons pas d'autre choix. Si, en vingt ans, nous n'avons pas réussi à bâtir une seule centrale électrique qui fonctionne efficacement, à un coût raisonnable et sans pollution, comment pouvons-nous espérer extraire du gaz et du pétrole ? Oui, tout est à refaire. Nous devons réapprendre à vivre et à travailler correctement. Mais pour ce faire, beaucoup de réformes doivent être entreprises. Qui est disposé à en prendre l'initiative ?
À défaut de politiciens et d'experts, qui n'ont pas réussi à ce jour à nous sortir du pétrin, je suggérerais que ce soient les économistes qui assument cette tâche, car en fin de compte, tout est question de gros sous.
Aucune réforme valable ne peut être conçue et appliquée sans le financement nécessaire. Ce principe, pourtant évident, n'a jamais été assimilé par nos édiles. Cela explique l'échec répété de plusieurs initiatives méritoires qui furent minutieusement étudiées sous tous leurs aspects techniques, mais dont le financement n'avait pas été sérieusement considéré.
Le plan de l'agriculture conçu en 2005, en participation avec la FAO, était admirable en tous points et ne prévoyait qu'un débours de 80 millions de dollars. Il ne fut jamais appliqué. Celui de l'industrie, établi à la même époque, subit le même sort. En 2010, le plan concernant l'éducation, qui devait coûter 280 millions de dollars et qui était censé bouleverser totalement des méthodes d'éducation dépassées, fut mis au rancard, après le départ du ministre qui en avait supervisé l'étude, quoique cette dernière ait été entreprise en participation avec la Banque mondiale. Quant aux plans relatifs à l'électricité et à l'eau, qui prévoyaient à eux seuls des investissements de l'ordre de douze milliards de dollars, nous savons ce qu'il en est advenu, quatre ans après leur publication, et les multitudes de conférences, symposiums, discussions et présentations auxquels ils donnèrent naissance.
C'est donc aux économistes de se creuser les méninges pour nous suggérer comment procéder pour se procurer les 15 milliards de dollars requis pour entreprendre les réformes économiques, infrastructurelles et sociales dont nous avons urgemment besoin.
J'ai devant les yeux une liste réduite de neuf experts en économie politique et en finances. Elle compte quatre anciens ministres des Finances. Ces neuf experts sont-ils disposés à se réunir et à rechercher en commun, en l'absence de toute pression ou ingérence politique, une solution efficace et relativement rapide pour nous sortir du marasme actuel ?
Je prie de tout cœur que ceux qui en font partie se décident à sortir de leur réserve et de leur mutisme et à offrir leurs services au pays, qui en a urgemment besoin.
Le problème est à la fois simple et complexe. Sans réformes intrinsèques, la dette nationale est condamnée à gonfler vertigineusement et à doubler de taille durant les neuf années à venir. Sans réformes au cours des dix années qui suivront, elle atteindra en 2032 la somme de $184 milliards de dollars, même si nous consacrons tous nos revenus du pétrole et du gaz durant cette époque, soit cent milliards de dollars, pour en repayer une partie.
Sans réformes, nous courons à la catastrophe. Mais les réformes ne peuvent être entreprises sans un minimum de $15 milliards de dollars, que nous n'avons pas à l'heure actuelle. C'est pourquoi je maintiens que la solution de ce problème ne peut être trouvée qu'avec la participation de nos économistes et de nos experts financiers. Une fois le puzzle résolu et un plan d'action clair et précis mis au point, nous pourrions faire appel aux politiciens pour qu'ils s'engagent à l'appliquer, s'ils en sont convaincus.
Georges SABAT

