L'entente entre le Futur et le Hezbollah qui avait permis la formation d'un gouvernement politique « d'intérêt national », où serait « transposé le conflit » interne, reflétait une volonté extérieure de préserver la stabilité au Liban. Comme pour assurer une couverture à cette entente du 14 Mars avec un parti impliqué en Syrie, l'accord avait prévu, entre autres, deux conditions fondamentales : l'abandon du triptyque armée-peuple-résistance et l'engagement à mettre en œuvre la déclaration de Baabda, à savoir l'alinéa 13 portant sur la distanciation du Liban à l'égard des crises régionales, notamment syrienne.
La formation du cabinet ayant été accomplie, dans une ambiance d'unité nécessaire face aux attentats terroristes – dont on compte sept depuis le début de l'année –, ce n'est pas au niveau de l'élaboration de la déclaration ministérielle que le blocage refera surface.
Sauf que l'entente formelle reste superflue au regard de la profondeur des clivages qui séparent les deux camps. Comment consacrer, par exemple, comme objectif principal, la lutte contre le terrorisme jihadiste et omettre le principe de distanciation, sans qu'un déséquilibre ne s'opère au niveau de l'entente circonstancielle obtenue ?
Il est des points de divergence qui s'exaltent à l'heure de les mettre sur papier. Les mots se prêtent à des formulations susceptibles de les dénaturer, ou de leur laisser une marge d'interprétation qui sied en même temps à l'une et l'autre partie. Et c'est justement à cet exercice que s'est prêtée jusque-là la commission chargée d'élaborer la déclaration ministérielle, dont le but recherché par ses membres est celui, pour le moins paradoxal, de « trouver un compromis sans qu'aucune partie ne concède ses convictions ». Mais que faire alors des expressions que l'on ne peut manier, celles qui ne supportent aucun double sens, comme celle de la déclaration de Baabda ?
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C'est là que s'est heurtée hier la commission en question, lors de sa quatrième réunion présidée par le Premier ministre Tammam Salam. Il était attendu que cette réunion finalise la rédaction de la déclaration ministérielle, précisément la clause relative à la résistance, qui avait fait l'objet de multiples échanges lors de la troisième réunion. Les discussions sur ce plan devaient être tranchées hier dans l'après-midi. Rien n'avait été mentionné jusque-là sur un litige entourant la déclaration de Baabda. C'est pourtant ce document qui a meublé exclusivement la réunion d'hier, reportant le débat sur la formulation relative à la résistance.
L'on apprenait d'ailleurs que la réunion de la commission avait été précédée de la convocation du chef du bloc du Hezbollah, le député Mohammad Raad, au palais présidentiel. Le chef de l'État, Michel Sleiman, lui aurait signalé l'impossibilité d'occulter la déclaration de Baabda, celle-ci étant un document officiel endossé par l'ONU et la Ligue arabe. Elle constitue d'ailleurs « un prolongement de la Constitution », comme devait le rappeler hier à L'Orient-Le Jour le ministre Nabil de Freige. L'intransigeance du président Sleiman sur la question expliquerait le retard de près d'une heure du ministre Ali Hassan Khalil à la réunion, celui-ci ayant été contraint de se rendre à Aïn el-Tiné pour examiner un compromis sur la question. La réunion en question s'est ouverte sur la réaffirmation de l'attachement des ministres du 14 Mars à « la distanciation, telle que prévue par la déclaration de Baabda ». Le ministre du Travail Sejaan Azzi a argué du fait que « l'occultation de ce document, réaffirmé par le président Sleiman devant l'Assemblée générale de l'ONU et lors de la réunion des Amis du Liban à New York, renverrait un signal négatif à la communauté internationale, susceptible de dissuader les États donateurs de soutenir le pays dans la gestion de la crise des réfugiés », comme il l'a expliqué à L'OLJ. Le ministre Azzi s'attarde sur une nuance qui devrait définir la formule finale relative à la déclaration de Baabda dans le document ministériel : « Nous n'avons pas réclamé d'inclure le texte de cette déclaration (de Baabda) dans le document, mais nous demandons simplement de signaler l'engagement du gouvernement à respecter la déclaration de Baabda. » Autrement dit, le parti chiite devrait s'engager, sans y être lié dans l'immédiat, à retirer ses combattants de Syrie.
Le Hezbollah, dont les ministres restent très flous quant à la teneur de leurs positions au sein de la commission, par respect aux discussions « civilisées, calmes et rationnelles » qui y sont menées, estime qu'à la suppression du triptyque devrait succéder la non-inclusion formelle de la déclaration de Baabda, d'autant que des formules édulcorées sur la résistance ont été avancées, omettant le lien avec la résistance du Hezbollah.
Mais le ministre de l'Intérieur Nouhad Machnouk affirme fermement à L'OLJ, en réponse à une question, que la déclaration de Baabda, qui est « un engagement du Liban envers le monde », sera incluse explicitement dans le document final du gouvernement. Néanmoins, sa mention sera accompagnée de certains remaniements, dans l'esprit de l'engagement en faveur de la déclaration de Baabda et non de sa mise en œuvre immédiate. Ceci devrait contrebalancer l'objectif du gouvernement de « lutter contre le terrorisme takfiriste », cette lutte ayant justifié jusque-là l'intervention du Hezbollah en Syrie.
La nuance est confirmée par le ministre Machnouk qui estime peu probable que la cinquième réunion de la commission, prévue aujourd'hui, aboutisse à une rédaction finale de la déclaration ministérielle.
Parmi les autres formules mentionnées, et qui ont de prime abord été écartées, une formule qui prévoit la mise en œuvre de la déclaration de Baabda à l'exception de son alinéa 3, ou encore celle, insérée dans le projet préliminaire rédigé par le Premier ministre, d'une « prise en compte de toutes les résolutions prises par le Conseil de sécurité de l'ONU ».
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La déclaration de Baabda avec un peu du folklore libanais et une petite pincée de sel et un peu de sauce tribale fera naitre une déclaration ministérielle originale.
14 h 00, le 25 février 2014